Article paru dans le journal « le jeune musulman » (1952-1954) publié par l’organe des
jeunes de l’association des ulémas d’Algérie.
 

Dans son étude sur «  l’Islamisme et la Science  »Paris (1983), Ernest Renan soutient – fort maladroitement  – d’ailleurs la thèse selon laquelle l’Islam est un obstacle à l’instruction et au progrès. Cet ouvrage qui souleva de multiples controverses et dont  maints auteurs – orientaux et européens– ont montré l’absurdité et le chauvinisme n’a pas moins laissé de … disciples.

D’ailleurs, cette thèse, l’Occident l’avait fait sienne bien avant Renan : quand il sentit que l’Empire musulman décadent était une proie facile. Depuis, le colonialisme l’a érigée en code et la propage à dessein.

Et le premier devoir qui s’impose au jeune musulman formé à l’école occidentale c’est-à -dire influencé par cette propagande de dénigrement, est d’étudier objectivement la question.

Alors apparaîtra en toute clarté cette vérité première que la thèse de Renan est en contradiction manifeste avec, à la fois les préceptes islamiques et les données historiques.

En effet nombreux sont les versets du Coran et les hadiths du Prophète qui, non seulement prônent la science, mais font un devoir aux Croyants de s’instruire.

N’est-il pas écrit dans le Livre Sacré que «  celui qui à été donnée la science à obtenu un grand bien » (Coran S II V 210), qu’ « à ceux qui sont  fermes dans les connaissances nous donnerons une récompense magnifique » (Coran S II V 162).

Le Prophète(SAS) nous enseigne de son côté que «  s’instruire est un devoir pour chaque musulman et chaque musulmane  », que «  deux choses sont enviables : être riche et dépenser son bien pour la justice, être sage et instruire les autres » ; « Rechercher la science du berceau à la tombe », conseille-t-il  par ailleurs.

 Je n’irai pas plus loin car les préceptes foisonnent en ce sens.

D’ autre part, «  si réellement l’ Islam était réfractaire au progrès scientifique et à l’esprit de recherche, comment se fait -il que c’est précisément  aux premiers siècles  de l’ Hégire que le monde de l’ Islam se plaça à la tête de la civilisation et que, c’est aux savants musulmans et à eux seuls, que revient l’honneur  des plus grandes découvertes de l’ époque dans toutes les branches des connaissances humaines ? Ces temps furent pourtant ceux où la foi musulmane s’affirmait la plus ardente et où l’enseignement du Prophète conservait encore toute sa fraîcheur.

Cet argument – massue porte un coup mortel  à Renan, et à son école qui, par manque d’objectivité et leur parti -pris se sont compromis à jamais aux yeux de l’Histoire.

Nous devons rendre hommage en revanche à certains orientalistes qui depuis Gustave Lebon, ont rendu justice à notre religion et à nos ancêtres.

Daper,  entre autres, reconnaît, que «  Les Arabes cultivaient et créaient eux-mêmes les sciences alors que l’Europe était à peine plus civilisée que l’est aujourd’hui la Cafrerie. Les triomphes qu’ils remportèrent en philosophie, en mathématiques, en astronomie, en chimie et en médecine devraient être plus glorieux, plus durables et par conséquent plus importants que ne l’avaient été leurs succès militaires ».

Malheureusement dans l’enseignement officiel, aucune place n’est réservée  à cette civilisation qui a ramé celles de la Perse,  de l’Egypte, de la Grèce et de Rome, puis par un apport original a contribué largement à la Renaissance de l’Occident.

Cette civilisation musulmane, preuve irréfutable de la parfaite compatibilité entre l’Islam et la science, a atteint son apogée au Moyen- Age à l’époque où l’Europe vivait dans les ténèbres de l’ignorance et de l’obscurantisme. «  A une époque où le reste de l’Europe était plongé dans une noire barbarie, Bagdad et Cordoue, les deux grandes citées où régnaient l’Islam étaient des foyers de civilisation éclairant le monde de leur lumineux éclat  ».

Les disciples de Renan ont donc confondus – ou on voulut confondre – l’Islam et les pays musulmans car ils ont affirmé leur opinion en s’appuyant sur l’état de ces pays dans leur période décadente. Or, le peuple musulman, comme tout peuple, comme tout peuple obéit à des lois sociologiques.

