‘Omar (ra) dit : « J’ai entendu le Prophète (saws) dire : « Les actes ne valent que selon les intentions qui les animent et chacun n’a pour lui que ce qu’il a eu réellement l’intention de faire. Aussi, celui qui émigre pour Allah et son Messager, son émigration lui sera comptée comme étant pour Allah et son Messager. Et celui qui émigre en vue d’acquérir des biens de ce bas-monde ou d’épouser une femme, son émigration ne sera comptée que pour ce vers quoi il a émigré ».» (rapporté par al-Boukhari et Mouslim)

Commentaire du hadith

– L’imam ash-Shafi’i (mort en 204 H) dit à propos de ce hadith : « Ce hadith représente le tiers du savoir. Il intervient dans soixante-dix chapitres du droit musulman »[1].

– L’imam Ahmed ( mort en 241 H) dit [2] : « Les fondements de l’islam se résument à trois hadiths : le hadith de ‘Omar : « Les actes ne valent que selon les intentions qui les animent », le hadith de ‘Aïsha : « Quiconque apporte dans notre religion une innovation qui lui est étrangère, son innovation doit être rejetée » et le hadith d’an-Nou’man ibn Bashir : « Le licite est évident et l’illicite est évident ».

– Abou Daoud (mort en 275H) dit [3] : « J’ai recherché les hadiths dont la chaîne remonte jusqu’au Prophète (saws). Ils sont au nombre de quatre milles. Puis, je les ai médités. J’ai trouvé alors que les quatre milles tournaient autour de quatre hadiths : le hadith d’an-Nou’man ibn Bashir : « Le licite est évident et l’illicite est évident », le hadith de ‘Omar : « Les actes ne valent que selon les intentions qui les animent », le hadith d’Abou Hourayra : « Dieu est bon et n’accepte que ce qui est bon. Et dieu a prescrit aux croyants ce qu’Il a prescrit aux Envoyés de Dieu» et le hadith « Fait partie du bel islam de quelqu’un, le fait de délaisser ce qui ne le regarde pas ». Chacun de ces hadiths constitue le quart du savoir.

– Les actions dont il est question dans le hadith sont les actions qui exigent juridiquement une intention. Quant aux actions ordinaires telles que se nourrir, boire, se vêtir et autres, elles ne nécessitent pas d’intention.
Pour certains savants, les actions englobent ici toute sorte d’action d’une manière générale. L’imam Ahmed dit : « J’aime que toute action telle que la prière, le jeûne, l’aumône et toute sorte d’action de bienfaisance soit précédée de l’intention avant son accomplissement car le Prophète (saws) dit : « Les actes ne valent que selon les intentions qui les animent, et ceci s’applique à toute chose »[4].

– Al-Fadl ibn Ziyad dit [5] : « J’ai interrogé Abou ‘Abdillah – c’est-à-dire Ahmed – au sujet de l’intention dans l’action : En quoi consiste l’intention ? Il dit : Il s’agit d’examiner son fort intérieur, si par son action il ne vise pas à plaire aux gens ».

– « Les actes ne valent que selon les intentions qui les animent » : C’est-à-dire que la validité et l’invalidité des actions sont en fonction de la bonne ou le la mauvaise intention.

– « et chacun n’a pour lui que ce qu’il a eu réellement l’intention de faire » : C’est-à-dire ; il ne tirera de son action que ce qu’il avait l’intention de faire. Ainsi, s’il vise à réaliser le bien par son action, il en tirera du bien, et s’il vise à faire un mal, il en tirera un mal. Il ne s’agit donc pas de répétition étant donné que la première phrase indique que la validité et l’invalidité de l’action sont en fonction de l’intention qui l’a animée. Quant à la deuxième phrase, elle indique que la récompense divine est en fonction de l’intention saine, et que le châtiment divin est en fonction de l’intention corrompue. Par ailleurs, l’intention peut être de l’ordre du licite, l’action est alors licite et n’entraine ni récompense ni sanction.

Importance de l’intention

‘Omar ibn al-Khattab (ra) dit : « Point d’action pour quiconque n’a pas d’intention et point de récompense divine pour quiconque ne l’espère pas »[6].

