Nous poursuivons nos discours sur les stations d’épuration spirituelle ; ces dimensions et valeurs spirituelles dont l’itinérant vers Dieu doit être imprégné.

Nous avons parlé la semaine dernière de la valeur spirituelle qui est le sens de l’observation divine « al-mouraqaba » ; prendre conscience que Dieu observe tout ce que tu dis, tout ce que tu fais, tes mouvements, ton inaction, et même tes pensées.

Mais « al-mouraqaba » est associé à une autre valeur spirituelle primordiale, à savoir, l’examen de conscience « al-mouhasaba ».

En vérité, « al-mouraqaba » et « al-mouhasaba » sont deux portes principales qui permettent l’accès à la voie qui chemine vers Dieu. Quiconque aspire à emprunter cette voie, la voie du Paradis, paisiblement, en toute quiétude, à l’abri du danger et de la frayeur du Jugement Dernier doit s’imposer un examen de conscience tout comme il doit avoir à l’esprit le sens de l’observation divine. Car quiconque se juge dans ce bas-monde verra son jugement s’alléger le Jour de la Résurrection et trouvera une demeure agréable. Par contre quiconque néglige l’examen de conscience se verra vivre dans un regret éternel.

Dieu dit : « Ô vous qui avez cru ! Craignez Allah. Que chaque âme voie bien ce qu’elle a avancé pour demain. Et craignez Allah, car Allah est parfaitement Connaisseur de ce que vous faites » (Coran 59 :18). Ibn al-Qayyim se base sur ce verset pour établi le caractère obligatoire de l’examen de conscience.

Le Prophète (saws) dit : « Le perspicace est celui qui s’autocritique et œuvre pour l’après mort. Quant à l’incapable, c’est celui qui laisse son âme suivre ses passions tout en nourrissant au sujet de Dieu de vains espoirs » (At-Tirmidhi).

‘Omar ibn al-Khattab (rad) dit : « Jugez-vous avant d’être juger et pesez vos action avant qu’elles ne soient pesées contre vous, car le jugement sera d’autant plus léger demain, si vous vous juger aujourd’hui, et embellissez-vous pour la présentation suprême »

Ibn al-Qayyim rapporte ces paroles de Hassan al-Basri : « Le croyant est responsable de sa propre personne, il juge son âme pour Dieu. Le jugement s’allègera le jour de la résurrection pour ceux qui se sont auto-jugés dans ce bas-monde. Il s’alourdira, en revanche, pour ceux qui prennent les choses sans examen de conscience ».

L’imam Ahmed rapporte le hadith suivant : « Il est écrit dans les sagesses destinées à la famille de David « Daoud » : Il incombe à chaque individu doué de raison de ne pas manquer ces quatre moments : un moment pour méditer et évoquer son Seigneur, un moment pour faire un examen de conscience, un moment pour s’isoler avec ses frères qui l’informeront de ses défauts et seront sincères avec lui et un moment où il permet à son âme d’assouvir ses désirs dans ce qui est licite et bon, car ce moment aide à accomplir les trois autres et procure l’apaisement du cœur. »

Le tabi’i (disciple de compagnon) Maymoun ibn Mahran dit : « L’homme ne peut être pieux qu’à partir du moment où il se montrera plus intransigeant dans l’examen de sa conscience que ne peut l’être un homme avec son associé. » C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on dit que : « L’âme est comme un associé malhonnête, si tu ne lui demande pas des comptes, il partira avec tes biens. »

‘Omar (rad) écrit à l’un de ses gouverneurs lui disant : « Juge-toi dans l’aisance avant le jugement dans la difficulté, car quiconque se juge avant le jugement dans la difficulté connaîtra la satisfaction et la joie. En revanche, celui qui se laisse distraire par sa vie et ses passions connaîtra le regret et la perdition »

L’examen de conscience est de deux sortes : l’examen avant l’action et l’examen après l’action.

L’examen avant l’action consiste à examiner cette action : est-elle réalisable, et par conséquent je l’accomplis, à l’instar du jeûne ou des prières nocturnes ? Ou est-elle irréalisable, et par conséquent je m’en abstiens. Puis, je réfléchis, est-ce une bonne action pour ce bas-monde et pour l’au-delà, auquel cas, je l’accomplis ? Ou est-ce plutôt une mauvaise action, et dans ce cas, je l’abandonne ? Ensuite, je médite : Est-ce la satisfaction de Dieu que je recherche à travers l’action, ou celle des hommes ? Si le but visé est la satisfaction de Dieu, je l’accomplis, sinon, je l’abandonne.

