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A travers les différentes époques de l’histoire, les musulmans n’ont cessé de chercher à réaliser et à concrétiser le principe de tolérance dont il faut faire preuve à l’égard des non-musulmans vivant au sein de la société musulmane, atteignant en cela le plus haut degré jamais égalé tout au long de l’histoire des hommes, un degré auquel les hommes ne cessent d’aspirer sans jamais y parvenir.

Il convient donc de citer quelques exemples de tolérance tirés de la vie du Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, puis de l’époque des compagnons, que Dieu les agrées, et ceux qui les suivirent, illustrant la concrétisation de la fraternité humaine sous sa forme la plus noble.

Exemples tirés de la vie du Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui :

A son arrivée à Médine, Le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, y trouva des juifs et des polythéistes. Il ne pensa guère à élaborer une stratégie ou une politique d’expulsion, de réquisition ou de contrainte. Au contraire, il accepta leur présence de bon gré, proposant à tous les habitants de Médine, musulmans et non musulmans, une constitution garantissant à chacun la liberté religieuse, un pacte de citoyenneté qui garantit à tous une coexistence pacifique. Parmi, les articles les plus importants de cette constitution, nous citons :

– Les juifs des Banou ‘Awf forment une communauté avec les Croyants.

– Aux juifs leur religion, et aux musulmans leur religion.

– Aux juifs des Banou an-Najjar, les mêmes droits qu’aux juifs des Banou ‘Awf.

– Aux juifs des Banou al-Harith, les mêmes droits qu’aux juifs des Banou ‘Awf.

– Aux juifs des Banou Sa’idah, les mêmes droits qu’aux juifs des Banou ‘Awf.

– Aux juifs des Banou Jucham, les mêmes droits qu’aux juifs des Banou ‘Awf.

– Aux juifs des Banou al-Aws, les mêmes droits qu’aux juifs des Banou ‘Awf.

– Aux juifs des Banou Tha’labah, les mêmes droits qu’aux juifs des Banou ‘Awf.

– Les juifs et les musulmans se doivent soutien mutuel contre quiconque combattrait les gens adhérant à cet écrit (çahifa).

– Les deux parties se conseillent mutuellement, et leurs relations s’établiront sous le signe de la droiture, tout acte blâmable étant proscrit.

– Aucune partie ne fera préjudice à son allié.

– La partie subissant une injustice sera aidée.

– Musulmans et juifs s’entraident pour repousser quiconque attaquera Yathrib (Médine) ; chaque partie contribuera à la défense de la zone qui lui fait vis-à-vis.[1]

Les juifs forment une communauté avec les Croyants, aux juifs leur religion et aux musulmans leur religion; deux articles constitutionnels qui ont fait de l’état musulman fondé par le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, un état unique dans l’histoire des hommes, puisqu’il reconnaît et garantit deux principes qui n’existent qu’au sein d’états laïques: La liberté religieuse et la citoyenneté égalitaire.

Dans son livre « The World’s Religions », Huston Smith dit au sujet de ce pacte : « Le prophète (Mohammad) avait établi un document qui stipulait entre autres : les juifs et le chrétiens seront protégés de toutes insultes ou vexations, ils auront les mêmes droits que les musulmans à notre protection et services, en plus, ils pratiqueront leur religion aussi librement que les musulmans. »[2].

A propos de cette constitution, Marcel Boisard dit : « Le traité que Mohammed passa lors de son arrivée à Médine, avec les douze tribus arabes et les dix juives de la ville, est du plus haut intérêt. Il a pu être considéré comme « la première constitution écrite du monde »… Les juifs et les infidèles de Médine furent acceptés à condition de cesser tous rapports avec les ennemis de l’Islam. Les juifs purent conserver leur religion et bénéficier de droits individuels égaux à ceux des musulmans. Ils avaient accepté l’autorité de Mohammed qui détenait le commandement militaire exclusif et pouvait juger de leur différend en dernière instance, sur la base de la législation biblique… En termes modernes, ils étaient autonomes sur le plan interne »[3]

Le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, accorda aux non musulmans qui vivaient au sein de la société musulmane, une attention particulière. Il se porta, en effet, garant de leur sécurité et de leurs droits. Il dit : « Celui qui opprime un « mou’ahid » (bénéficiaire du pacte) ou lèse son droit ou lui impose une tâche au-dessus de ses forces, ou lui extorque quelque chose, je serai son adversaire le jour de la résurrection »[4], « Celui qui nuit à un « dhimmi »[5], je serai son adversaire, et quiconque m’aura comme adversaire, je triompherai de lui le jour de la résurrection »[6], « Celui qui nuit à un « dhimmi » me nuit, et quiconque me nuit, nuit à Dieu »[7].

Ibn Ishaq rapporte qu’une délégation chrétienne de « Najran » vint voir le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, à Médine. Ils entrèrent dans sa mosquée après la Prière du ‘Asr. Lorsque arriva l’heure de leur prière, ils se levèrent pour prier dans la mosquée du Prophète,  que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, ce qui poussa les musulmans à vouloir les en empêcher. Le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, dit alors : « laissez-les ! ». Ils se dirigèrent, alors, vers l’orient et prièrent.

Après avoir cité ce récit, Ibn al-Qayyim[8] en déduit : « l’autorisation pour les gens du Livre d’entrer dans les mosquées et d’y accomplir leur prière occasionnellement, même en présence de musulmans »[9].

