Cinq cents années d’adoration
(Rapporté par al-Bayhaqi)

Il y a bien longtemps, vivait un homme qui avait trouvé refuge sur le sommet d’une montagne. Notre homme n’était plus tout jeune. C’était un temps où la vie était bien plus longue qu’aujourd’hui et notre homme, lui, avait cinq cents ans ! Sa vie durant il avait été un adorateur sincère et fervent, là, au sommet de cette montagne cernée par l’océan à perte de vue.

Dieu lui avait juste accordé un courant d’eau douce qui arrivait jusqu’au pied de la montagne, ce qui permettait à notre homme de s’abreuver, et il aimait s’en servir aussi pour se purifier et faire ses ablutions.

Dieu avait aussi fait pousser un grenadier duquel poussait chaque nuit une grenade afin que l’homme puisse s’en nourrir le lendemain. Ainsi, chaque jour, notre homme descendait au pied de la montagne. Il faisait ses ablutions puis allait cueillir la grenade dont il faisait son repas.

L’homme était comblé des bienfaits de Dieu et personne ne connaissait mieux que lui la sérénité du cœur. Oui, il était heureux, mais il sentait ses forces lui échapper un peu plus chaque jour. Il se dit que sa fin était bientôt proche. Alors il demanda à Dieu :

– Seigneur, quand Tu décideras de mettre fin à ma vie ici-bas, je T’en supplie, reprends mon âme alors que je suis prosterné devant Toi. Et ne laisse rien ni quiconque me détourner de cet objectif !

Certes notre homme aimait beaucoup la prière et ses prosternations étaient nombreuses. C’est ainsi qu’un jour, l’ange Jibril (Gabriel) descendit sur terre pour venir à la rencontre de l’homme. Il le trouva en état de prière. Jibril lui dit alors :

– Il est temps pour toi de rencontrer ton Seigneur.

Et il se saisit de l’âme de l’homme qu’il fit monter dans les cieux et déposa au creux de la Main de Dieu.

Dieu ordonna alors à Ses anges :

– Faites entrer Mon serviteur au Paradis par Ma miséricorde !

Mais l’homme osa contredire Dieu :

– Non, Seigneur, je n’entre au Paradis que par mes seuls actes.

Mais Dieu répéta :

Faites entrer Mon serviteur au Paradis par Ma miséricorde!

Là encore, l’homme s’obstina, et malgré son respect et son amour de Dieu, il objecta encore :

– Non, Seigneur, c’est grâce à mes actes que j’entre au Paradis.

Dieu, par miséricorde, ignora une troisième fois la remarque de l’homme et dit :

– Faites entrer Mon serviteur au Paradis par Ma miséricorde !

Mais l’homme ne voulait pas comprendre :

– Ce sont mes actes qui me font entrer au Paradis, insista-t-il.

Alors Dieu décida de Se prêter au jeu de Son adorateur et accepta de ne juger l’homme que sur ses seuls actes. Il ordonna donc au anges de faire venir la Balance et dit :

Prenez les cinq cents années d’adoration de Mon serviteur et comparez-les à tous les bienfaits dont Je l’ai gratifié sa vie durant.

Les anges s’exécutèrent et l’homme vit alors que ses cinq cents années d’adoration ne valaient même pas la vue qu’Allah lui avait accordée. Que dire alors des autres facultés et innombrables bienfaits dont il avait profité chaque jour de sa longue vie!

Alors Dieu ordonna aux anges de le jeter dans les flammes de l’Enfer. Paniqué, l’homme se mit à crier :

– Seigneur, pardonne-moi ! Je me suis fourvoyé. Je t’en supplie, fais-moi entrer au Paradis par Ta seule miséricorde !

Dieu le Miséricordieux lui demanda alors :

  • Dis-moi, Mon serviteur, qui donc ta créé alors que tu n’étais rien ?
  • C’est Toi, Seigneur !
  • Penses-tu avoir été créé grâce aux actes de bien que tu étais prédisposé à accomplir ou grâce à Ma miséricorde?

L’homme, en larmes, répondit :

– Seigneur, je le sais désormais, je n’ai été créé que grâce à Ta miséricorde.

Dieu continua :

  • Dis-moi encore, qui t’a donné la force et le pouvoir de M’adorer pendant cinq cents années ?
  • C’est Toi, Seigneur. C’est Toi Seul.
  • Et qui donc t’a installé sur cette montagne cernée par l’océan ? Qui a acheminé jusqu’à toi un courant d’eau douce en plein milieu d’un eau salée ? Qui faisait pousser chaque nuit une grenade pour que tu puisses te nourrir, alors qu’elle ne pousse normalement qu’une fois par an ? Et qui t’a enfin permis de mourir en prière, le front au sol ?

L’homme, dans un murmure de regret, répondit :

  • C’est Toi, Seigneur. Toi Seul…

Dieu alors dit :

  • Oui, c’est Moi. Et Je ne l’ai fait que par miséricorde. Car, oui, cela n’est dû qu’à Ma seule miséricorde ! Et certes, c’est par miséricorde que Je te fais entrer dans Mon Paradis car quel excellent adorateur as-tu été, Mon serviteur !

Et c’est ainsi que notre homme entra au Paradis… Grâce à l’infinie miséricorde de son Seigneur…

Extrait de «La science des priorités» – Disponible à l’achat sur ce lien : http://havredesavoir-shop.fr/personnages-celebres/333-30-histoires-de-la-tradition-musulmane-sans-illustration-siham-andaluci.html


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