DE L’ISLAM ET DE LA LIBERTÉ

 

Question : quelle est la position de l’islam sur la liberté ? Quelles en sont les limites ?

Réponse : L’islam a confirmé le principe de la liberté. Le chef des croyants, Umar ibn al khattâb a lancé son mot célèbre : « Depuis quand asservissez-vous les gens, alors que leurs mères les ont mis au monde libres ! » ‘Ali a dit dans un testament : « ne sois pas l’esclave d’un autre. Dieu t’a créé libre. »Le principe est que les hommes, par la sagesse de Dieu,sont libres et ont droit à la liberté. Ils ne sont point des esclaves.

          A une période où les gens étaient asservis intellectuellement, politiquement, socialement, religieusement et économiquement, l’islam vint confirmer la liberté de penser, de parler, de critiquer et surtout, la liberté religieuse et la liberté de croyance. Il n’a jamais contraint qui que ce soit à se convertir. Ce principe est clairement représenté par le verset:{dois-tu contraindre les gens afin qu’ils  soient croyants ? Si ton seigneur le voulait,ensemble, tous ceux qui se trouvent sur terre,auraient cru} (X,99).Ce fut un des versets de la période mecquoise. Quant à la période médinoise, nous trouvons dans la sourate 2 : {Pas de contrainte en religion. Certes, le chemin droit s’est distingué du chemin de la perdition} (II, 99).

            Voici la raison occasionnelle de la révélation de ce verset : Avant l’islam, quand une femme des tribus de médine, les Aws et les Khazraj, tardait à avoir un garçon, elle faisait un serment solennel que si elle en mettait un au monde, elle en ferait un juif. Lorsque l’islam entra à médine et que ses habitants se furent convertis, quelques pères voulurent faire abjurer leur fils pour en faire des musulmans. Malgré les conflits qui éclataient entre les musulmans et les juifs et la manière avec laquelle ils étaient élevés dans le judaïsme, Dieu refusa la contrainte. Il dit : {Pas de contrainte en religion}. Dans le même temps, l’empire byzantin proclamait le christianisme ou la mort, les réformateurs religieux perses étaient accusés des pires atrocités.

            Le principe de la liberté  ne fut point le résultat d’une évolution de la société depuis les origines ou la conséquence d’une révolution mais il vint du ciel pour élever sa condition et magnifier sa déstinée. Certes, l’islam a confirmé ce principe, mais il l’a soumis à certaines conditions pour que la religion ne devienne pas un jouet entre les mains des hommes. Certains n’ont-ils pas dit:{Croyez en ce que reçurent ceux qui ont cru la matinée et rejetez-le, le soir. Peut-être reviendraient-ils sur leur religion} (III, 72) ? Croyez tôt dans la matinée et abjurez en fin de matinée ! Ou encore : Nous connaissons bien la religion de Muhammad et nous l’avons abondonnée ! Ou encore : croyez aujourdui et revenez à votre religion demain, ou après une semaine, ou honnissez cette nouvelle religion ! L’islam, qui ne contraint personne à l’adopter, refuse l’apostasie.

            L’islam invite à observer l’univers et à méditer. {Je vous donne un conseil : que vous vous leviez pour dieu par deux ou seuls et que vous méditiez!} (XXXIV, 46) ; {Dis : observez ce qu’il y a dans les cieux et la terre} (X, 101) ; {Pourquoi ne parcourent-ils pas la terre, avec des coeurs pour méditer et des oreilles pour entendre ? Certes, ce ne sont pas les yeux qui s’aveuglent mais les coeurs, lesquels se trouvent dans les poitrines} (XXII, 46).Dans chaque signe que dieu a placé sur le chemin de l’homme, celui-ci trouve un éloge de la liberté.

            L’islam mène une campagne contre ceux qui s’appuient sur le doute et les chimères.

Dieu dit:{Les suppositions ne remplacent aucunement la vérité} (LIII,28) . Il s’en prend à ceux qui obéissent à leurs passions et imitent les grands et les chefs et qui,le jour du jugement dernier, diront:{Nous avons obéi aux grands d’entre nous et à nos maîtres qui nous ont égaré du chemin droit} (XXXIII,67)et contre ceux qui disent:{Nous avons trouvé nos pères attachés à une croyance. Nous suivons leur trace} (XLIII,22). Il les compare aux animaux et les place à un nivau plus bas encore que ceux-ci. L’islam conseille de faire appel à la raison et à la reflexion et lance un défi aux gens:{Apportez votre preuve si vous êtes véridiques} (II,111). Il s’appuie sur la raison pour atteindre la raison. Les savants n’ont-ils pas énoncé : « La raison pure (‘aql sarih) est la base de la transmission authentique (naql sahih). » Parler de l’existence de dieu et de la prophétie de muhammad(sbdl), c’est faire appel à la raison.C’est elle encore qui déclare : «  C’est un envoyé ! ». Les preuves l’ont montré et les miracles l’ont confirmé. Elle déclare aussi à propos du faux prophète : « C’est un menteur qui ne possède aucune preuve et qui n’est soutenu par aucun miracle ».

