saidramadan

Le Coran dit : « Et si vous jugez entre les gens, jugez avec justice. Ce à quoi Dieu vous exhorte est excellent. Dieu est celui qui entend et qui voit parfaitement. » (Sourate 4 ; verset  58)

Toutes les valeurs morales, comme la justice, l’égalité, l’honnêteté, etc., doivent être considérées comme sacrées et mises en pratique sans tenir compte des différences de religion.

Leur autorité ne dépend que de leur équité, qui ne reconnait aucune barrière entre les hommes. En d’autres termes, ils s’agit de l’idéal humain d’attachement sincère à la religion,  et plus les musulmans deviennent  « islamiques », plus les non-musulmans ont la garantie que ces valeurs morales seront pratiquées. Il faut néanmoins garder à l’esprit le fait qu’un musulman comme tout autre être humain, est susceptible de faillir à cet idéal ; cependant, il n’a jamais le droit d’attribuer cette déviation à un principe islamique. Il n’a pas non plus le droit de justifier cette déviation par un quelconque prétexte politique ou économique. Car, selon la conception islamique, les valeurs morales sont faites pour se réaliser dans l’action et pas seulement pour qu’on y adhère en théorie. Elles prennent vie que lorsque les hommes vivent selon elles. Muhammad, entrant un jour dans la mosquée de Médine, y trouva des musulmans qui étudiaient ensemble. Il s’adressa a eux en ces termes : « Acquérez autant de connaissances que vous le pourrez. Mais n’oubliez jamais que ce n’est que par l’action que vient la récompense divine. » En d’autres termes, le statut de facto des ressortissants non musulmans peut, comme cela a parfois été le cas au cours de l’histoire, comporter une discrimination injuste, mais leur statut de jure demeure toujours dans le coran et la sunna, un statut conforme aux plus hauts critères d’équité et d’égalité. Ce statut de jure est aussi stable que peut l’être tout texte coranique ou prophétique, et toute lutte pour rétablir en pratique dans un état islamique est par conséquent juridiquement légitime. Ainsi, non seulement la conscience juridique n’est  pas opposée à une telle lutte, mais elle la demande absolument .Ce fut selon ce principe que les juristes musulmans menèrent la population musulmane à une protestation véhémente contre le Calife Walid ibn Yazid lorsque, dans la crainte d’une attaque romaine, il exila les citoyens non musulmans de Chypre vers la Syrie. Le Calife ne put avoir de répit qu’après leur retour à Chypre. Baladhuri , le célèbre historien musulman, relate que certaines tribus des collines libanaises se révoltèrent un jour contre l’Etat islamique. « Le gouverneur  çalih ibn ‘Ali ibn Abdi-lah, envoya alors une armée écraser la révolte, et l’armée mit à mort tous les combattants hommes du groupe rebelles. Quant aux civils, il en exila certains et permit aux autres de rester .L’Imam Awza’i était en vie à cette époque, et lorsqu’il apprit ce qui s’était passé, il réprimanda sévèrement çalih. L’extrait que voici de la lettre qu’il lui écrivit n’a pas besoin de commentaire :

« Des Dhimmi des collines libanaises ont été exilés, et tu le sais. Parmi eux se trouvent des hommes qui n’avaient pas prit part à la révolte. Je ne comprends pas pourquoi des  gens ordinaires devraient être punis pour les fautes d’individus précis et être spoliés de leurs maisons et de leurs biens. Le précepte coranique affirme très clairement que chacun devra  finalement  rendre compte de ses propres actes et que nul ne sera tenu pour responsable des actions d’un autre. C’est un précepte éternel et universel, et le meilleur conseil que je puisse te donner est donc de te rappeler une des directives du prophète de Dieu, ou il dit qu’il demandera lui-même justice à l’encontre de tous les musulmans qui seraient durs envers les non musulmans avec lesquels un accord a été conclu et qui les soumettraient à un impôt trop lourd. »

