Abou Hourayra (rad) rapporte que le Messager de Dieu (saws) dit : « Dieu est bon et n’accepte que ce qui est bon. Par ailleurs, Dieu a prescrit aux croyants ce qu’Il a prescrit aux Messagers en disant : « Ô Messagers ! Mangez de ce qui fait partie des bonnes choses et faites le bien »[1] et en disant : « Ô vous qui avez cru ! Mangez de ce qui fait partie des bonnes choses que Nous vous avons attribuées »[2]. Puis, il mentionna le cas de l’homme qui, prolongeant son voyage tout échevelé et poussiéreux, tend les mains vers le ciel : « Ô Seigneur ! Ô Seigneur ! » alors que sa nourriture est illicite, sa boisson illicite, ses vêtements illicites et qu’il se nourrit de choses illicites, comment serait-il exaucé ? » (rapporté par Mouslim)

Commentaire

L’expression «  Dieu est bon » est également rapporté par at-Tirmidhi d’après Sa’d ibn Abi Waqqas (rad) : « Dieu est bon, Il aime ce qui est bon, Propre et aime la propreté, Généreux et aime la générosité »

– « Dieu est bon » : Cela signifie que Dieu est exempt de tout défaut et de toute insuffisance, à l’instar du verset : « Les bonnes (femmes) aux bons (hommes), et les bons (hommes) aux bonnes (femmes). Ceux-là sont innocents de ce que les autres disent » (La lumière, Verset 26). Les bons et les bonnes désignent ceux qui sont exempt de l’impureté des turpitudes.

– « n’accepte que ce qui est bon » : La signification de cette expression est mentionnée dans le hadith évoquant l’aumône : « … Nul ne fait don d’une aumône provenant d’un bien acquis licitement, et Dieu n’accepte que ce qui est bon … » (rapporté par Mouslim). Cela signifie que parmi les aumônes, Dieu n’accepte que ce qui est pur et licite.

Mais, le sens de « n’accepte que ce qui est bon »  est plus général. C’est-à-dire que parmi les actions, Dieu n’accepte que ce qui est pur de ce qui pourrait les altérer, comme l’ostentation ou l’autosatisfaction, et n’accepte parmi les aumônes que ce qui est pur et licite, car les actions, les dires et les croyances peuvent être qualifiés de « bons » ou de « mauvais ». Dieu dit : « Dis : « Le mauvais et le bon ne sont pas semblables, même si l’abondance du mal te séduit » » (La table servie, Verset 100). C’est-à-dire le mauvais parmi les actions, les paroles et croyances, n’est pas semblable au bon parmi les actions, les paroles et les croyances.

Par ailleurs Dieu a classé la parole en bonne et mauvaise. Il dit : « N’as-tu pas vu comment Dieu propose en parabole une bonne parole pareille à un bel arbre dont la racine est ferme et la ramure s’élançant dan le ciel ? » (Ibrahim, Verset 24). Il dit aussi : « Et une mauvaise parole est pareille à un mauvais arbre » (Ibrahim, Verset 26). Dieu dit également : « Vers Lui monte la bonne parole » (Le créateur, Verset 10).

Dieu a qualifié les croyants de bons : « Ceux dont les Anges reprennent l’âme alors qu’ils sont bons » (Les abeilles, Verset 32). Et les Anges disant à la mort : Sors, ô toi, âme bonne qui était dans un corps bon[3].

Ainsi, le croyant est entièrement bon ; son cœur, sa langue et son corps en raison de la foi qui habite son cœur, des invocations que sa langue prononce et des bonnes œuvres que ses sens accomplissent qui ne sont autres que les fruits de la foi.

Dieu accepte donc tout ce qui est bon parmi les œuvres, les paroles et les croyances.

– Ce hadith indique également que l’action ne peut être acceptée que si la nourriture de celui qui l’a accomplit est licite. Par conséquent, la nourriture illicite altère l’action et empêche son acceptation. En effet, le Prophète (saws) dit après « « n’accepte que ce qui est bon » : « Dieu a prescrit aux croyants ce qu’Il a prescrit aux Messagers en disant : « Ô Messagers ! Mangez de ce qui fait partie des bonnes choses et faites le bien »[4] et en disant : « Ô vous qui avez cru ! Mangez de ce qui fait partie des bonnes choses que Nous vous avons attribuées »[5].

Cela signifie qu’il est demandé aux Messagers ainsi qu’à leurs communautés de manger ce qui est licite et de faire le bien. Si la nourriture est licite, l’action sera bonne et acceptée. Par contre, si la nourriture est illicite, l’action ne sera pas acceptée.