Ibn Mas’oud (ra) dit : « Une parole n’est bénéfique que si elle est accompagnée d’action. La parole et l’action ne sont bénéfiques que si elles sont accompagnées d’une intention saine. La parole, l’action et l’intention ne sont bénéfiques qu’en cas de conformité avec la Sunna »[7] .

Ibn al-Moubarak (mort en  246 H) dit : « Une action minime peut prendre de la considération grâce à l’intention. Une action considérable peut se voir minimisée par l’intention » [8] .

L’action est acceptée à deux conditions :

1– L’action doit être en apparence en conformité avec la Sunna. C’est ce qu’indique le hadith de ‘Aïsha : « Quiconque apporte dans notre religion une innovation qui lui est étrangère, son innovation doit être rejetée ».
2– L’action doit être accomplie en vue de plaire à Dieu et c’est ce que renferme le hadith de ‘Omar « Les actes ne valent que selon les intentions qui les animent ».

En commentant le verset : « … afin de vous éprouver qui de vous est le meilleur en œuvre » (la royauté : 2), al-Foudayl (mort en 187 H) dit [9]: « Il s’agit de l’œuvre la plus sincère et la plus conforme ». Il dit également : « Si l’œuvre est sincère mais pas conforme (à la Sunna), elle ne peut être acceptée. Et si l’œuvre est conforme mais pas sincère, elle ne peut être acceptée à moins qu’elle ne soit à la fois sincère et conforme».

« Celui qui émigre pour Allah et son Messager, son émigration lui sera comptée comme étant pour Allah et son Messager. Et celui qui émigre en vue d’acquérir des biens de ce bas-monde ou d’épouser une femme, son émigration ne sera compté que pour ce vers quoi il a émigré » : Le Prophète (saws) présente ici une illustration. Il s’agit d’un homme qui demanda en mariage une femme connue sous le nom de « Oummou Qays ». Elle refusa sa proposition à moins qu’il n’accomplisse l’Hégire. Il fit l’Hégire dans le seul but de l’épouser et l’épousa. Depuis, il fut qualifié de « mouhajir oummi Qays » (l’émigré de Oummou Qays).

Cet exemple s’applique à toute action qui ne vise pas l’agrément de Dieu. Ibn ‘Abbas (ra) dit au sujet du verset : « Ô vous qui avez cru ! Quand les croyantes viennent à vous en émigrées, éprouvez-les » (l’éprouvée : 10) : Lorsqu’une femme se présentait au Prophète (saws), il lui demandait de jurer par Dieu qu’elle n’est pas sortie de la Mecque par animosité à l’encontre de son époux, de jurer par Dieu qu’elle n’est pas sortie par convoitise d’une terre à la place d’une autre, de jurer par Dieu qu’elle n’est pas sortie en quête d’un bien de ce bas-monde et jurer par Dieu qu’elle n’est sortie que pour l’amour de Dieu et de Son Messager.

Le Prophète (saws) dit : « Le Jour de la Résurrection, le premier homme à être condamné sera l’un de ces trois :

1- Un homme mort en martyre. On le fait venir, Dieu lui montre Ses bienfaits à son égard et il les reconnaît. Il lui dit : “Qu’as-tu fait de ces bienfaits ?” Il dit : “J’ai combattu pour Ta cause jusqu’au martyr”. Il dit : “Tu mens. Tu as combattu pour qu’on dise : c’est un homme audacieux. Et on l’a dit”. Il ordonne alors qu’on le traîne sur sa face et qu’on le jette au feu.

2- Un homme qui a appris la science, l’a enseignée aux autres et a lu le Coran. On le fait venir, Dieu lui montre Ses bienfaits à son égard et il les reconnaît. Il lui dit : “ Qu’as-tu fait de ces bienfaits ?” Il dit : “ J’ai appris la science, je l’ai enseignée et j’ai lu le Coran par amour de Toi”. Il dit : “Tu mens. Tu as appris la science pour qu’on dise : il est savant. Et on l’a dit. Tu as appris le Coran pour qu’on dise : c’est un lecteur du Coran. Et on l’a dit”. Il ordonne alors de le traîner sur sa face et de le jeter au feu.