Selon le docteur Hamidullah : « Il ne faut pas oublier la grande importance pratique attachée au fait que les musulmans obéissent à leur système juridique comme à quelque chose d’origine divine qui n’est pas seulement la volonté de la majorité  des dirigeants du pays. Dans ce dernier cas, la minorité se permet de lutter pour faire triompher ses propres conceptions ; et dans les démocraties de notre époque, non seulement les majorités changent d’un élection à l’autre, mais elles sont aussi constituées ou défaites par toutes sortes de commutations et de combinaisons, et le parti au pouvoir s’efforce de renverser la politique suivie par ses prédécesseurs, ce qui l’amène, entre autres choses, à modifier les lois islamiques aux exigences de l’évolution sociale, il est incontestable que le droit musulman possède une plus grande stabilité, en raison de son  origine divine, que n’importe quel législation séculière. Or, la Loi islamique ordonne la justice et l’observation de certaines règles envers les non-musulmans. Ces derniers n’éprouvent aucune appréhension devant les querelles politiques et les élections parlementaires de leur pays de résidence, quant aux lois islamiques en vigueur. »     Le verset coranique : « Nous t’avons révélé le Livre avec la vérité, afin que tu juges entre les hommes d’après ce que Dieu te montre. Ne sois pas l’avocat des traitres. » (Sourate 4 ; verset 105) a été révélé avec huit autres versets innocentant un citoyen juif d’une fausse accusation et condamnant un musulman à sa place. Tous les commentateurs sont unanimes d’avis que ces versets ont été révélés à l’occasion d’un litige entre un musulman et un juif. Le musulman, Ibn Ubayriq, avait volé une cotte de mailles, et l’ayant cachée chez un juif, accusa ensuite ce dernier du vol ; sa tribu prit son parti dans sa fausse accusation. Le prophète malgré les intrigues politiques menées par de nombreux juifs à l’époque, acquitta le juif et condamna le musulman. Cela se passait, rappelle Mohammed Ali, « à une époque ou chaque bras musulman était requis pour la défense de l’islam, et un verdict contre un homme bénéficiant du soutien de toute sa tribu signifiait la perte de cette tribu. Mais le prophète n’attachait aucune importance à de telles considérations. » Deux des versets révélés à l’occasion de ce litige sont : « Quiconque commet un pêché, ne le commet qu’a son propre détriment. Dieu est omniscient et sage. Quiconque commet une faute ou un pêché, puis le rejette sur un innocent, se rend coupable d’une infamie et d’un péché manifeste. »  (Sourate 4 ; verset 111-112)

C’est ainsi  qu’était établi le principe invariable de l’équité, qui fut appliqué même au risque de perdre toute une tribu et s’accompagna de l’humiliation d’un musulman, à un moment ou les coreligionnaires du non musulman s’évertuaient à intriguer contre l’Etat. Le coupable est coupable et l’innocent est innocent, à quelque religion qu’ils appartiennent. Comme le fait remarquer le Docteur Vaglieri : « On peut sans exagération affirmé que l’islam ne se contenta pas de prêcher la tolérance religieuse, mais qu’il fit de la tolérance une partie de sa loi religieuse. » Le mot de « tolérance » même n’est pas celui qui convient pour ce dont nous parlons : la tolérance suggère un sentiment de supériorité tempéré par la charité, ce qui n’est pas le cas ici. Il s’agit plutôt, de placer l’exercice honnête de la justice entre un homme et un autre au-dessus de toute autre considération, avec une dignité conforme à la déclaration du Coran : « Et très certainement  Nous avons honoré les enfants d’Adam. » (Sourate 17 ; verset 70) .Ceci peut illustrer ce qui a motivé une remarque comme celle de Sir William Muir : « Leur indulgence envers les populations conquises, leur justice et leur intégrité contrastaient vivement avec la tyrannie et l’intolérance des romains… Les chrétiens syriens bénéficiaient d’une plus grande liberté civile et populaire sous les envahisseurs arabes que cela n’avait été le cas sous le règne d’Héraclius, et ils n’avaient nul désir de retourner à leur situation antérieur. » Non seulement l’autorité des valeurs morales, au nom de l’islam, transcende toutes les différences de religion, mais bien plus, l’un des principes moraux de l’Islam est l’idée que les êtres humains, ou qu’ils vivent, sont fondamentalement identiques.

Le Coran dit : « O hommes ! Craignez votre seigneur qui vous a crées à partir d’un seul être, et a crée de celui-ci son épouse, puis a fait naitre de  leur union un grand nombre d’hommes et de femmes. »  (Sourate 4 ; verset 1).   Le but de la vie humaine  est que les gens se rapprochent les uns des autres et apprennent à mieux se  connaitre, non qu’ils s’éloignent et deviennent hostiles les uns des autres : « O êtres humains ! Nous vous avons crées d’un homme et d’une femme, et nous vous avons répartis en nations et en tribus pour que vous vous connaissiez les uns des autres. Le plus noble d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux des vôtres. Dieu sait et connait parfaitement (toute chose). » (Sourate 49 ; verset 13).

Cela implique qu’un musulman devrait, en raison de sa foi même, être profondément attaché à l’humanité tout entière, et être conscient du fait que les frontières géographiques, les divisions politiques, et les différences d’apparences, de race ou de langue, ne doivent pas constituer une barrière entre un être humain et un autre. Ou comme l’a dit Canon Taylor : « Il (l’islam) rejetait les vertus artificielles, les tricheries et les folies religieuses, les sentiments moraux pervertis, et arguties des théologiens. Il rendait l’espoir à l’esclave, la fraternité à l’humanité, et reconnaissait les traits fondamentaux de la nature humaine. »

 

Extrait de la Shari’a, par le Dr Saïd Ramadan, aux éditions Al Qalam,  Paris 1997. 

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