– Ensuite, le Prophète (saws) cite l’exemple de l’invocation non-exaucée à cause de la nourriture illicite. Il s’agit là d’un exemple illustrant la non-acceptation des œuvres si la nourriture est illicite. Ibn ‘Abbas (rad) dit : « Ce verset fut récité en présence du Messager de Dieu (saws) : « Ô gens ! De ce qui existe sur la terre, mangez le licite pur » (la vache : 168). Sa’d ibn Abi Waqqas (rad) dit alors : « Ô Messager (saws), implore Dieu pour qu’Il fasse en sorte que mon invocation soit exaucée ! » Le Prophète (saws) dit : « Ô Sa’d, fais en sorte que ta nourriture soit licite et pure, tu seras quelqu’un dont l’invocation est exaucée. Par celui qui détient l’âme de Mohammad dans sa main, lorsque l’homme projette une bouchée illicite dans son ventre, aucune action ne sera acceptée de lui pendant quarante jours, et tout homme dont la chair a été nourrie d’illicite, l’Enfer en est le plus digne »[6]

Ibn ‘Omar (rad) dit : « Quiconque achète un habit avec 10 dirhams dont un dirham illicite, Dieu n’accepte de lui aucune Prière tant qu’il le portera » Puis, il mit les doigts dans les oreilles et dit : « Puissent-elles devenir sourdes si je n’ai pas entendu ceci du Messager de Dieu (saws) »[7]

At-Tabarani rapporte d’après Abou Hourayra (rad) que le Prophète (saws) dit : « Lorsque l’homme part pour le Pèlerinage en utilisant des dépenses licites, et lorsque celui-ci pose le pied à « al-Gharz » en disant : Seigneur Dieu ! Je réponds à ton appel, une voix l’appellera du ciel en disant : Je te réponds et je suis à ton écoute, tes provisions sont licites, ta monture est licite et ton Pèlerinage est œuvre pie et pur de tout péché. Et lorsque l’homme part avec des dépenses illicites et lorsque celui-ci met le pied à « al-Gharz » en disant : Seigneur Dieu ! Je réponds à ton appel. Une voix l’appellera du ciel en disant : Je ne te répons pas et je ne suis pas à ton écoute, tes provisions sont illicites, tes dépenses sont illicites et ton Pèlerinage n’est pas une œuvre pie »[8]

Moujahid rapporte qu’Ibn ‘Abbas (rad) dit : « Dieu n’accepte pas la Prière de quiconque dont le ventre contient de l’illicite »[9].

Des hadiths stipulent que quiconque consulte un devin ou consomme de l’alcool verra sa Prière non-acceptée pendant quarante jours.

On entend par ceci la non-acceptation de l’œuvre. Quant à la forme, elle est valide. En s’en acquittant, la personne n’a plus à la refaire.

Accomplir le Pèlerinage avec de l’argent illicite ou prier avec des habits illicites

Les savants divergent à ce sujet. Pour la majorité, la prière et le Pèlerinage sont valides mais la personne est coupable de péché. Deux avis sont attribués à l’imam Ahmed.

Abou ‘Abdillah an-Nabbaji dit : « Cinq qualités assurent la plénitude de l’action : la connaissance de Dieu, la connaissance de la vérité, vouer l’action exclusivement à Dieu, la conformité à la Sunna et la consommation des choses licites. Si l’une des cinq est absente, l’action ne monte pas vers Dieu (n’est pas acceptée). Aussi, si tu connais Dieu sans connaître la vérité, tu n’en tireras aucun bénéfice. Et si tu connais la vérité sans connaître Dieu, tu n’en tireras aucun bénéfice. Si tu connais Dieu et si tu connais la vérité mais ne fais pas preuve de sincérité dans ton action, tu n’en tireras aucun bénéfice. Si tu connais Dieu, connais la vérité, fais preuve de sincérité dans l’action sans que celle-ci ne soit conforme à la Sunna, alors tu ne tireras aucun bénéfice. Si les quatre sont vérifiées, mais si la nourriture est illicite, tu ne pourra en tirer aucun bénéfice »[10]

Wouhayb ibn al-Ward dit (m 153H): « Si tu te tenais debout (en prière) à la place de ce poteau, cela ne te servirait à rien à moins que tu ne vérifies tout ce qui entre dans ton ventre : est-il licite ou illicite ? »[11]

Donner de l’argent illicite en guise d’aumône

Cette aumône n’est pas acceptée conformément à ce que rapporte Mouslim d’après Ibn ‘Omar d’après le Prophète (saws) : « Dieu n’accepte pas une Prière sans purification rituelle, ni une aumône d’un bien dérobé »

Abou Hourayra (rad) rapporte que le Prophète (saws) dit : « Quiconque acquiert un bien illicite et le donne en aumône, il n’en tirera aucune récompense (divine) et en supportera le péché »[12]

Abou Hourayra (rad) et Yazid ibn Maysara (rad) considéraient que celui qui acquiert un bien d’une manière illicite puis le donne en aumône est semblable à celui qui vole l’argent de l’orphelin pour vêtir une veuve[13].

