La prise en compte des finalités pour lesquelles les prescriptions ont été instaurées a fait que les savants musulmans, depuis l’époque des compagnons, stipulent que la « fatwa » (avis juridique circonstancié) change en fonction du temps, du lieu, de l’usage et du contexte. Ceci a commencé au temps même du Prophète (saws) puisqu’il accepté d’un certain nombre de compagnons ce qu’il n’acceptait pas d’autres et pardonnait aux bédouins ce qu’il ne pardonnerait pas aux habitants de Médine à l’instar du bédouin qui urina dans la mosquée.

Par ailleurs, le Prophète (saws) a prescrit la zakat d’al-fitr sous forme d’aliments car ceci était plus facile pour le donneur et plus utile pour le bénéficiaire, et s’il avait demandé aux compagnons de la payer en monnaie, cela aurait été contraignant pour eux étant donné la rareté de la monnaie à cette époque.

Il leur a demandé de la sortir après la Prière du matin « sobh » jusqu’à peu avant la prière de l’Aïd. En effet, la société était simple, les pauvres étaient identifiés et le temps séparant la Prière du « sobh » de celle de l’Aïd était suffisant pour faire parvenir la zakat à ses ayants droit.

Du temps des compagnons, ils la sortaient un jour ou deux jours avant le jour de l’Aïd car le contexte avait changé.

Du temps des quatre imams, certains parmi eux permirent de la sortir à partir de la moitié du Ramadan ; à partir du début du Ramadan pour d’autres.

Ils autorisèrent également de la sortir sous forme d’aliment de base le plus répandu dans la région même s’il ne s’agit pas de l’un des aliments cités par les textes.

‘Omar ibn ‘Abd al-‘Aziz ainsi qu’Abou Hanifa et ses élèves, et bien d’autres permirent même de verser la valeur monétaire de la zakat. Certains savants accordent la prévalence à cet avis si ceci est plus bénéfique aux pauvres. Leur argument consiste à dire que le Prophète (saws) a ordonné de leur épargner la mendicité ce jour-là. Or, cette finalité peut être réalisée en versant la valeur monétaire comme elle peut être réalisée en donnant de la nourriture ; et peut-être que le versement de la valeur monétaire permet de les mettre à l’abri du besoin d’une manière plus complète.

Il est également connu que les « fatwas » des compagnons relatives à la sanction due à la consommation de l’alcool ont varié en fonction du contexte. La sanction du temps d’Abou Bakr n’était pas celle appliquée du temps du Prophète (saws). L’époque de ‘Omar était à son tour différente de celle d’Abou Bakr. Et plus les gens s’adonnent au péché, plus les sanctions s’alourdissent comme l’exprime si bien le calife ‘Omar ibn ‘Abd al-‘Aziz en disant : « Des lois sont imposées aux gens en fonction des dévergondages qu’ils commettent ».

L’attitude de ‘Omar ibn al-Khattab (rad) vis-à-vis des terres conquises est parmi les exemples le plus significatifs mettant en évidence le changement de la « fatwa » en considérant les finalités de la législation. En effet, il refusa de les distribuer aux soldats bien que le Prophète (saws) le fit concernant les terres de Khaybar car il considéra que ceci serait, de son temps, en contradiction avec la justice entre les générations que vise à établir la législation.

Accompagné d’un groupe, Ibn Taymiya passa près de soldats mongols entrain de consommer de l’alcool. L’un des compagnons d’Ibn Taymiya les blâma. Ibn Taymiya lui dit alors : « Laisse-les dans leur ivresse. Dieu a interdit l’alcool car il détourne de l’invocation de Dieu et de la salat. Quant à eux, l’alcool les détourne de l’effusion du sang et de la spoliation des biens ».

Moncef Zenati
d’après « madkhal lidirasat ash-shari’a al-islamiyya » de Dr. Youssef al-Qaradawi

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