Le hadith singulier : implication et champs d’application

Illustration : les djinns peuvent-ils posséder l’être humain ?

Le hadith singulier « aahaad » est un hadith rapporté par un, deux rapporteurs ou plus, sans satisfaire les conditions du notoire.

Pour la majorité des fouqahas (jurisconsultes) et des spécialistes des fondements du droit musulman hanafites, shafi‘ites et malikites, le hadith singulier implique une connaissance conjecturale probante et non pas une connaissance catégorique[1]. Ainsi, il doit être mis en application, s’il satisfait aux conditions de recevabilité, uniquement dans les domaines relevant de la pratique (culte et affaires sociales), mais pas dans les domaines relevant du dogme « ‘aqida ». En effet, les éléments de la foi ne peuvent être fondés que sur une connaissance catégorique. Or, le hadith singulier implique une connaissance conjecturale et déductive, il ne peut donc pas être en mesure d’établir un élément de la foi. Par conséquent, nous ne sommes pas astreints à croire au contenu des hadiths singuliers relevant du dogme et cela ne remet absolument pas en cause la validité de la foi.

Seuls les traditionnistes estiment que le hadith singulier implique une connaissance catégorique. Par conséquent, il peut être considéré dans le domaine relevant du dogme.

Prenons par exemple le fait d’être possédé par un djinn. Nombreux sont ceux qui croient que le djinn détient le pouvoir d’habiter un être humain, de le posséder et de le contrôler. Nier cette possession relèverait de l’incroyance et invaliderait la foi du négateur.

D’une part, il importe de préciser que la croyance aux djinns est un fondement de la croyance musulmane. Nier l’existence des djinns reviendrait à nier ce qui est énoncé d’une manière explicite et catégorique dans le Coran. Par contre, croire que ces créatures ont le pouvoir d’habiter un être humain, relève du domaine subsidiaire « fourou’ » de la foi et non pas des fondements. Or, tout ce qui relève du domaine du subsidiaire est sujet à la divergence, à l’instar de la divergence entre ‘Aïsha, que Dieu l’agrée, et Ibn ‘Abbas (rad) au sujet du Prophète (saws) lors du voyage nocturne : est-ce-que le Prophète (saws)  a-t-il vu Dieu ? Oui pour Ibn ‘Abbas, non pour ‘Aïsha. Ce qui prouve que la foi « ‘aqida » est composée d’éléments fondamentaux irréfutables et d’éléments subsidiaires sujets à la divergence.

D’autre part, le hadith singulier n’est pas en mesure d’établir un élément fondamental de la foi. Que dire alors lorsque les hadiths évoquant le sujet de la possession par les djinns sont loin d’être authentiques ?!

En effet, il n’existe aucun texte authentique et explicite établissant la possibilité qu’un djinn habite et possède un être humain. Ceux qui défendent cette croyance se réfèrent soit à des textes authentiques mais pas explicites, soit à des textes explicites mais pas authentiques.

Parmi les textes authentiques et non explicites 

– le verset coranique : « Ceux qui mangent l’intérêt ne se tiennent (au jour du Jugement Dernier) que comme celui que le toucher de Satan a bouleversé » (2 :275). L’argument résiderait dans le terme « mas » qui signifierait l’envoutement. Tout d’abord, tous les exégètes affirment que ce verset présente une scène qui se produira le Jour du Jugement dernier. Cela n’a aucun rapport avec la question que nous traitons. En effet, nous n’avons jamais vu un usurier tomber tel un possédé dans la rue !

Puis, cette expression a été utilisée dans un autre verset pour un autre sens : « Et rappelle-toi Job (Ayyoub), Notre serviteur, lorsqu’il appela son Seigneur : « Le diable m’a touché par la détresse et la souffrance ». » (38 :41). Est-ce que le prophète Ayyoub (Job) aurait été possédé par le diable ?!

