C’est une erreur donc que de se préoccuper, comme le font nombre de gens, des sunan et des actes surérogatoires en matière de prière, de jeûne et de pèlerinage, au détriment des obligations.

Ainsi voit-on, parmi les fidèles, des gens qui veillent la nuit à prier, puis, dans la journée, se rendent à leur travail qui est rémunéré, dans un tel état d’épuisement qu’il leur est impossible d’accomplir dûment leur devoir. Or s’ils savaient que bien faire le travail est un devoir: «Dieu a prescrit l’excellence en toute chose»; que la négligence est une trahison, une déloyauté qui rend illicite, le salaire touché à la fin du mois, ils renonceraient à veiller la nuit pour la prière, puisqu’il s’agit, somme toute, d’un acte de dévotion purement surérogatoire que ni Dieu ni son Prophète (صلى الله عليه وسلم) n’ont imposé aux fidèles.

Il en va de même de celui qui s’impose le jeûne les lundis et les jeudis, se donnant tant de mal, surtout pendant l’été, qu’il arrive à son travail fatigué, abattu. Aussi en vient-il souvent à manquer à son devoir de servir convenablement les gens à cause du jeûne. Cet acte cultuel demeure pourtant surérogatoire alors que le service dispensé aux gens est un devoir incontournable.

Le Prophète (صلى الله عليه وسلم) a déconseillé la à femme de jeûner de manière surérogatoire si son époux est présent dans le foyer, à moins qu’il ne l’autorise à le faire; car le mari a sur sa femme un droit majeur, qui prime sur tout jeûne surérogatoire.

Il en va autant du pèlerinage et de la ‘umra qu’on fait titre volontaire. En effet, il est, parmi les dévots, des gens qui accomplissent le rite du pèlerinage pour la cinquième, la dixième, la vingtième ou peut-être la quarantième fois. Ils accomplissent tous les ans le petit pèlerinage (‘umra) pendant le Ramadan, dépensant des milliers de livres, de dinars ou de réaux. Alors qu’il y a des musulmans qui meurent de faim – au sens propre non au sens figuré – comme en Somalie; d’autres qui sont victimes de génocide et de massacres, comme c’est le cas en Bosnie-Herzégovine, en Palestine, au Cachemire et dans d’autres régions du monde. Ils ont besoin de n’importe quelle assistance de la part de leur frères, de quoi pouvoir nourrir les ventres affamés, habiller les démunis, soigner malades, loger les sans-abri, s’occuper des orphelins, prendre soin des vieux, des veuves, des infirmes ou se procurer les armes nécessaires pour se défendre.

D’autres encore se voient en proie à la campagne d’évangélisation et ne trouvent ni école pour l’instruction, ni livre pour la lecture, ni mosquée pour la prière, ni hôpital, ni centre pour la prédication. Tandis que parmi les pèlerins, on constate que chaque année, soixante-dix pour cent ont déjà accompli ce rite; autrement dit, ils s’en acquittent à titre surérogatoire, dépensant ainsi, à cœur joie, des centaines de millions!

Or, s’ils comprenaient mieux leur religion, s’ils connaissait un tant soit peu de la science des priorités, ils se hâteraient de prime abord, de porter secours à leurs frères musulmans avant de songer à la jouissance spirituelle que leur procure la ‘umra. A bien y réfléchir, ils s’apercevraient que la satisfaction d’accomplir leur devoir d’assistance aux musulmans serait bien plus gratifiante et plus profonde qu’une jouissance passagère qui peut être empreinte, sans qu’ils s’en rendent compte d’une certaine ostentation, d’une certaine vanité!

Propos lumineux de l’imam ar- Râghib

Les juristes de l’islam ont établi que Dieu n’admet l’acte surérogatoire qu’après l’accomplissement de l’acte l’obligatoire.

Dans sa comparaison entre obligations cultuelles et actes méritoires surérogatoires (makruma) l’imam ar-Râghib affirme: «Sache que l’acte d’adoration est plus général que l’acte méritoire: en effet tout acte méritoire et un acte d’adoration, alors que tout acte d’adoration n’est pas forcément un acte méritoire (surérogatoire). La différence entre les deux réside, entre autre, dans le fait que les actes d’adorations sont régis par des obligations déterminées et des limites précise; celui qui les néglige est fautif, coupable. Il en est tout autrement des actes méritoires: c’est que l’homme ne peut parachever les actes méritoires inhérents à la Loi religieuse tant qu’il n’a accompli les actes adoratifs. S’appliquer consciencieusement aux actes adoratifs fait partie de la justice (‘adl) alors que s’adonner activement aux actes méritoires fait partie du supplémentaire (fadl) et du surérogatoire. Or, il n’est point admissible de se livrer au surérogatoire en négligeant l’obligatoire, car la justice revient à faire ce qu’il faut, alors que le supplément consiste à ajouter quelque chose à ce qu’il faut. Comment peut-on donc imaginer un ajout à une chose inexistante en elle-même? C’est à juste titre qu’on dit: «Celui qui néglige les principes ne peut parvenir aux fins».

Quiconque s’occupe de l’obligatoire et, partant, délaisse le surérogatoire affiche une attitude légitime; et quiconque s’occupe du surérogatoire au détriment de l’obligatoire affiche une attitude présomptueuse. Considérons à cet égard le verset suivant: «Certes, Dieu commande l’équité et la bienfaisance» (sourate Les abeilles, verset 90). Par ‘équité’, Dieu fait allusion aux règles et aux dispositions légales; par ‘bienfaisance’, Il désigne les bonnes œuvres.

Extrait de «La science des priorités» – Disponible à l’achat sur ce lien : http://havredesavoir-shop.fr/comprehension/211-la-science-des-priorites-yusuf-al-qaradawi.html

 

 

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