Nous voilà dans notre dernière partie, qui introduit les 5 éléments qui composent l’être humain et qui doivent être travaillés afin de créer l’harmonie de l’être.

Quest-ce que l’esprit ?
Dans son livre ihyya ‘ulum ad Dine (Revivification des sciences religieuses), Ghazali définit   l’Esprit comme faisant partie d’un ordre divin dont la vérité reste insaisissable pour la majorité.

L’esprit ar-Ruh, terme toujours singulier dans le Qur’an et trouvé seulement vingt-fois en celui-ci, n’y est jamais défini. La racine de son nom R W H prend le sens suivant dans le lexique : avoir vent de quelque chose, souffle, vent frais du soir reposant avec des différences de température qui provoquent son mouvement et des effluves parfumés.

De cette racine proviennent les noms coraniques suivants :

Ruh : Souffle spirituel de vie, Esprit divin.
Rih : Vent, odeur, influence, protection.
Rawah : Entrée dans la nuit, reposant, aise, voyage du soir.
Rayhan : Plante odoriférante.

Dans le Coran, l’Esprit est considéré de plusieurs manières :

  • Comme procédant intimement de l’Ordre divin chez Allah
  • Comme Esprit Saint
  • Comme étant reçu dans un support simple ou complexe à la mesure des prédispositions de celui-ci.[1]

Envoie ton Esprit à Dieu comme tu enverrais un message à l’être que tu aimes le plus…

Comment nourrir cet Esprit ? De manière très simple, il faut l’envoyer vers Dieu, le connecter à Lui. Prenons pour exemple l’Iphone, petit outil de communication que nous utilisons tous de manière générale. Au delà du simple fait de communiquer avec ses proches, lorsque nous envoyons un message, le corps bouge. Le cerveau fait attention à ne pas faire de faute, le cœur met sa touche d’amour selon son état, l’âme produit l’effort de fournir un message de qualité et l’esprit s’occupe de la concentration – cette concentration qui te permet de vouer la tâche de manière exclusive pour la personne qui recevra ce message.

I) La concentration
La concentration est un savoir-faire essentiel à la réalisation d’une performance. Qu’il s’agisse du musicien, du peintre, de l’étudiant, du travailleur manuel, du conducteur, du manager ou du sportif, le mot « concentration » est toujours cité comme un ingrédient indispensable à la réussite d’une action. Observons que malgré l’importance qu’il revêt, ce savoir-faire n’est pas un objet très fréquent, ni dans le monde scolaire où pourtant il devrait avoir une place de choix, ni dans les formations du monde professionnel. De part et d’autre, on se contente de dire « concentre-toi » sans proposer le moindre exercice pour tenter de mieux y parvenir ! Dans le monde sportif, qui fait incontestablement figure de pionnier, les thèmes de l’attention et de la concentration sont étudiés depuis longtemps.[2]

En islam les savants se sont penchés sur cette question de concentration et beaucoup de savants spirituels ont écrit dans ce domaine (notamment l’imam Al Ghazzali dont je recommande la lecture de ses ouvrages qui sont disponibles en langue française).

Ainsi la capacité de concentration permet :

  • De mieux focaliser l’attention sur les informations pertinentes qui émanent à la fois de l’environnement et de soi-mê
  • De maintenir cette focalisation le temps nécessaire à l’action.

II) Comment optimiser cette concentration avec Dieu ?
Comme le disent les savants, il est très difficile pour l’homme de se rappeler de Dieu de manière permanente. Ainsi, il lui est demandé de s’en rappeler à des moments opportuns comme lorsqu’on mange, qu’on entre aux toilettes, au moment du lever et du coucher du soleil, etc. D’ailleurs, les savants, dans le souci d’apporter cette connexion avec Dieu ont écrit plusieurs livres à ce sujet (Al-Mathurat de l’Imam Hassan Al Banna, L’art du rappel et de l’invocation de chez l’ultime Prophète de Cheikh Muhammed Al Ghazzali ou La citadelle du musulman, célèbre livre qui se vend dans toutes les librairies de France). Ces ouvrages nous permettent d’acquérir des outils pouvant nourrir notre rappel à Dieu, ils améliorent notre qualité de concentration dans la prière quotidienne et notre qualité de relation humaine avec les autres.

« O vous qui croyez ! Evoquez Dieu d’une façon abondante ; et glorifiez-Le à la pointe et au déclin du jour. » [Les Coalisés, 41-42]

« Je suis pour Mon serviteur ce qu’il croit que je dois être. Je suis avec lui chaque fois qu’il Me mentionne ; s’il Me mentionne en lui-même, Je le mentionnerai en Moi-même ; s’il Me mentionne en public, Je le mentionnerai Moi-même dans un public bien meilleur encore. » [Hadith Qudsi]

« Je suis avec Mon serviteur, selon l’opinion qu’il se fait de Moi, et je suis avec Lui lorsqu’il Me mentionne. S’il Me mentionne en lui-même, Je le mentionnerai en Moi-même, et s’il Me mentionne dans une assemblée, Je le mentionnerai dans une assemblée meilleure que la sienne » (El-Bukhârî) – Hadith Qoudousi au Prophète Muhammah (saws).