– le hadith relaté par ‘Ata ibn Rabah. ‘Ata dit : Ibn ‘Abbas me dit : « Veux-tu que je te montre une femme parmi les gens du Paradis ? » Je dis : « Oui ! » Il dit : « Cette femme noire est venue voir le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, et lui a dit : « Je suis épileptique, et quand je suis en crise, je me découvre. Prie Dieu pour moi ! » » Il dit : « Si tu veux, tu patientes et tu recevras le Paradis en récompense, et si tu veux je prierai Dieu pour qu’il te guérisse » Elle dit : « Je patienterai, mais prie Dieu pour moi pour que je ne me découvre plus » Il pria pour elle …

Si cette femme était réellement possédée par un djinn, peut-on imaginer que le Prophète (saws) l’aurait laissée captive de ce démon ?! Il s’agit donc d’une simple crise d’épilepsie connue et soignée par la médecine.

Parmi les textes explicites mais pas authentiques 

Ad-Daraqoutny, ad-Daramy et Ahmed rapportent d’après Ibn ‘Abbas (rad) qu’une femme emmena son fils au Prophète (saws) et lui dit : « Ô Messager de Dieu ! Mon fils a des crises de folie au moment de notre déjeuner et de notre dîner » Le Messager de Dieu (saws) lui passa la main sur la poitrine et pria pour lui. Aussitôt, l’enfant vomit et le djinn qui l’habitait sortit de son ventre tel un chiot noir. Ce hadith est faible de même que toutes ses versions.

Par contre, ce qui est explicite et formel, c’est que la relation des djinns avec les humains se résume à l’insufflation « waswasa » conformément au hadith : « L’homme est sujet aux inspirations du Diable et à celles de l’Ange… Le premier lui insuffle le mal et l’incite à renier la vérité. Le second lui insuffle le bien et l’incite à reconnaître la vérité. Que celui qui ressent cela sache que les dernières inspirations proviennent de Dieu et que les premières sont l’œuvre du Diable ». (rapporté par at-Tirmidhi)

D’ailleurs, lorsque les gens de l’Enfer désigneront Satan comme coupable de leur égarement, ce dernier s’en défendra en leur rappelant que sa seule autorité sur eux réside dans l’insufflation. Dieu dit : « Et quand tout sera accompli, le Diable dira : « Certes, Allah vous avait fait une promesse de vérité ; tandis que moi, je vous ai fait une promesse que je n’ai pas tenu. Je n’avais aucune autorité sur vous si ce n’est que je vous ai appelés, et que vous m’avez répondu. Ne me faites donc pas de reproches ; mais faites-en à vous-mêmes … » (14 : 22)

Le Prophète (saws) confirme ceci en disant : « La Louange est à Dieu qui a limité sa ruse (de Satan) à l’insufflation » (Ahmed et Abou Daoud).

Certains diront peut-être que la possession par le djinn est réelle puisqu’ils ont assisté à des cas réels. Nous disons alors que les éléments de la foi ne sont pas établis par l’observation ni par l’expérience mais par des textes catégoriques.

Ces crises que nous observons relèvent de cas psychologiques et psychiatriques. Avant le développement de la psychologie et de la psychiatrie et n’ayant aucun moyen d’expliquer rationnellement ces crises, les gens ont cherché des explications surnaturelles et les ont imputées aux djinns.

Moncef Zenati

[1] – Voir « Ousoul al-fiqh » de l’imam Mohammed Abou Zuhra p. 104,  « Ousoul al-hadith » de Mohammed ‘Ajjaj al-Khatib p. 198, « al-marja’iyya al-‘oulya lil-islam lil-qorani was-sunna » de Dr. Youssef al-Qaradawi 116 – 118, « sharh sahih mouslim » d’an-Nawawi 1/131 et « at-tamhid » d’Ibn ‘Abd al-Barr 1/7

2 Commentaires

  1. Mais nous voyons jusqu’à aujourd’hui des cas de possessions par des Djinns. Et le verset sur l’intérêt usuraire est plus qu’explicite. Pour avoir vu et vécu un cas de possession. Je peux vous l’assurer, un djinn peut posséder un humain. Qu’Allah nous en préserve

  2. assalam ‘alaykoum

    j’ai un doute sur une compréhension d’un passage de votre article ci-dessous:
    « En effet, les éléments de la foi ne peuvent pas être fondés uniquement sur une connaissance catégorique. » cela ne serait pas plutot  » les éléments de la foi ne peuvent être fondés uniquement sur une connaissance catégorique? »

    barak allahou fik

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