Si le fornicateur et la fornicatrice se repentent, et veulent sortir de l’illicite vers le licite, et d’une vie polluée vers une vie pure, leur mariage est valide par consensus. Par ailleurs, la majorité des savants ne font pas du repentir une condition de validité du mariage du fornicateur avec la fornicatrice. Il est rapporté que ‘Omar (rad) sanctionna un homme et une femme pour fornication et insista pour les unir par le mariage[1].

Les hanbalites exigent le repentir conformément au verset : « Le fornicateur n’épousera qu’une fornicatrice ou une associatrice. Et la fornicatrice ne sera épousée que par un fornicateur ou un associateur ; et cela a été interdit aux croyants » (24 :3).

Quant à la question du délai de viduité à savoir est-ce que la fornicatrice devra observer un délai de viduité ou pas? Cela soulève une divergence entre les jurisconsultes « fouqaha ».

L’avis que nous choisissons est l’avis des hanafites, des shafi’ites et de ath-Thawri, à savoir : point de délai de viduité pour la fornicatrice, même si elle est enceinte à cause de la fornication. C’est également l’avis relaté d’après les trois califes Abou Bakr, ‘Omar et ‘Ali, que Dieu les agrées[2]. Ils se réfèrent au hadith suivant : « L’enfant appartient au lit, et le fornicateur n’a que les pierres »[3]parce que le délai de viduité a été établi afin d’éviter les conflits de paternité et de préserver la filiation paternelle. Or, la fornication ne peut établir la filiation paternelle, elle n’exige donc pas de délai de viduité.

Si l’homme se marie avec une femme enceinte d’autrui à cause de la fornication, ce mariage est valide selon Abou Hanifa et son élève Mohamed ibn al-Hassan. Ceci est l’avis adopté au sein de l’école hanafite, mais tout rapport sexuel avec elle lui est interdit jusqu’à ce qu’elle accouche et ce, conformément au hadith : « Il n’est pas permis pour tout homme ayant cru en Dieu et au jour du jugement dernier d’arroser de son eau la semence d’autrui »[4].

Par contre, si la femme est enceinte du fornicateur en question, le mariage est permis unanimement au sein de l’école hanafite et pour ceux qui permettent ce mariage. Il lui est permis, pour tous, d’avoir des rapports sexuels avec elle car la semence est la sienne et le fœtus est de lui.

Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche

[1] Rapporté par ash-Shafi’i dans « al-oum » (10/38), et par sa voie, l’a rapporté al-Bayhaqi (7/155) d’après Abou Yazid al-Makki : un homme épousa une femme. Elle avait une fille d’un mariage précédent et il avait un garçon d’un mariage précédent. Le garçon et la fille commirent la fornication et elle tomba enceinte. Lorsque ‘Omar arriva à la Mecque, on porta l’affaire devant lui. Ils les interrogèrent et les deux avouèrent. ‘Omar leur appliqua la sanction pénale (100 coups de fouet chacun) et insista pour les unir, mais le garçon refusa. La chaîne des transmetteurs du hadith est jugée bonne « isnad hassan »

[2] cité par Mohamed ibn al-Hassan ash-Shaybani dans « al-houjja ‘ala ahl al-madinah » (3/388 – 389) d’après Abou Bakr et ‘Omar. Le sens de ce hadith fut également rapporté par al-Bayhaqi dans « as-sounan » (7/155). Ibn Hazm l’a rapporté dans « al-mouhalla » (9/476), d’après Abou Bakr et ‘Omar et il cité (10/28) d’après ‘Omar ce qui va dans ce sens.

[3] Rapporté par al-Boukhari (N) 1948 et ailleurs) et Mouslim (n° 1457) d’après ‘Aïsha Le sens de l’expression « l’enfant appartient au lit » : l’enfant est affilié au propriétaire du lit, c’est-à-dire l’homme marié à la femme lors de l’accouchement de cet enfant. « le fornicateur n’a que les pierres » signifie :le fornicateur n’a que la privation et le regret, il n’a aucun droit sur l’enfant.

[4] hadith « hassan » (bon) rapporté par Ahmed (28/207, n° 16997), Abou Daoud (n° 2158, 2159) et al-Bayhaqi (7/449 et 9/124) d’après Rouwayfi’ ibn Thabit.

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