Ibn ‘Abbas (rad) fut interrogé au sujet d’un homme qui fut chargé d’une responsabilité (politique), qui opprimait et prenait de l’argent illicite, puis se repentit. Depuis, il utilise cet argent pour accomplir le Pèlerinage, affranchir les esclaves et faire des aumônes. Il dit : « Ce qui est mauvais ne pourrait absoudre ce qui est mauvais ». Ibn Mas’oud dit la même chose : « Le mal ne peut absoudre le mal, mais c’est le bien qui absout le mal »[14]

Al-Hassan al-Basri dit : « Ô toi le donateur au pauvre par charité de ta part, fais plutôt preuve de compassion à l’égard de celui  à qui tu as fait du tort »[15]

Où dépenser l’argent acquis d’une manière illicite ?

Une telle question fut posée à cheikh Youssef al-Qaradawi au sujet des intérêts bancaires. Il dit : « Quant aux intérêts bancaires accumulés, leur cas est identique au cas de tout bien acquit d’une manière illicite. Il n’est pas permis à leur acquisiteur d’en tirer profit car en les utilisant pour son profit personnel, il aura consommé un produit illicite et ce, qu’il en tire profit comme nourriture, boisson, vêtements, logement ou acquittement de dette envers un musulman ou un non-musulman, que la dette doit soit équitable ou injuste, y compris le paiement des impôts, mêmes injustes, aux différents états, car de toute façon c’est lui qui en est le bénéficiaire, il n’est donc pas permis de les utiliser dans toutes ces choses. De même, et à plus forte raison, il n’est pas permis de les utiliser dans les choses méprisables, même si j’ai entendu certains savants du Golf permettre l’utilisation des intérêts dans ce genre de choses comme pour la construction des toilettes ou de toute chose semblable qui manque de propreté. Il s’agit d’une « fatwa » étonnante qui n’est pas fondée sur une compréhension saine, car finalement c’est la personne qui est le bénéficiaire de cet argent illicite dans son propre intérêt, or, il n’est pas permis à la personne de tirer profit de l’argent illicite ni pour son propre compte ni pour sa famille sauf s’il est pauvre ou endetté de manière à faire partie des bénéficiaires de la Zakat.

Quant au fait de laisser les intérêts aux banques, ceci n’est permis en aucun cas, car si la banque les prends pour son compte, ceci revient à renforcer cette banque usurière et à l’assister dans la poursuite de sa stratégie. Il s‘agit donc d’encourager la désobéissance, or, l’encouragement de l’illicite est illicite comme nous l’avons exposé dans le premier chapitre de notre livre « Le licite et l’illicite en islam ».

En résumé, le fait de laisser les intérêts aux banques est illicite. Cette décision émane de plusieurs comités, en particulier, du deuxième congrès des institutions financières islamiques tenu au Koweït.

Ce qui est permis dans ce cas, c’est de donner ces intérêts ainsi que tout argent dont la provenance est illicite dans les voies du bien tels que les pauvres, les orphelins, les gens du passage, la lutte dans la voie de Dieu, la diffusion du message de l’islam, la construction des mosquées et des centres islamiques, la formation des éducateurs et des prédicateurs, l’édition des livres islamiques et toute autre sorte de bonnes œuvres.

Ce sujet a été traité dans l’un des comités du droit musulman et certains ont émis une réserve quant au fait de donner ces intérêts aux pauvres et aux projets caritatifs car comment nourrir les pauvres d’argent illicite ? Comment accepter pour les pauvres ou autres ce que nous n’acceptons pas pour nous-mêmes ?

En vérité, cet argent est illicite pour celui qui a acquit cet argent d’une manière illicite. Il est cependant, licite et pur pour les pauvres et pour les bonnes œuvres. Il est illicite pour l’acquisiteur, licite pour ces voies de bienfaisance. En effet, l’argent n’est pas illicite en soi, il devient illicite pour une personne en particulier pour une raison particulière. Par ailleurs, on peut rationnellement disposer de cet argent illicite de l’une des quatre façons suivantes :

La première : Utiliser cet argent pour soi-même ou pour ce dont il a la charge. Ceci n’est pas permis comme nous l’avons exposé.