A propos de cette délégation, Marcel Boisard dit : « En 630, Mohammed passa une dernière convention avec les chrétiens de Najran. Celle-ci devait être considérée par les juristes musulmans comme l’exemple des dispositions applicables aux populations soumises. Lors de la visite d’une délégation, le Prophète émit un décret  portant engagement de protéger la population de la ville et des alentours, de garantir leurs personnes et leurs biens, et leur assurant la liberté de rester fidèles à leur croyance et à leur culte, tout en acceptant de reconnaître une sorte de suzeraineté politique de l’Islam. En contrepartie, les personnes ainsi protégées acceptaient de livrer une certaine quantité d’habits dont la valeur fut fixée, de fournir en prêt des cuirasses, des lances, des chameaux et des chevaux si les troupes musulmanes devaient partir en expéditions militaires au Yémen et de donner hospitalité aux envoyés du Prophète pour une durée d’un mois. La protection et la garantie s’étendaient à l’ensemble de la population, alors que la responsabilité des violations demeurait individuelle, aucune personne protégée ne pouvant être punie pour la faute d’une autre.

D’un point de vue strictement légal, la population de Najran ne perdait pratiquement aucun de ses droits, si ce n’est l’interdiction frappant l’usure. Des dispositions particulières empêchaient l’immixtion du pouvoir musulman dans l’appareil ecclésiastique chrétien, interdisant l’humiliation des personnes protégées et toute forme d’oppression. Cette convention devint l’ « Edit de Mohammed concernant les chrétiens », puis l’ « Edit de Mohammed concernant tous les hommes ». Le fait que la tradition musulmane l’ait admise comme véridique et que la jurisprudence l’ait consignée comme telle, en fit la source primordiale du droit concernant le statut des non-musulmans résident en terre d’Islam. Ces prescriptions légales revêtiront rapidement un caractère inspiré et permanant. Les traités conclus ultérieurement par les khalifes ne seront souvent qu’une répétition de l’accord passé entre Mohammed et les Najranites »[10]

Abou ’Oubeyd relate dans son ouvrage « Al-amwal » d’après Sa’id ibn al-Mousayyab que le Messager de Dieu, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, fit une aumône à une famille juive qu’elle continua à percevoir[11].

Un jour, voyant un convoi funèbre passer devant lui, le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, se leva en signe de respect. On lui dit alors : « Ce sont les funérailles d’un juif ! ». Il répondit : « Ne s’agit-il pas d’une âme humaine ! »[12].

Tous ces exemples et bien d’autres témoignent de la noblesse de caractère du Prophète de l’islam, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, de la grandeur et de l’humanisme  de cet homme. Ces nobles caractères ont suscité auprès d’un bon nombre de savants non musulmans respect, fascination et admiration. Annie Besant[13] dit dans son ouvrage « The life and Teachings of Muhammad » (la vie et les enseignements de Muhammad): « Quiconque ayant étudié la vie de la personnalité du grand prophète d’Arabie, connaissant son enseignement et sa manière de vivre, ne peut que ressentir de la vénération pour cet éminent prophète, l’un des grands messagers de Dieu. Quoique insignifiants que puissent être  mes dires pour un lecteur familiarisé aux paroles du prophète, chaque fois que je les relis, je ressens une admiration et une vénération nouvelles pour cet incommensurable maître arabe»[14]

Extrait de « la fraternité humaine en islam » de Moncef Zenati

[1] – voir « Muhammad, l’ultime joyau de la prophétie » de al-Mubarakfuri p 270-271, « Le Prophète de l’islam: sa vie, son œuvre » de Muhammad Hamidullah, et « at-tarikh al-islami » de ‘Imad ad-Din Khalil.

[2] – Huston Smith –  “The World’s Religions” – Ed. Harper Collins, 1991, p.256

[3] – Marcel A. Boisard, l’Humanisme de l’Islam, p 145-146

[4] – rapporté par Abou Daoud et al-Bayhaqi

[5] – le mot arabe « dhimma » signifie « responsabilité ». « Dhimmi » signifie toute personne sous la responsabilité de l’état musulman ou encore toute personne non musulmane vivant au sein de la société musulmane jouissant du droit de protection de l’état musulman. Le terme « dhimmi » était connu chez les arabes avant l’avènement de l’islam, mais c’est l’islam qui lui a donné la dimension axiologique. Rien n’empêche de substituer cette terminologie par une autre comme par la notion de « citoyenneté », à l’instar de ‘Omar ibn al-Khattab qui accepta de certains chrétiens « al-jizya » (taxe de compensation) sous le nom de la « zakat ».

[6] – rapporté par al-Khatib

[7] – rapporté par at-Tabarani

[8] – né en 691H décédé en 751H

[9] – « zedoul-ma’ad » de Ibn al-Qayyim tome III p 638

[10] – Marcel A. Boisard, l’Humanisme de l’Islam, p 180

[11] – « ghayroul-mouslimin fil-moudjtama’il-islami » de Dr. Youssef al-Qaradawi p 48

[12] – rapporté par al-Boukhari

[13] – historienne anglaise (1847- 1933)

[14] – Annie Besant, The Life and Teachings of Muhammad. Madras, 1932, p. 4

 

 

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