3- Un homme à qui Dieu a assuré une situation aisée et lui a donné toutes sortes de richesses. On le fait venir. Dieu lui montre Ses bienfaits à son égard et il les reconnaît. Il lui dit : “Qu’as-tu fait de ces bienfaits ?” Il dit : “Je n’ai pas laissé un seul domaine où Tu aimes qu’on dépense sans y mettre mon argent par amour de Toi”. Il dit : “Tu mens. Tu as fait cela pour qu’on dise : c’est un homme généreux. Et on l’a dit”. Il ordonne alors qu’on le traîne sur sa face et qu’on le jette au feu .[10]»

L’intention dans le jargon des savants

Dans le jargon des savants, l’intention a deux sens :

1– L’intention au sens de distinguer les actes d’adoration les uns des autres, par exemple, distinguer la Prière du Dhohr de celle du ‘Asr, le jeûne du mois de Ramadan d’un autre jeûne. Ou encore, distinguer les actes d’adoration des actes ordinaires, par exemple, distinguer les grandes ablutions « ghosl » pour lever l’état de « janaba » du lavage de propreté ordinaire.
L’intention dans ce sens intervient dans le jargon des jurisconsultes « fouqahas ».

2– L’intention au sens de définir celui qui est visé par l’action. S’agit-il de Dieu, Unique et sans associé, d’autre que Dieu, ou Dieu et autre que Dieu. L’intention dans ce sens intervient dans le jargon des spiritualistes lorsqu’ils parlent de sincérité.

L’action faite pour autre que Dieu est divisée en plusieurs catégories :

1– Une action accomplie par pure ostentation, agir uniquement pour se faire remarquer ou plaire aux gens dans le but d’atteindre un privilège relatif à ce bas-monde à l’instar des hypocrites à propos desquels Dieu dit : « Et lorsqu’ils se lèvent pour la Salat, ils se lèvent avec paresse et par ostentation envers les gens. A peine invoquent-ils Dieu » (les femmes : 142). Dieu dit : « Malheur donc à ceux qui prient, tout en négligeant leur Salat, qui sont pleins d’ostentation » (l’ustensile : 4 – 6).

Cette pure ostentation ne peut émaner d’un croyant habité par la foi en ce qui concerne la Prière ou le jeûne. Par contre, elle peut émaner de lui pour la zakat, le Pèlerinage et toute autre action apparente. Cette ostentation anéantit l’action et son auteur mérite la colère et la sanction de Dieu.

2– Une action accomplie pour Dieu, mêlée à l’ostentation :

   a. Si l’ostentation s’y mêle initialement, à l’origine de l’action, les textes sont formels quant  à son l’invalidité. L’imam Mouslim rapporte d’après Abou Hourayra (ra) que le Prophète (saws) dit : « Dieu Exalté et Elevé soit-Il dit : « Je suis Celui qui est le plus à même de sa passer d’associé. Aussi, quiconque accomplit une action m’y associant autre que Moi, Je le laisse avec son associé ». D’après une autre version rapporté par Ibn Majah : « Je le désavoue, et cette action sera comptée comme faite pour son associé ».

Le Prophète (saws) dit : « Lorsque Dieu réunira les premiers et les derniers en un jour au sujet duquel il n’y a aucun doute. Un appel sera lancé : quiconque ayant associé autre que Dieu dans une action réalisée pour Dieu, qu’il en demande la récompense d’un autre que Dieu, car Dieu est le plus à même de sa passer d’association » (rapporté par Ahmed et at-Tirmidhi, jugé « valide-sûr » (çahih) par Ibn Hibban).
Un homme se présenta au Messager de Dieu (saws) et lui dit : « Ô Messager de Dieu, vois-tu un homme qui part au combat en espérant la récompense divine et la réputation ? Le Messager de Dieu (saws) dit : « Il n’aura rien ». Il le répéta à trois reprises et dit : « Dieu n’accepte pas une action à moins qu’elle Lui soit exclusivement vouée en espérant son agrément »[11].

   b. Si ce qui se mêle à l’action est autre que l’ostentation comme la perception de salaire : la récompense divine diminue sans pour autant s’anéantir totalement. Le Prophète (saws) dit : « Lorsque les combattants prennent leurs parts du butin ils auront précipité les deux tiers de leur récompense. S’ils ne prennent rien, il auront leur récompense dans sa totalité » [12].

    c. Si l’intention est initialement pour Dieu mais l’ostentation est survenue au cours de l’action :

   I. S’il s’agit de simples pensées aussitôt repoussées, ceci n’a aucune incidence à l’unanimité des savants.

   II. Si les pensées s’installent, l’action s’invalide-t-elle, ou cela n’a-t-il aucune incidence et la personne sera récompensée en fonction de son intention initiale ?