Le deuxième type d’examen de conscience se réalise après l’action. A son tour, il se compose de trois types d’examens :

Le premier : un examen de conscience concernant les actes d’obéissance auxquels tu as failli, tels que l’abandon de la sincérité, l’abandon de la récitation du Coran, l’abandon de la prédication, l’abandon de la prière en commun, l’abandon des prières surérogatoires liées aux Prières obligatoires. Dans ce cas, l’examen de conscience se réalise en comblant le manque et en se repentant rapidement.

Le deuxième : un examen de conscience concernant toute action dont l’abstinence était meilleur que son accomplissement, étant donné que  j’ai obéi à mes passions et au penchant négatif de mon âme.

Le troisième : un examen de conscience concernant une chose licite ou ordinaire, pourquoi l’ai-je faite ? Serait-ce pour rechercher la satisfaction de Dieu et pour l’au-delà ?

Après avoir entendu tout cela, une question légitime peut traverser l’esprit : comment procéder à l’examen de conscience ?

Ibn al-Qayyim répond en évoquant que l’examen de conscience se fait de la manière suivante :

Premièrement : commencer par les actes obligatoires, si j’y vois des manquements, je me rattrape.

Deuxièmement : Je jette un œil sur les interdits. Si je m’aperçois en avoir commis, je me rachète par le repentir, l’imploration de pardon divin et par l’accomplissement de bonnes œuvres qui effaceront les mauvaises.

Troisièmement : Juger son âme sur la distraction « al-ghafla »[1]. Je me rattrape alors par l’invocation et l’évocation de Dieu.

Quatrièmement : Juger son âme sur les actions des sens ; sur les paroles formulées par langue, sur le regard des yeux, sur ce que les oreilles ont entendu … Quelles étaient mes motivations ? Pour qui l’ai-je fait ? De quelle façon ?

Enfin, l’examen de conscience a quelques implications :

Premièrement : blâmer son âme. Anas (rad) dit : « J’ai entendu ‘Omar dire alors qu’il se trouvait dans un jardin, un mur nous séparant : « ‘Omar ibn al-Khattab ! Commandeur des croyants ! Par Dieu, soit tu crains Dieu,  Ô fils de al-Khattab; soit Il te châtiera. »

Deuxièmement : Si après examen de conscience, il s’avère que mon âme a commis un péché, je dois la punir de même qu’un parent punit son enfant lorsque ce dernier désobéit.

Abou Talha (rad) se laissa un jour se distraire, pendant la Prière, par un oiseau se trouvant dans son champ. Il offrit ce champ en signe d’expiation.

Chaque nuit, ‘Omar (rad) frappait ses pieds avec son bâton en disant : « Pourquoi avez-vous fait ceci aujourd’hui. »

‘Omar (t) se punit un jour pour avoir manqué la Prière du ‘Asr en commun. Il donna en aumône une terre d’une valeur de 200 milles dirham !

Lorsqu’il arrivait que Ibn ‘Omar (t) manquait une Prière collective, il veillait la nuit en prières. Un jour, il retarda la Prière du Maghrib. En signe d’expiation, il affranchit deux esclaves.

Quant à al-Ahnaf ibn Qays, il prit une lampe et posa le doigt sur la flamme en disant : « Ô Hounayf ! Qu’est ce qui t’a poussé à agir ainsi tel jour ?! Qu’est ce qui t’a poussé à agir ainsi tel jour ?! »

Ainsi, chers fidèles, jugez-vous avant d’être juger. Faites un décompte des bonnes actions que vous avez mis de côté pour le jour de votre retour à Dieu, le jour de votre présentation devant votre Seigneur, et sachez que Dieu est parfaitement connaisseur de toutes vos actions, de toues vos attitudes, rien de ce qui vous concerne ne peut lui être caché.

Chaque musulman doit, en fin de journée, se réserver un moment pour demander des comptes à son âme ; pour la juger sur tout ce qu’elle a pu commettre. Al-Hassan al-Basri dit : « Par Dieu ! Tu ne peux voir le croyant sans qu’il soit constamment entrain de se faire des reproches et ce, quelques soient ses états, l’accusant de manquement dans tout ce qu’il fait. Il regrette alors et ne cesse de s’en vouloir. Par contre, le désobéissant avance tout droit devant lui sans jamais blâmer son âme »

Sermon du vendredi – Moncef Zenati

(Série sur la purification de l’âme – 22ème partie)



[1] – le thème de la distraction a été traité dans un sermon précédent

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