La deuxième : Le laisser aux banques usurières. Ceci n’est pas permis non plus comme nous l’avons exposé.

La troisième : S’en débarrasser en le détruisant. Ceci est l’avis de certains scrupuleux parmi les pieux-prédécesseurs. Dans son livre « la revivification des sciences de la religion », l’imam al-Ghazali réfute cet avis en évoquant le fait qu’il nous est interdit de gaspiller l’argent.

La quatrième : Le dépenser dans les voies de la bienfaisance telles que les pauvres, les orphelins, les gens du passage et les institutions caritatives musulmanes, et c’est ce qui incombe de faire.

J’aimerais préciser qu’il ne s’agit pas ici d’aumône pour qu’on nous dise : « Dieu est bon et n’accepte que ce qui est bon »[16]. Il s’agit de dépenser l’argent illicite dans sa seule voie possible. Aussi, la personne qui donne cet argent ne fait pas une aumône. Elle est simplement l’intermédiaire qui permet de faire parvenir cet argent aux voies de bienfaisance. Il est possible de dire : Il s’agit d’une aumône donnée par l’acquisiteur de l’argent au nom du véritable propriétaire.

J’ai entendu certains dire que ces intérêts bancaires appartiennent, en fait, aux emprunteurs qui ont contracté un emprunt à la banque, le principe est donc de leur restituer cet argent.

Or, en réalité, les emprunteurs n’ont plus encore de lien avec ces intérêts conformément au contrat conclu avec la banque. C’est pour cette raison qu’ils sont considérés comme faisant partie des biens qui n’ont pas de propriétaire.

L’imam al-Ghazali a abordé ce type d’argent qui appartient à un propriétaire inidentifiable qu’on ne peut espérer trouver. Il dit : « On ne peut le restituer à son propriétaire. On s’abstient alors d’agir jusqu’à l’élucidation de la question : peut-être est-il impossible de le restituer car il appartient à plusieurs propriétaires, comme le fait de dérober une partie du butin. Cet argent doit être donné en aumône au nom de son propriétaire ».

Al-Ghazali dit : « Si l’on dit : Quelle est la preuve qui permet de donner ce qui est illicite en aumône ? Comment faire une aumône de ce qu’on ne possède pas ? D’ailleurs, certains estiment que ceci n’est pas permis car il s’agit d’argent illicite. On rapporte qu’al-Foudayl a eu entre les mains deux dirhams. Lorsqu’il apprit que leur provenance n’était pas licite, il les jeta entre les pierres et dit : « Je ne donne en aumône que ce qui est bon, et je ne peux accepter pour autrui ce que je n’accepte pas pour moi-même »

Nous disons alors : Certes, ceci est probable, mais nous avons opté pour l’avis contraire conformément à l’information prophétique « khabar », à l’information traditionnelle « athar » et au raisonnement par analogie « qiyas ».

L’information prophétique

Le Messager de Dieu (saws) ordonna de donner en aumône l’agneau rôti qui lui fut présenté lorsque celui-ci l’informa qu’il était illicite. En effet, le Prophète (saws) dit : « Nourrissez en les captifs »[17]

Lorsque le verset : « Alif, lam, mim. Les byzantins ont été vaincus, dans le pays voisin, et après leur défaite ils seront les vainqueurs » (Les byzantins, Versets 1-3) fut révélé, les idolâtres l’accusèrent de mensonge et dirent  aux compagnons : « Ne voyez-vous pas ce que dit votre compagnon. Il prétend que les byzantins vont vaincre » Abou Bakr (rad) fit alors un pari avec eux avec la permission du Messager de Dieu (saws). Lorsque Dieu réalisa sa promesse, Abou Bakr (rad) apporta son gain et le Prophète (saws) qui lui dit alors : « C’est illicite, donne-le en aumône ». Les croyants se réjouirent de la victoire de Dieu. L’interdiction des jeux de hasards fut révélée après que le Messager de Dieu (saws) ait autorisé Abou Bakr de parier avec les incroyants[18].

L’information traditionnelle

Al-Hassan dit au sujet du repentir de celui qui prend une partie du butin avant le partage : « Il le donne en aumône ».