Les savants divergent à ce sujet comme l’évoque l’imam Ahmed et Ibn Jarir at-Tabari (mort en 256 H). Mais, ces deux derniers accordent la prévalence à l’avis qui consiste à dire que l’action ne s’invalide pas et que la personne sera récompensée en fonction de sa première intention. Cet avis est relaté d’après Hassan al-Basri (mort en  110 H) et d’autres.
Cet avis a pour argument le hadith rapporté par Abou Daoud d’après ‘Ata al-Khourassani (mort en 135 H) selon lequel un homme dit : « Ô Messager de Dieu ! Tous les membres de Banou Salima combattent. Certains parmi eux combattent pour acquérir des biens de ce bas-monde, d’autres combattent par solidarité et d’autres combattent en espérant l’agrément de Dieu, lequel d’entre eux est martyre ? Il dit : « Tous si l’intention première était que la parole de Dieu soit la dominante »[13].

Ibn Jarir attire l’attention sur le fait que cette divergence concerne toute action dont la fin est liée à son début, c’est-à-dire, continue qui ne peut être interrompue comme la Prière, le jeûne ou le pèlerinage.
Quant à l’action qui n’exige pas de continuité comme la lecture, l’invocation, l’aumône et la transmission du savoir, elle s’invalide à cause d’ostentation incidente et nécessite le renouvellement de l’intention. Soulayman ibn Daoud al-Hashimi [14] (mort en 219 H) dit : « Il m’arrive de faire un discours en ayant une intention saine. Mais lorsque j’en entame une partie, mon intention change. Je m’aperçois alors qu’un seul discours exige plusieurs intentions ».

    III. Si l’action est vouée exclusivement à Dieu, puis la personne se réjouit de la grâce de Dieu en recevant des compliments, ceci n’a aucune incidence sur l’action en question. En effet, le Prophète (saws) fut interrogé au sujet d’un homme qui accomplit une bonne œuvre pour Dieu et qui lui valut les compliments des gens. Il dit : « Ceci est une annonce précoce de la bonne nouvelle qui attend les croyants » [15]. Un homme dit au Prophète (saws) : « Ô Messager de Dieu ! Un homme qui accomplit discrètement une œuvre, puis les gens la découvrent, et cela lui fait plaisir ? Il dit : « Il sera doublement récompensé : une récompense due à une œuvre discrète et une récompense pour une action accompli ouvertement »[16].

Moncef Zenati

[1] – « sharh Mouslim » 13/53, « al-fath » 1/11 et sharh al-arba’in » d’Ibn Daqiq al-‘Id p 12

[2] – « al-fath » 1/11

[3] – « at-tamhid » d’Ibn ‘Abd al-Barr

[4] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab p 64

[5] – « Jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab p 64

[6] – rapporté par Ibn Abi ad-Dounya d’après une chaîne de transmetteurs discontinue

[7] – « Jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab p 70 d’après une chaîne faible.

[8] – « « Jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab p 71

[9] – « tafsir al-Baghawi » 4/369

[10] – rapporté par Mouslim

[11] – rapporté par an-Nasa-y

[12] – rapporté par Mouslim

[13] – Abou Daoud dans ses « marasil ». Il s’agit d’un hadith « moursal » (détaché).

[14] – Un jurisconsulte « faqih » de notoriété décédé en 219H. Cette parole est relaté par al-Khatib al-Baghdadi dans son livre sur l’histoire « tarikh »

[15] – rapporté par Mouslim

[16] – rapporté par at-Tirmidhi, Ibn Majah et Ibn Hibban qui le juge « valide-sûr » (çahih)

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