Frères musulmans ! Le coran à fait de vos ancêtres le porte -flambeau de la Civilisation et les maîtres – combien humains et démocrates – de leur époque, est toujours présent. Ce sont les musulmans qui, se sont écartés du chemin de la foi et de  l’action, «  Dieu ne change rien à l’état d’un peuple tant que celui-ci n’ai d’abord changé son état d’âme  » (S 13 V11).

Bref, le mal est en nous -même ; c’est ce qu’appelle admirablement M. Bennabi  « Le facteur auto-réducteur » et le facteur colonisateur n’en est qu’une conséquence inéluctable. Mais le remède est à notre portée. A nous de secouer les chaînes de l’ignorance et de l’impiété après notre longue léthargie. A nous de poursuivre l’œuvre des réformateurs qui ont su nous éclairer sur le véritable Islam.

Un autre son de cloche se fait entendre dans notre pays. « Ceux qui montrent l’incompatibilité de l’Islam avec la science, disait un professeur français c’est que  nombre de jeunes musulmans atteignant les sommets de la culture renoncent à leur religion ».

Frères Algériens ! Il est vrai que certains de nos intellectuels ont tendance à renier leur religion et peut -être  leur race.

Mais à qui la faute ? Nous sommes responsables de cette perte car nous n’avons pas su protéger nos enfants contre les doctrines et les idées anti islamiques malheureusement nombreuses. Nous avons voulu mettre la charrue avant les bœufs, l’instruction avant l’éducation.

Pour remédier à ce mal, il est du devoir du père  de famille d’inculquer avant toute chose à ses jeunes enfants les principes sacrés de l’Islam et de les initier à la culture arabe. Cela ne veut pas dire que nous désapprouvions les cultures étrangères. Le Prophète (saws) n’a- t-il pas dit : «  Prenez la sagesse sans vous inquiéter du récipient qui la contient. » « Rechercher la science même si vous deviez aller en Chine pour la trouver  ».

Ainsi « immunisé », le jeune musulmans pourra avancer dans les labyrinthes de la science sans fléchir, sans tituber car la lumière de l’Islam éclairera son chemin et lui fera éviter à la fois les appâts que présentent  les doctrines athées et les pièges tendus le catholicisme et le colonialisme.

                                                                                                Omar Khaled

 

3 Commentaires

  1. Sciences et religion ? Il n’y a rien de plus opposé. La science démontre la religion affirme. Giordano Bruno brulé à Rome, Galilée forcé de se déjuger. Aucune religion n’a poussé la science avant d’entamer une profonde réflexion. Est-ce l’Islam qui a été à la base de l’explosion des sciences à Samarkand ? Ou est-ce tout simplement une civilisation qui petit à petit s’est développée, accompagnée d’une explosion culturelle, comme toute civilisation à son apogée? Pythagore était il inspiré par les Dieux grecs? La trigonométrie est elle une conséquence de la religion égyptienne ? Ne serait-ce pas plutôt une conséquence des crues du Nil? Einstein a –t’il été un génie parce que juif ?
    La religion chrétienne à toujours eu peur de la Science, par manque de foi. La science n’allait elle pas démontrer l’inexistence de Dieu? La théorie du Big Bang a semblé au contraire confirmer l’existence d’une création par un Deus ex Machina et Teilhard du Chardin a poussé pour que l’église reconnaisse l’évolution et l’anthropologie. Chez les intégristes, qu’ils soient catholiques, protestants ou musulmans, les créationnistes disposent d’oreilles attentives qui confondent la forme du texte avec le fond, soit il sacré.
    L’Islam juste après l’Hégire a fait preuve d’une grande ouverture d’esprit des religieux en ne condamnant pas les savants, comme le faisaient à la même époque les Chrétiens, mais une fois de plus quand on parle d’ouverture, de progrès, de littérature de sciences en Islam, on se réfère toujours au lointain passé et jamais à l’époque actuelle. Il faut que l’Islam combatte mieux cette frange intégriste qui salit une image qui a trop été ternie ! A quand un Vatican II de l’Islam qui s’ouvre à l’ère moderne ?

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