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Les traditionnistes et les spécialistes des fondements du droit musulman divisent les hadiths selon le nombre de leurs transmetteurs en deux catégories : le hadith dit « notoire » (moutawtir) et le hadith dit « singulier » (aahaad)

Le hadith notoire « moutawatir » 

C’est le hadith rapporté par un grand nombre de transmetteurs, dont la raison veut qu’il soit impossible qu’ils conviennent tous d’un mensonge et ce, à chaque maillon de la chaîne des transmetteurs, du début à la fin de la chaîne.

Le hadith « moutawatir » est transmis par un si grand nombre de personnes que la raison exclut toute erreur ou toute possibilité de convenir d’un mensonge, du fait, par exemple, qu’elles soient de régions différentes, de métiers différents, de milieux différents, sans être sous l’effet d’une même passion ou localisées dans un même endroit, ni sous l’influence d’une autorité qui les aurait rassemblées pour transmettre une information.

Le hadith notoire est divisé en deux catégories :

  • « Le notoire verbal » (al moutawatir al-lafdhi)
    C’est ce qui a été rapporté par ses termes originaux par un grand nombre de transmetteurs dont l’habitude veut qu’ il soit impossible qu’ ils conviennent d’un mensonge et ce, du début à la fin de la chaîne, à l’instar du hadith : « Quiconque ment intentionnellement à mon sujet, qu’il s’attende à siéger à sa place dans l’Enfer ». Ce hadith fut rapporté par quatre-vingt compagnons.
  • « Le notoire par le sens » (al-moutawatir al-ma’nawi)
    Le « notoire par le sens » est le hadith dont le sens fait l’objet d’un accord sans qu’il y ait une conformité des termes, à l’instar des hadiths évoquant l’intercession « ash-shafa’a », la vision de Dieu au Paradis, le jaillissement de l’eau entre les doigts du Prophète (saws) et autres.
Le hadith notoire « moutawatir » : implication et statut de sa négation

Le hadith notoire, qu’il soit notoire verbal ou par le sens, exige sa mise en application et implique une connaissance catégorique et obligatoire qu’il relève du cultuel ou du profane, de la pratique ou du dogme (‘aqida).

Les savants divergent à propos de quiconque nierait le contenu d’un hadith « moutawatir », est-il qualifié d’incroyant « kafir » ou pas. Pour un grand nombre de savants, quiconque réfute un hadith notoire est incroyant[1]. Mais il n’y a pas de consensus à ce sujet. Là où il y a consensus, c’est l’incroyance de toute personne niant un élément reconnu comme étant impératif et essentiel à la religion « ma’loum minaddini bid-daroura », ce qui dépasse le niveau du hadith notoire et du consensus « ijma’ ».

En effet, l’élément reconnu comme étant impératif et essentiel à la religion « ma’loum minaddini bid-daroura » est une prescription d’ordre pratique ou dogmatique établie d’une manière catégorique devenant ainsi du nombre des prescriptions certaines dont l’appartenance à la religion et à sa législation ne présente aucun doute ni controverse. C’est un élément supposé connu et reconnu aussi bien au niveau du savant ou du commun des musulmans et ne nécessite aucune étude ni argumentation pour l’établir, à l’instar du caractère obligatoire de la Prière et des autres piliers de l’islam, de l’interdiction du meurtre, de la fornication, de l’alcool, de l’usure ou des prescriptions catégoriques concernant le mariage, le divorce et les règles de la succession. Quiconque nie l’un de ces éléments reconnus impératifs et essentiels à la religion « ma’loum minaddini bid-daroura » est qualifié d’incroyant, car en le niant, il a nié ce qui est énoncé d’une manière explicite dans le Coran, exprimé d’une manière catégorique dans  les hadiths notoires « moutawatir » et faisant l’objet d’un consensus.

Tout élément reconnu comme étant impératif et essentiel à la religion « ma’loum minaddini bid-daroura » fait l’objet d’un consensus, mais ce qui fait l’objet d’un consensus n’est pas forcément un élément « ma’loum minaddini bid-daroura ».

L’élément « ma’loum minaddini bid-daroura » est fondé sur un consensus basé sur un texte explicite du Coran ou de la Sunna et ne nécessite aucune étude ou recherche. Par contre ce qui fait l’objet de consensus n’est pas toujours un élément « ma’loum minaddini bid-daroura » car il est connu chez les savants, inconnu et nécessitant une recherche pour le commun des musulmans, à l’instar de l’avis consensuel octroyant à la grand-mère le 1/6 de l’héritage.

Quiconque nie un élément « ma’loum minaddini bid-daroura » est incroyant, et quiconque ni l’objet d’un consensus ne relevant pas du « ma’loum minaddini bid-daroura »  est jugé hérétique et hétérodoxe déviant de la voie sunnite. C’est pourquoi tous les sunnites avec toutes leurs composantes : ash’arites, matouridites et traditionnistes, n’ont pas qualifié d’incroyants tous les groupes hérétiques tels que les kharijites, mou’tazilites ou chiites. Ils ne les ont pas exclu du cercle de l’islam, mais les ont qualifié d’hétérodoxes et ce, malgré la négation d’un grand nombre de hadiths dont certains ont atteint le degré de « moutawatir ».

Par exemple : la réfutation des hadiths relatifs aux signes de la fin des temps tels que l’apparition du faux Messie et les épreuves qui l’accompagnent, le retour de ‘Issa (Jésus), que la Paix soient sur lui,  qui tuera le faux Messie … alors que ces hadiths on atteint le degré du notoire « moutawatir » comme l’affirment les spécialistes de cette science.

Quiconque réfute ces hadiths n’est pas jugé incroyant car il ne s’agit pas d’éléments de la foi supposés nécessairement connus et relevant du « ma’loum minaddini bid-daroura », même s’il s’agit là d’une forme d’hérésie « bid’a » et de déviance de la voie des salafs et de l’orthodoxie sunnite[2].

Moncef Zenati

[1] – « ousoul al-fiqh al-islami » de Dr. Wahba az-Zouhaïli, 1/453, « ousoul al-hadith » de Dr.Mohamed ‘Ajjaj al-Khatib  p 197
[2] – « al-marja’iyya al-‘oulya  fil islam lil-qorani was-sunna » de Dr. Youusef al-Qaradawi, p 124

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