La liberté religieuse et de conscience est clairement énoncée dans le Coran : « Nulle contrainte en matière de religion » , « Est-ce à toi de contraindre les hommes à devenir croyants ? » . Le Coran est, d’ailleurs, le seul Livre Céleste qui reconnaît à l’autre textuellement et explicitement le droit à l’identité, le droit d’exister. Ainsi, énonce-t-il : « A vous votre religion, et à moi la mienne » .

Mais certains pourraient tout de même poser la question suivante : Comment prétendez-vous que l’islam est une religion qui prône la tolérance et reconnaît la liberté de conscience alors qu’en même temps, il ne donne pas au musulman le choix de renoncer à sa religion et d’adopter un autre mode de vie ? L’apostasie n’est-elle pas passible, en islam, de la peine de mort ?

Pour élucider cette question, mal comprise par les musulmans et sujet de polémique chez certains détracteurs de l’islam, il est indispensable de mettre en évidence deux points essentiels à même d’apporter quelques éclaircissements.

Premièrement : Du temps du Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, deux clans ennemis s’opposaient : les musulmans et leurs alliés d’un côté, les notables de Qouraysh et leurs alliés de l’autre. Dans ce contexte, quiconque reniait l’islam rejoignait obligatoirement le clan ennemi. La sentence de l’apostasie est, donc, étroitement liée à la notion de « al-hiraba » (la rébellion armée) exposée par les fouqaha (jurisconsultes). Par conséquent, la raison d’être (‘illa) de la condamnation de l’apostat n’est pas l’apostasie en soi, mais réside plutôt dans le fait de devenir un ennemi. C’est dans ce sens que le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, qualifie l’apostat passible de cette peine : « … et un homme qui quitte l’islam et fait la guerre contre Allah et Son Messager ».

C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le hadith du Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui: « Quiconque change de religion, tuez-le » .  Ibn Taymya dit : « Le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, a accepté le repentir d’un nombre d’apostats et a ordonné d’en exécuter un autre dont les membres ont associé à l’apostasie d’autres choses renfermant des préjudices à l’égard de l’islam et les musulmans. Ainsi, ordonna-t-il d’exécuter Moqays ibn Hababa le jour de la conquête de la Mecque pour avoir associé à son apostasie le meurtre de musulman et la spoliation des biens… » .

Deuxièmement : Il est établi dans la science des fondements du droit musulman (ousoul al-fiqh) que le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, parle dans la plupart des cas en qualité de législateur, c’est-à-dire en qualité de transmetteur du message divin (mouballigh), ou en qualité de « moufti ». Dans les deux cas, l’objectif est d’apprendre aux musulmans leur religion. Il incombe à ces derniers de s’y conformer en tout lieux, de tout temps. Toutefois, il est possible que le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, parle parfois en qualité de chef d’état. Sa décision relève, alors, du domaine de la politique générale et représente la décision du pouvoir exécutif. Cette décision relève des prérogatives du gouverneur, après lui. Celui-ci a le choix de l’appliquer ou pas selon la situation. Prenons par exemple le hadith concernant la sanction appliquée à quiconque refuse de s’acquitter de la Zakat : « … Celui qui s’en acquitte en espérant la récompense divine sera rétribué en conséquence, et quiconque s’en abstient ; nous la lui prendrons ainsi que la moitié de ses biens… » . La majorité des savants, à l’exception des hanbalites, considère que la sanction de l’abstention de l’acquittement de la Zakat fait partie des attributions du gouverneur, estimant que le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, s’est exprimé ici en tant que gouverneur et non pas en qualité de transmetteur du message divin.

C’est dans cet esprit que nous pouvons également comprendre le hadith : « Quiconque change de religion, tuez-le ». Il semblerait, d’ailleurs, que ‘Omar ibn al-Khattab ait compris ce hadith de cette façon. En effet, ‘Abder-razzaq, al-Bayhaqi et Ibn Hazm rapportent que ‘Omar dit à Anas alors que celui-ci revenait de « Tustur » : « Qu’ont fait les six membres de la tribu de « Bakr ibn Wa-il » qui ont renié l’islam, ont-ils rejoint les polythéistes ? ». Anas répondit : « Ô commandant des croyants ! C’est un groupe qui a quitté l’islam, rejoint les polythéistes. Ils ont été tués dans la bataille ». ‘Omar dit, en signe de désapprobation : « Nous appartenons à Dieu, et C’est vers Lui que nous retournerons (inna lillahi wa inna ilayhi rajiroun) ». « Y avait-il pour eux une autre issue ? » dit Anas. « Oui » dit ‘Omar, « Je leur aurais proposé l’islam. S’ils avaient refusé, je les aurais emprisonnés ».

Il semblerait, d’après ce récit, que ‘Omar ait considéré que la sanction réservée à l’apostat relève des prérogatives du gouverneur. C’est notamment l’avis de Ibrahim an-Nakh’y et Sofiane ath-Thaouri deux savants parmi les plus grands savants de la génération des tabi’ines (disciples des compagnons) .

En conclusion, nous pouvons déduire qu’il y a deux sortes d’apostats :

1-    Un apostat convaincu par un autre mode de vie et de pensée sans pour autant faire de propagande ni essayer d’alimenter des troubles. Celui-ci est appelé au dialogue et au débat et ne peut être mis à mort. Il s’agit ici d’une apostasie mineure.

2-    Un apostat qui se donne au prosélytisme, attaque ouvertement l’islam et appelle les musulmans à y renoncer créant ainsi des troubles portant atteinte à l’ordre public, menaçant la sécurité du pays, sa stabilité, son unité et son identité, n’hésitant pas à faire appel à l’ingérence étrangère. Celui-ci, en changeant de religion,  a par la même, changé de loyauté d’un pays à un autre, d’un peuple à un autre. Aucun état ne peut tolérer une telle chose. Chaque état a des principes constitutionnels fondamentaux qui ne peuvent faire l’objet de concessions. Cette forme d’apostasie est assimilable à ce que nous appelons aujourd’hui la « haute trahison » condamnée par le droit international. Dans ce cas, il appartient au gouverneur de choisir la sanction la plus appropriée au contexte. Il s’agit là d’une apostasie majeure.

Moncef ZENATI (Extrait du live : « La fraternité humaine en islam » Editions Maison d’ennour)

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