La shari’a tient compte des idéaux moraux en soi, en abstraction de toute considération utilitariste. C’est dans ce sens qu’elle commande la douceur envers les animaux interdisant toute forme de maltraitance, bien que maltraiter les animaux ne provoque pas l’instabilité de la société.

Ainsi, le respect des droits des animaux relève strictement de l’observation de la morale. Ceci relève de la justice, de la bienfaisance, de la miséricorde, et constitue une marque de piété.

Plusieurs hadiths abondent dans ce sens :

–          « Une femme fut châtiée pour avoir emprisonné un chat jusqu’ à ce qu’il mourut. Elle ne l’a ni nourri ni abreuvé étant donné qu’elle l’a empêché de sortir, et elle ne l’a pas non plus laissé libre pour qu’il se nourrisse des bestioles de la terre »[1].

–          Le Messager de Dieu, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur Lui, passa près d’un chameau dont les flancs du ventre étaient collés (extrêmement maigre). Il dit : « Craignez Dieu par rapport à ces animaux. Montez-les en bon état et consommez-les en bon état »[2].

–          Le Messager de Dieu, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur Lui,  dit : « Alors qu’un homme marchait, assoiffé, il descendit dans un puits et s’abreuva. En sortant, il vit un chien si assoiffé qu’il lécha le sol. Il dit : « Ce chien est aussi assoiffé que je l’étais. Il remplit sa chaussure d’eau et l’a pris dans sa bouche, puis, il abreuva le chien. En récompense, Dieu lui absout ses péchés ». Les compagnons dirent : «  Sommes-nous récompensés pour avoir fait preuve de bonté envers les animaux ? ». Il dit « Dans chaque être vivant, il y a une récompense (divine) »[3].

–          « Une prostituée fut absoute de ses péchés car elle vit un chien sur le point de mourir de soif. Elle enleva sa chaussure, l’attacha à son voile et lui tira de l’eau. Dieu la pardonna pour cette action »[4].

–          « Dieu a prescrit l’excellence dans toute chose. Aussi, si vous tuez, faites-le avec excellence, et si vous égorgez, faites-le avec excellence. Que l’un de vous aiguise la lame de son couteau et repose sa bête »[5].

–          Un homme allongea un mouton alors qu’il aiguisait la lame du couteau devant la bête. Le Messager de Dieu,  que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur Lui : « Veux-tu lui affliger deux morts ? Pourquoi n’as-tu pas aiguisé ton couteau avant de l’allonger ? »[6].

–          Ibn ‘Omar, que Dieu l’agrée, vit des jeunes de Qouraysh en train de prendre une poule pour cible. Lorsqu’ils virent Ibn ‘Omar, ils se dispersèrent. Ibn ‘Omar dit alors : « Qui a fait cela ? Que Dieu maudisse celui qui a fait cela. Le Messager de Dieu, a maudit quiconque prend pour cible un être doté d’une âme »[7].

–          Le Messager de Dieu, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur Lui, a interdit les combats entre les animaux[8].

–          Le Messager de Dieu, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur Lui, a interdit de frapper le visage et de marquer le bétail au fer rouge au visage[9].

Les compagnons et les gouverneurs après lui respectèrent scrupuleusement cette attitude. En effet, ils réprimandaient quiconque maltraitait les animaux. L’imam Malik dit : « ‘Omar vit un âne chargé de briques. Il enleva deux briques de la charge. La propriétaire de l’âne vint et dit à ‘Omar : « Ô ‘Omar ! Qu’as-tu à voir avec mon âne ? As-tu une autorité sur lui aussi ? ». Il dit : « Et pourquoi serais-je donc à cette place ? »[10].

Ibn Rushd (Averroès) dit en commentant la parole de ‘Omar, que Dieu l’agrée : « Le sens est en cela évident car l’Elu que la Paix soit sur lui dit : « Chacun de vous est un gardien, et chacun de vous est responsable de l’objet de sa garde. Ainsi, l’imam (au sens du responsable politique) est un gardien et il est responsable de l’objet de sa garde »».

C’est dans ce sens que ‘Omar dit : « Si un chameau perdu venait à mourir sur les côtes de l’Euphrate, je craindrai que Dieu me demande des comptes à son sujet ».

‘Abd ar-Razzaq rapporte d’après Ibn Sirin que ‘Omar vit un homme en train de trainer un mouton par le pied pour l’égorger. ‘Omar lui dit alors : « Malheur à toi ! Mène-le à la mort d’une belle manière ! ».

‘Omar frappa un jour un transporteur et lui dit : « Pourquoi charges-tu ton chameau d’une charge qu’il ne peut supporter ? »[11].

‘Omar ibn ‘Abd al-‘Aziz écrit à Ibn ‘Abd al-Hakam : « Ne transportez personne en utilisant une bride lourde, et ne piquez pas à l’aide d’une cravache portant lamelle à l’extrémité ».

Il écrit à Hayyan en Egypte : « On m’a informé qu’en Egypte il y a des chameaux qu’on utilise pour le transports de marchandises portant des charges de milles livres. Dès réception de ma missive-ci, je ne veux plus entendre qu’on porte sur le chameau plus de six-cent livres ».

Dans le chapitre des « dépenses » (nafaqat) des ouvrages du droit musulman, les jurisconsultes « fouqaha », ont abordé d’une manière détaillée les devoirs de l’être humain envers les animaux, d’une manière inimaginable pour l’époque. Ces études exhaustives n’ont pas été motivées par une utilité matérielle ou par un intérêt social uniquement, comme dans le cas du droit positif. Au contraire, il s’agit d’une motivation purement morale qui consiste à lever toute forme d’injustice, de préjudice et de nuisance, à tout être vivant, sensible à la douleur.

Moncef Zenati

[1] – Rapporté par al-Boukhari
[2] – Rapporté par Abou Daoud et Ibn Khouzayma
[3] – Rapporté al-Boukhari
[4] – Rapporté par al-Boukhari et Mouslim
[5] – Rapporté par Mouslim
[6] – Rapporté par at-Tabarani et al-Hakim
[7] – Rapporté par al-Boukhari
[8] – Rapporté par Abou Daoud et at-Tirmidhi
[9] – Rapporté par Mouslim
[10] – Rapporté dans al-‘outbiyya
[11] – tabaqat, d’Ibn Sa’d

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