            C’est grâce à cette liberté de penser qu’on rencontre, à travers l’histoire de l’islam, des savants qui s’opposent, qui dénoncent les erreurs d’autres savants, ou leur répondent, sans qu ‘aucun d’eux ne soit gagné par la gêne. On trouve dans le même livre le rationaliste et le sunnite. l’exemple du livre «  al-Kashshâf » est éloquent. son auteur, un mu’tazilite, s’appelle az-Zamakhsharî. L’imam qui l’a commenté est le sunnite Ibn al-Munîr. Un autre imam,sunnite,Ibn Hajar, en a fait la correction dans son livre « al-Kâfî ash-Shâfî fî takhrîj ahâdîth al-Kashshâf » . Les savants utilisaient les livres de leur semblables et y puisaient des connaissances et des arguments, d’autant plus qu’il y eut parmi ces spécialistes du kalâm des océans de connaissance. Nous avons vu avec quelle largesse d’esprit les jurisconsultes menaient les controverses. C’est une preuve manifeste de la liberté de penser propre à l’islam et répandue au sein de la communauté musulmane.

            L’islam a aussi affirmé la liberté de parole et de critique, surtout quand elle est nécessaire à la communauté et concerne la morale et les bons comportements. Dire ce qui est vrai sans tenir compte des reproches,conseiller ce qui est bien et déconseiller ce qui ne l’est pas, appeler au bien, dire à celui qui accompli une bonne action : « Tu as bien fait », et à celui qui a accompli une mauvaise action : « Tu as mal fait », devient alors une obligation pour le musulman, s’il ne se trouve personne d’autre pour le faire, ou si son silence a des conséquences fâcheuses pour la communauté. {Ordonne le bien, déconseille le mal et supporte patiemment ce qui t’arrive. Telle est la résolution à prendre et dont tu ne devras jamais te départir} (XXXI, 17). Tel est le but de l’islam.

            Contrôler les faits et gestes des gens, les brider jusqu’à ce qu’ils ne puissent parler qu’après avoir demandé la permission et ne croient plus que les déclarations officielles, tout cela ne fait pas partie de l’islam. Ce qu’a dit Pharaon à ses sorciers : {Vous l’avez cru avant que je ne vous y autorise} (XX, 71) ne fait pas partie de l’islam.

            L’islam est venu, non seulement pour autoriser les gens à penser, mais pour leur ordonner de le faire. Il leur a permis de choisir librement leur croyance et de la défendre,même avec les armes. Il a exigé des musulmans de protéger, avec l’épée, la liberté de croire, pour qu’il n’y ait pas d’injustice et de troubles. Dieu dit dans le premier verset révélé pour légitimer l’usage de la force : { Il a été permis de se battre à ceux qui sont injustement combattus} (XXII, 39) Il dit encore:{ Si Dieu n’avais pas arrêté l’agression des uns par les autres,des ermitages,des églises,des synagogues et des mosquées où le nom de Dieu est longuement évoqué,auraient été détruits} (XXII, 40). Si le tout- puissant n’avait pas permis l’intervention de ces croyants pour défendre la liberté avec leurs épées, aucun homme sur terre n’aurait pu adorer dieu ni aucun lieu, réservé à son adoration, n’aurait été élevé.

            Si dépraver son âme, sa morale, sa conscience, son adoration, sa famille, relève de la liberté, alors l’islam ne la reconnaît pas. Mais il maintient sur leurs bases, étaie et protège les libertés nécessaires à la vie paisible en société,la liberté de penser, de croire et de pratiquer sa religion, de disposer de soi sans que cela nuise aux autres, la liberté de propriété selon les conditions légales, sans dommage causé ni subi…

« Ni préjudice causé aux autres pour en tirer un profit, ni dommage gratuit », telle est la rêgle en islam. Tout ce qui peut causer du tort à autrui est formellement rejeté. Par conséquent, il ne doit pas être entrepris. La liberté de chacun s’arrête la où commence celle des autres. Tu est libre de marcher dans la rue mais sans bousculer les autres, sans percuter les voitures et sans transgresser les règles du code de la route. Tu dois t’arrêter quand le feu est rouge et passer quand il est vert. Tu dois marcher du côté droit et ainsi de suite.

            Ces règles sont indispensables à l’intérêt général, c’est-à-dire à l’intérêt de la société.  Dans toutes les religions, il ya ces règles.

Source : « Fatwâ Contemporaines » de Yusuf Al-Qaradawi – Edition Maison d’Ennour – Page 697.

2 Commentaires

  1. Salam wa3alaykom
    Je suis Siham, j’ai 17 ans et j’habite en france j’ai une question a vous posez svp:
    Pourquoi on dit que les femmes et les hommes n’ont pas le droit de ce mélanger alors que lorsque l’on fait le pélerinage on est tous mélanger ???

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