On rapporte qu’un homme se permit de prendre cent dinars appartenant au butin. Puis, il se présenta devant son commandant pour les restituer mais ce dernier refusa de les prendre et lui dit : « Les gens se sont dispersés ». Il se présenta à Mou’awiya (le calife) mais celui-ci refusa de les prendre. Il se présenta à un ascète qui lui dit : « Paie le cinquième à Mou’awiya (pour la trésorerie musulmane), et donne le reste en aumône » Lorsque Mou’awiya fut informé de ceci, il s’en voulu de ne pas y avoir pensé.

Ceci est l’avis d’Ahmed ibn Hanbal, d’al-Harith al-Mouhasibi et d’un certain nombre de savants spiritualistes.

Le raisonnement par analogie

C’est le fait de dire : Cet argent, de deux choses l’une, soit il est perdu soit il est donné pour un bien, étant donné qu’on est désespéré de trouver son propriétaire. On sait alors nécessairement que le dépenser dans le bien vaut mieux que de le jeter dans la mer. En effet, si nous le jetons dans la mer nous aurons perdu l’occasion d’en tirer profit pour nous et pour son propriétaire, et il ne sera d’aucune utilité. Par contre, si nous le mettons dans les mains d’un pauvre, il implorera Dieu pour son propriétaire qui en tirera une bénédiction grâce à son imploration, et le pauvre verra ses besoins satisfaits. En outre, l’idée que le propriétaire soit récompensé bien qu’il n’ait pas eu l’intention de faire une aumône ne doit pas être réprouvée car le hadith authentique dit : « Le semeur ou le planteur tirera une récompense de tout ce que les gens ou les oiseaux prennent de ses fruits  ou de sa plantation »[19]

Quant au fait de dire : nous ne donnons en aumône que ce qui est pur et bon, ceci est vrai si nous espérons la récompense de l’aumône pour nous-mêmes, or nous voulons ici nous débarrasser d’une injustice et non pas la récompense. Aussi, nous avions le choix entre la perte et la donation, et nous avons privilégié la donation.

Certains diront, nous ne pouvons accepter pour les autres ce que nous n’acceptons pas pour nous-mêmes, et c’est vrai, mais cet argent est illicite pour nous, car nous n’en avons pas besoin, il est par contre licite pour le pauvre car les preuves juridiques le déclare licite, et si l’intérêt exige la licéité, il est obligatoire de déclarer sa licéité, et s’il devient licite, nous avons accepté pour lui le licite.

Nous disons : Il lui appartient de le destiner à lui-même ou à sa famille si celui-ci est pauvre. En ce qui concerne les membres de sa famille, cela est évident car la pauvreté ne peut être écartée d’eux étant donné qu’ils font parties des siens, au contraire, ils sont ceux à qui il doit adresser son aumône en priorité.

En ce qui le concerne, il lui appartient d’utiliser cet argent en fonction de son besoin car lui aussi est pauvre, mais s’il le donne en aumône à un pauvre, ceci serait permis, de même, si c’était lui le pauvre en question »[20]

Ici, une question peut être posée : Est-ce que celui qui prélève les intérêts de la banque usurière pour en faire don dans les projets caritatifs mérite une récompense divine ?

La réponse est qu’il n’aura pas la récompense d’une aumône « sadaqa », mais il sera récompensé pour deux raisons :

La première : Il s’est abstenu de cet argent illicite et s’est gardé de l’utiliser de n’importe quelle manière, et ceci est récompensé auprès de Dieu.

La deuxième : Il fut un bon intermédiaire pour faire parvenir cet argent aux pauvres et aux associations musulmanes qui en tireront profit. Il sera récompensé pour cela, si Dieu le veut[21].

Les causes entrainant l’exaucement des implorations

– « Puis, il mentionna le cas de l’homme qui, prolongeant son voyage tout échevelé et poussiéreux, tend les mains vers le ciel : « Ô Seigneur ! Ô Seigneur ! » alors que sa nourriture est illicite, sa boisson illicite, ses vêtements illicites et qu’il se nourrit de choses illicites, comment serait-il exaucé ? »

Le Prophète (saws) indique ici les bienséances à observer pendant l’imploration de Dieu « dou’a » ainsi que les causes entrainant ou empêchant son exaucement.

Quatre causes font partie des causes d’exaucement de l’imploration « dou’a » :

Premièrement : Le prolongement du voyage : Le voyage implique en soi l’exaucement de l’imploration comme l’évoque le hadith du prophète (saws) relaté par Abou Hourayra (rad) : « Trois implorations sont exaucées sans aucun doute : l’imploration de l’opprimé, l’imploration du voyageur et l’imploration du parent pour son enfant »[22]. Dans une autre version rapportée par at-Tirmidhi : « l’imploration du parent contre son enfant ».