Pensons comme un entraineur qui mène une séance d’entrainement à ses pratiquants. Ainsi, comme toute séance de sport, elle se découpe en trois grandes parties :

  • L’échauffement : qui a pour finalité la préparation du corps à l’activité qui surviendra aprè
  • Le Corps de séance : elle a pour finalité l’apprentissage, la maîtrise et le perfectionnement de l’activité.
  • Le retour au calme : permet de marquer la fin de l’activité en demandant des efforts moindres.

Ainsi, par analogie, nous pouvons découper la prière en trois parties :

III) Les ablutions
Les ablutions correspondraient à l’échauffement. Deux types de préparations : celle du physique, liée à la propreté du corps, et celle du mental qui demande une concentration sur ce qui va se passer par la suite.

IV) La prière
La prière correspondrait au Corps de séance. Elle est forcément liée à la qualité de concentration des ablutions. Comme dirait un entraîneur « un bon échauffement, c’est un bon entrainement », c’est-à-dire que le corps a été mis dans une situation où il est prêt à répondre favorablement à l’activité qui va suivre. Ainsi la prière est impactée par la réussite des ablutions.

Il faut savoir qu’il est très difficile d’avoir une concentration à 100% sur une prière du début à la fin. C’est pourquoi il faut optimiser son temps de concentration, être plus vigilant sur le sens qu’on donne aux gestes et à ce qu’on récite. Je pense que la concentration de la prière doit se faire de manière progressive, il faut évoluer étape par étape, donner un certain pourcentage de concentration à certaines stations de prière et donner un pourcentage bien plus grand à une station bien précise. Je suis intransigeant au moment de la prosternation car elle est très forte en symbolique et les hadiths sur la description de la présence de Dieu à ce moment-là sont tellement beaux ! Si je pouvais retenir une chose dans la prière, c’est cette prosternation pour la face de Dieu.

Le Prophète (saws) a dit : « Le moment où vous êtes le plus près de votre Seigneur est quand vous êtes en prosternation, augmentez-y donc les invocations » (Mouslim, al-Bayhaqi, Abou ‘Ouwana).

Ce hadith va dans le sens du verset « Prosterne-toi et rapproche-toi » [Sourate 96 : 19].

Une fois cette habitude acquise, il faudra augmenter les pourcentages sur les autres stations de prière afin de créer d’autres habitudes de concentration. Mais je pense surtout que la concentration est liée aux intérêts qu’on porte à l’acte lui-même. De mon expérience d’éducateur sportif, j’ai pu observer des athlètes créer des routines pour être concentrés sur leur épreuve avec une telle rigueur que j’ai eu honte de ne pas pouvoir faire cela avec ma prière.

Ainsi le Prophète (saws) résume bien ceci en disant : « Le serviteur n’obtient de sa prière que ce qu’il en a retenu ».

V) Le dihkr
Le dihkr (rappel, invocations), correspondrait au retour au calme. Feed-back que le pratiquant doit faire pour savoir s’il a atteint son objectif dans la pratique et demander à Dieu d’accepter cette prière malgré les défauts qu’elle peut contenir et les manquements tel que le manque de concentration. Comme a dit Moustafa Machhour (paix à son âme) « Le fidèle, après avoir terminé sa prière, doit ressentir le bienfait de Dieu sur lui qui l’a guidé vers son accomplissement. Au même moment, il doit ressentir de la gêne de n’avoir pas pu l’accomplir correctement, et éprouver une crainte qu’elle ne soit pas acceptée ; d’où l’importance qu’il implore Dieu qu’Il accepte sa prière et qu’Il comble de Sa clémence et de Sa bonté. C’est ceci qui motive l’ensemble des invocations qui sont prononcées après la fin de la prière et vers lesquelles le Prophète Muhammed (PBSL) nous a orientés. » [3]

Cette façon de voir la prière peut aider votre préparation et optimiser votre concentration afin de bien saisir les parties qui composent votre prière, du début à la fin, et ainsi envoyer votre esprit en connexion avec Dieu pendant les quelques moments que vous lui consacrez dans la journée.

 

J’espère que ces quelques pistes vous ont été utiles quant à votre démarche personnelle, le but étant de vous partager mes réflexions personnelles tout comme mes aïeux l’ont fait et surtout comme le font les personnes actuelles afin d’alimenter notre savoir. Ce ne sont pas des réflexions finies, et comme toute réflexion humaine, elle est sujette à l’erreur, donc mettez de côté l’erreur et prenez ce qui vous semble juste dans mes dires. Et je remercie Dieu de m’avoir permis de laisser un petit écrit dans ma vie afin d’ajouter cette toute petite brique dans cet immense mur qu’a construit la communauté musulmane.

Aymen Chtioui

[1] Chapitre 2, p.65 « Adam dans le Coran » de Maurice Gloton.
[2] « Bible de préparation mentale » Christian TARGET, p.391
[3] « Vivre sa prière », p.94

1 commentaire

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Votre Nom