En dehors du jeûne, rien n’a été relaté à propos de ‘Ashoura. Quant à ce qui a été inventé par certains gens comme le fait de porter ses meilleurs habits et l’embellissement, faire les grandes ablutions, s’appliquer du khôl, faire preuve de largesse vis-à-vis de la famille et faire de ce jour une occasion ou une fête religieuse pendant laquelle on immole des bêtes en guise de sacrifice, tout ceci n’a aucun fondement dans la religion et aucun argument authentique ne le prouve.

Il semblerait que ceci soit une réaction à l’attitude des chiites qui ont fait de ce jour un jour de tristesse, de deuil général, d’auto-flagellation, en commémoration de la tragédie qui a frappé le martyre al-Housseïn ibn ‘Ali (rad), assassiné injustement.

En vérité, les deux groupes ont tort. L’innovation ne peut être combattue par une autre innovation, et on ne peut remédier à une déviance par une autre déviance. Tous doivent revenir à ce que Dieu et Son Messager (saws) ont légiféré.

Ibn al-Qayyim dit : « Les hadiths incitant, le jour de ‘Ashoura, à s’appliquer du khôl, à l’embellissement, à faire preuve de largesse vis-à-vis de la famille, à la prière et aux autres actes méritoires, aucun d’eux n’est authentique, ni même un seul. Concernant ce jour, rien n’a été établi d’après le Prophète (saws) d’une manière authentique à l’exception de son jeûne. En dehors de cela, tout est invalide ». L’exemple le plus connu est : « Quiconque fait preuve de largesse vis-à-vis de sa famille le jour de ‘Ashoura, Dieu fera preuve de largesse vis-à-vis de lui pendant toute l’année ». L’imam Ahmed dit de ce hadith qu’il n’est pas authentique.

Quant aux hadiths incitant à s’appliquer du khôl aux yeux, mettre du gel sur les cheveux et se parfumer, ils sont le produit des menteurs. En opposition, d’autres en ont fait un jour de douleur et de tristesse. Or, les deux groupes sont des innovateurs, en dehors de la Sunna. Les gens fidèles à la Sunna se contentent de faire ce qu’a commandé le Prophète (saws), c’est-à-dire, le jeûne, et évitent ce que Satan a commandé comme innovations »[1].

Cheikh al-islam Ibn Taymiya fut interrogé sur les pratiques que les gens font le jour de ‘Ashoura telles que l’application du khôl, les grandes ablutions, l’application de henné, le serrage de main en guise de félicitations, les plats spécifiques, la manifestation de la joie et autre, y a-t-il ou pas à ce sujet un hadith relaté d’après le Prophète (saws) d’une manière authentique ? Et s’il n’existe aucun hadith authentique à ce sujet, faire cela est-il considéré comme innovation ? Ce que fait l’autre groupe, à savoir, les cérémonies funèbres, le deuil, l’assoiffement et autres choses comme l’autoflagellation, les lamentations et le déchirement des vêtements, est-il fondé ?

Il répondit : « La Louange est à Dieu, Seigneur des mondes. Il n’existe à ce sujet aucun hadith relaté d’une manière authentique ni d’après le Prophète (saws), ni d’après ses compagnons. Aucun imam parmi les musulmans n’a recommandé ceci, ni les quatre imams, ni d’autres. Les compilateurs de recueils de hadiths de référence n’ont rien relaté à ce sujet, ni d’après le Prophète (saws), ni d’après les compagnons, ni d’après les tabi’ines, qu’il s’agisse d’un hadith authentique ou faible. Rien de tout cela n’existe dans les compilations des hadiths authentiques, ni dans les « sounans », ni dans les « mousnad ». Aucun de ces hadiths n’était connu durant les meilleurs siècles. En revanche, certaines personnes parmi les générations les plus récentes ont rapporté des hadiths à l’instar de : « Quiconque s’applique du khôl le jour de ‘Ashoura sera préservé de la conjonctivite pendant toute l’année » ou «Quiconque fait les grandes ablutions le jour de ‘Ashoura ne tombera pas malade cette même année » et autres.

Ils ont rapporté des mérites concernant la prière le jour de ‘Ashoura. Ils ont également rapporté qu’en ce jour de ‘Ashoura, Adam s’est repenti, l’arche (de Noé) s’est accosté sur le mont al-Joudy, Youssef a été rendu à Ya’qoub, Ibrahim a été sauvé du feu, et le sacrifié (Ismaïl) a été racheté par un bélier.

Ils ont rapporté un hadith forgé et mensonger disant que « Quiconque fait preuve de largesse vis-à-vis de sa famille, Dieu fera preuve de largesse vis-à-vis de lui pendant toute l’année ». Cette narration est un mensonge imputé au Prophète (saws). Il est connu qu’il s’agit de la narration de Sofiane ibn ‘Ouyayna d’après Ibrahim ibn Mohamed ibn al-Mountashir d’après son père qui dit : « Il nous est parvenu que quiconque fait preuve de largesse vis-à-vis de sa famille, Dieu fera preuve de largesse vis-à-vis de lui pendant toute l’année »[2] ».

Par ailleurs, cheikh al-islam dit que lorsqu’al-Housseïn fut assassiné injustement, gagnant par la même le martyre par lequel Dieu l’a honoré et l’a fait rejoindre les membres de sa famille, vertueux et purs, et par lequel Dieu a humilié ceux qui ont été injustes envers lui et qui l’ont agressé, cela a provoqué un mal entre les gens. Un groupe ignorant et injuste est apparu : soit mécréant et hypocrite, soit égaré, manifestant en apparence une loyauté envers al-Housseïne et sa famille, qui a fait de ce jour une cérémonie funèbre, un jour de deuil et de lamentations, manifestant des rites appartenant à l’ère du paganisme tels que l’autoflagellation, le déchirement des habits et les condoléances à la manière du paganisme.

Un groupe s’est opposé à ces derniers. Il s’agit soit des « nasibites » détracteurs d’al-Housseïn et de sa famille, soit des ignorants qui ont rendu la corruption par la corruption, le mensonge par le mensonge, le mal par le mal et l’innovation par l’innovation. Ils ont ainsi inventé des récits au sujet des rites exprimant la joie et la gaité le jour de ‘Ashoura, comme l’application du khôl et du henné, le fait de faire preuve de largesse vis-à-vis de la famille, les repas spécifiques et autres choses qui se font habituellement pendant les fêtes et occasions religieuses. Ils ont fait du jour de ‘Ashoura une occasion comme les occasions des fêtes et des cérémonies de mariage. Alors que les autres en ont fait un jour de deuil dans lequel ils manifestent la tristesse et le chagrin. Or, les deux groupes sont dans l’erreur, déviants de la Sunna[3].

Texte tiré du livre « taysir fiqh as-siyam » (simplification des règles du jeûne) de cheikh Youssef al-Qaradawi, traduit par Havre de Savoir.

[1] – al-manar al-mounif fi as-sahih wa ad-da’if p 111 – 113
[2] – majmou’ al-fatawa d’Ibn Taymiya Tome 25/ 299 – 300
[3] – Idid 307 – 310

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