L’imploration est plus à même à être exaucée pendant un long voyage, car la longueur du voyage provoque chez le voyageur un sentiment de solitude et d’abaissement de soi, or le fait de supporté la difficulté et l’abaissement de soi font partie des cause les plus importantes de l’exaucement de l’imploration.

Deuxièmement : Faire preuve d’humilité dans l’habillement et dans l’aspect : Le Prophète (saws) parle d’un homme échevelé et poussiéreux. Il dit dans autre hadith : « L’homme échevelé, poussiéreux et repoussé, s’il jurait pour que Dieu lui accorde quoi que ce soit, Dieu satisferait son serment »[23]. D’ailleurs, lorsque le Prophète (saws) sortit pour la Prière de demande de pluie, il sortit portant des vêtements très simples, humble et suppliant Dieu[24]. On emprisonna injustement le neveu de Mouttarrif ibn ‘Abdillah (m 220H). Ce dernier mit ses vêtements les plus usés et prit une cane à la main. On lui dit alors : « Que fais-tu ? » Il dit : « Je m’humilie pour mon Seigneur, peut être acceptera-t-Il mon intercession en faveur de mon neveu »[25].

Troisièmement : Tendre les mains vers le ciel. Cette action fait partie des bienséances de l’imploration à travers lesquels on espère son exaucement. Le Prophète (saws) dit dans le hadith relaté par Salman (rad) : « Certes, Dieu, l’Elevé, est pudique et généreux, il éprouve de la gêne, lorsque l’homme  lève les mains vers lui, de les retourner vides »[26]. Par ailleurs, le Prophète (saws)  levait les mains pendant la Prière de demande de pluie « istisqa » au point de pouvoir voir le blanc de ses aisselles[27]. Pendant la bataille de Badr, il leva les mains pour implorer le soutien Dieu au point de faire tomber sa cape de par-dessus ses épaules.

Quatrièmement : L’insistance dans l’imploration en évoquant la Seigneurie de Dieu à plusieurs reprises. Il s’agit là de l’une des causes les plus importantes qui laissent espérer l’exaucement de l’imploration. ‘Aïsha, que Dieu l’agrée, rapporte que le Prophète (saws) dit : « Lorsque le serviteur dit « Ô Seigneur ! » à quatre reprises. Dieu dit : « Je suis à ton écoute, Mon serviteur. Demande et tu seras exaucé » »[28].

At-Tabarani et d’autres rapportent que des gens se plaignirent auprès du Prophète (saws) de la sécheresse. Il leur dit : « Agenouillez-vous et dites : « Ô Seigneur ! Ô Seigneur ! » et leva l’index vers le ciel. Aussitôt, la pluie tomba au point qu’ils souhaitèrent qu’elle s’arrête ».

Anas (rad) dit : « A chaque fois qu’un serviteur dit : « Ô Seigneur ! Ô Seigneur ! » son Seigneur dit : « Je suis à ton écoute, Je suis à ton écoute »[29]

‘Ata (m 114H) dit : « A chaque fois qu’un serviteur dit : « Ô Seigneur ! Ô Seigneur ! Ô Seigneur ! » Dieu le regarde attentivement (lui accorde son attention). » On fit mention de ceci à al-Hassan al-Basri qui dit : « Ne lisez-vous pas le Coran ? » Puis, il récita : « Ceux qui, debout, assis, couchés sur leurs côtés, invoquent Dieu et méditent sur la création des cieux et de la terre (disant) : « Ô Seigneur ! Tu n’as pas créé cela en vain. Gloire à Toi ! Garde nous du châtiment du Feu. Ô Seigneur ! Quiconque Tu fais entrer dans le Feu, Tu le couvres vraiment d’ignominie. Et pour les injustes, il n’y a pas de secoureurs ! Ô Seigneur ! Nous avons entendu l’appel de celui qui a appelé ainsi à la foi : « Croyez en votre Seigneur » et dès lors nous avons cru. Ô Seigneur ! Pardonne-nous nos péchés, efface de nous nos méfaits, et place nous, à notre mort, avec les gens de bien. Ô Seigneur ! Donne-nous ce que Tu nous as promis par Tes messagers. Et ne nous couvre pas d’ignominie au Jour de la Résurrection. Car Toi, Tu ne manques pas à Ta promesse. Leur Seigneur les a alors exaucés (disant) : « En vérité, Je ne laisse pas perdre le bien de quiconque parmi vous a fait, homme ou femme » » (la famille d’Imran : 191 – 195)

Par ailleurs quiconque médite les implorations citées dans le Coran, réalisera que dans la plupart des cas, elles commencent par « Ô Seigneur ! » à l’instar de : « Ô Seigneur ! Accorde nous belle part ici-bas, et belle part aussi dans l’au-delà ; et protège-nous du châtiment du Feu » (la vache : 201), « Ô Seigneur ! Ne nous châtie pas s’il nous arrive d’oublier ou de commettre une erreur. Ô Seigneur ! Ne nous charge pas d’un fardeau lourd comme Tu as chargé ceux qui vécurent avant nous. Ô Seigneur ! Ne nous impose pas ce que nous ne pouvons supporter » (la vache : 286), « Ô Seigneur ! Ne fais pas dévier nos cœurs après que Tu nous aies guidés » (la famille d’Imran : 8).

On interrogea l’imam Malik à propose de celui qui dit dans son imploration « Ô Maître ! ». Il répondit : « Il doit dire « Ô Seigneur ! » à l’instar de ce que disaient les Prophètes dans leurs implorations[30].

Les causes empêchant l’exaucement des implorations

Premièrement : La consommation de l’illicite

Le Prophète (saws) indique que le fait de s’adonner à l’illicite en matière de nourriture, de boisson et de vêtements empêche l’exaucement des implorations. Le hadith relaté par Ibn ‘Abbas (rad) cité précédemment abonde dans le même sens. En effet, le Prophète (saws) dit à Sa’d : « Fais en sorte que ta nourriture soit licite et pure, tu seras quelqu’un dont l’invocation est exaucée ». Ainsi, consommer ce qui est licite, boire ce qui est licite ou porter ce qui est licite est une cause entrainant l’exaucement de l’imploration.

On dit à Sa’d ibn Abi Waqqas (rad) : « Parmi les compagnons, tu es celui dont l’imploration est exaucée ! » Il dit : « Je n’ai jamais porté à ma bouche un morceau sans en connaître la provenance »[31]

Wahb ibn Mounabbih (m 114H) : « Quiconque veut avoir la joie de voir son imploration exaucée par Dieu, qu’il fasse en sorte que sa nourriture soit licite »[32]

Sahl ibn ‘Abdillah dit : « Quiconque  consomme du licite pendant quarante jours verra son imploration exaucée »[33]

Youssef ibn Asbat (m 195H) dit : « Il nous est parvenu que l’imploration du serviteur est empêchée de monter au ciel à cause de la nourriture illicite »[34]

– « comment serait-il exaucé ? » : Cela indique l’éloignement de l’exaucement mais pas forcément l’impossibilité et  l’exclusion catégorique de l’exaucement. Cela indique également, comme nous l’avons déjà mentionné, que le fait de s’adonner à l’illicite fait parti des causes empêchant l’exaucement de l’imploration.

Deuxièmement : Commettre les interdits et délaisser les obligations

Il est établi que l’accomplissement des actes d’obéissance est une cause qui favorise l’exaucement des implorations. C’est pour cette raison que lorsque les trois hommes furent coincés dans la grotte à cause du rocher qui obstruait la sortie, ils implorèrent Dieu en évoquant les bonnes œuvres qu’ils avaient accompli auparavant et Dieu les exauça.

Wahb ibn Mounabbih dit : « Celui qui implore Dieu sans accomplir de bonnes œuvres est comparable à celui qui tire à l’aide d’un arc sans corde »[35]. Il dit aussi : « La bonne œuvre fait parvenir l’imploration », puis, il récita : « Vers Lui monte la bonne parole, et la bonne action l’élève haut »[36] (le Créateur : 10)

Ibn ‘Omar (rad) dit : « C’est en faisant preuve de scrupule face à ce que Dieu a interdit, que Dieu accepte l’imploration et la glorification »[37]

Abou Dhar (rad) dit : « La bienfaisance est pour l’imploration ce qu’est le sel pour le repas »[38]

 On dit à Sofiane at-Thawri : « Si tu implorais Dieu ? » Il dit : « Délaisser les péchés, c’est l’imploration »[39]

Al-Layth (m 175H) dit : « Moïse vit un homme levant les mains vers le ciel implorant Dieu avec ardeur. Moïse dit alors : « Ô Seigneur ! Ton serviteur T’a imploré pour que Tu lui accorde Ta miséricorde, et Tu es le plus miséricordieux des miséricordieux, qu’as-Tu donc fait concernant sa requête ?» Il dit : « Ô Moïse ! S’il levait les mains jusqu’à sa mort, je n’accorderais un intérêt à sa requête que s’il accorde un intérêt à Mon droit »[40]

L’un des pieux-prédécesseurs a dit : « Ne te demande pas pourquoi l’exaucement de ton imploration tarde alors que tu lui as barré la route par tes péchés »[41].

A chaque fois qu’une affliction nous touche, nous nous précipitons pour implorer Dieu, puis nous l’oublions lorsque celle-ci est levée. Comment donc espérer l’exaucement d’une imploration dont nous avons, nous-mêmes, barré le chemin par nos péchés ?

Moncef Zenati

[1] – Les croyants : 51
[2] – La vache : 172
[3] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/259
[4] – Les croyants : 51
[5] – La vache : 172
[6] – rapporté par at-Tabarani
[7] – rapporté par Ahmed selon une chaîne discutable d’après Ibn Rajab.
[8] –  Ibn Rajab le déclare « faible » (da’if)
[9] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/262
[10] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/262- 263
[11] – rapporté par Abou Nou’aïm dans « al-hilya »
[12] – Ibn Hibban
[13] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/264
[14] – rapporté par al-Bazzar
[15] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/264
[16] – rapporté par Mouslim dans le chapitre de la Zakat (1015), par Ahmed dans le mousnad (8348) et par at-Tirmidhi dans le chapitre de l’exégèse du Coran (2989) d’après Abou Hourayra
[17] – rapporté par Ahmed dans le mousnad (22509). Ses rapporteurs disent : se chaîne de transmetteurs est forte et ses transmetteurs sont ceux du « valide-sûr » (çahih). Rapporté également par ad-Daraqotni dans « as-sounan al-koubra » dans le chapitre des captifs (4/285) d’après un médinois. Authentifié par al-Albani dans « as-sahiha » (754).
[18] – Al-‘Iraqi dit dans sa vérification de « la revivification des sciences de la religion » : rapporté par al-Bayhaqi dans le chapitre des signes de la prophétie d’après le hadith d’Ibn ‘Abbas sans la mention que ceci fut avec la permission du Prophète (r) (2/110). Rapporté par Ahmed dans le mousnad (2495) sans la mention « C’est illicite, donna-le en aumône ». Il dit : « Sa chaîne de transmetteurs est valide-sure selon les normes d’al-Boukhari et Mouslim. Rapporté par at-Tirmidhi dans le chapitre de l’exégèse du Coran (3193) et dit : « bon » (hasan) « isolé » (gharib). Rapporté par an-Nasa-y dans « al-koubra » dans le chapitre de l’exégèse (6/426), par at-Tabarani dans « al-kabir » (12/28) et par al-Hakim dans le chapitre de l’exégèse (2/445) qui l’a authentifié selon les normes d’al-Boukhari et Mouslim et adh-Dhahabi partage son avis. Authentifié par al-Albani dans « sahih at-Tirmidhi (2551)
[19] – il fait allusion au hadith relaté par Anas : « A chaque fois qu’un musulman plante un arbre ou sème des graines et qu’un homme, un oiseau ou un bête en mange, ce qui a été mangé lui sera compté comme une aumône » rapporté par al-Boukhari et Mouslim. Al-Boukhari le rapporte dans le chapitre du labour et du métayage (2320). Mouslim le rapporte dans le chapitre du métayage (1553). Rapporté par Ahmed dans le mousnad (13389), at-Tirmidhi (1382)
[20] – « Revivification des sciences de la religion (2/131 – 1323) éditions dar al-ma’rifa Beyrouth
[21] – tiré du site www.qaradawi.net
[22] – rapporté par Abou Daoud, at-Tirmidhi et Ibn Majah
[23] – rapporté par Mouslim
[24] – rapporté par Ahmed, at-Tirmidhi, an-Nasa-y, Ibn Majah et Abou Daoud
[25] – rapporté par Ibn ‘Asakir et adh-Dhahabi
[26] – rapporté par Ahmed
[27] – rapporté par al-Boukhari et Mouslim
[28] – rapporté par al-Bazzar
[29] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/273
[30] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/273
[31] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/275
[32] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/275
[33] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/275
[34] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/275
[35] – rapporté par Ahmed dans « az-zouhd »
[36] – C’est-à-dire que la bonne action a permis à la bonne parole (l’imploration) de monter vers Dieu. Mais le verset peut également être compris selon ce sens : « Vers Lui monte la bonne parole, et Il (Dieu) élève haut la bonne action »
[37] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/276
[38] – rapporté par Ahmed dans az-zouhd »
[39] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/276
[40] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/276
[41] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/277

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