Question : Certains musulmans tiennent à accomplir le pèlerinage chaque année et peut-être tiennent-ils en plus à accomplir une ‘Omra chaque Ramadan en dépit des conditions difficiles du Pèlerinage ces dernières années, en particulier pendant le « tawaf », le parcours entre as-Safa et al-Marwa et la lapidation des stèles. N’est-il pas mieux pour ces gens de destiner ce qu’ils dépensent lors de leur pèlerinage ou ‘Omra surérogatoires aux pauvres, aux projets humanitaires ou aux projets islamiques dont les activités s’estompent souvent à cause du manque  de moyens ? Ou peut-être que le fait de multiplier les pèlerinages et les ‘Omra valent-il mieux que de destiner ces biens dans la voie de Dieu ?

Réponse de Cheikh Youssef Al-Qaradawi :

La louange revient à Dieu. Que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur le Messager de Dieu, ainsi que sur sa famille, ses compagnons et ceux qui l’auront suivi jusqu’au Jour du Jugement Dernier…

Il faut savoir que l’acquittement du devoir religieux est la première chose qui incombe à toute personne responsable, en particulier en ce qui concerne les piliers de la religion. De même que l’accomplissement des actes surérogatoires est aimé de Dieu et procure sa satisfaction. Le hadith divin rapporté par al-Boukhari dit : « Mon serviteur ne pourrait faire pour se rapprocher de Moi aucune action plus aimable à Moi que ce que Je lui ai prescrit. Mon serviteur ne cesse de se rapprocher de Moi par les actes surérogatoires jusqu’à ce Je l’aime. Une fois que Je l’aime, Je deviens son ouïe avec laquelle il entend, sa vue avec laquelle il voit … » Ceci dit, il faut avoir à l’esprit les règles juridiques suivantes :

Premièrement : Dieu n’accepte pas l’acte surérogatoire avant de s’acquitter de l’obligation. Aussi, nous estimons que quiconque accomplit un pèlerinage ou une ‘Omra surérogatoire sans s’acquitter de la zakat obligatoire dans sa totalité ou partiellement, son pèlerinage et sa ‘Omra ne sont pas valides. Au lieu de dépenser de l’argent pour le pèlerinage surérogatoire ou pour la ‘Omra, il serait mieux, tout d’abord, de le purifier par la zakat. A l’instar de celui qui doit de l’argent aux gens, commerçants ou autres, suite à l’achat d’une chose en différant le paiement, ou suite à un emprunt et qui ne s’est pas acquitté de cette dette. Il n’est pas permis à celui-ci d’accomplir un pèlerinage surérogatoire ou une ‘Omra avant le remboursement de ses dettes.

Deuxièmement : Dieu n’accepte pas l’acte surérogatoire lorsqu’il conduit à l’accomplissement d’un interdit, car le fait de se mettre à l’abri du péché prime sur le fait d’acquérir la récompense due à un acte surérogatoire. Aussi, si le grand nombre de pèlerins accomplissant un pèlerinage surérogatoire est préjudiciable pour beaucoup de musulmans, à cause  de l’affluence source de difficultés, de propagation des maladies, de chute et piétinement, la limitation de cette affluence dans la mesure du possible est alors un devoir. Pour se faire, le premier pas consiste à ce que ceux qui ont accompli le pèlerinage plusieurs fois s’abstiennent d’accomplir un pèlerinage supplémentaire pour laisser la place à ceux qui n’ont jamais fait le Pèlerinage obligatoire.

Troisièmement : Le fait de repousser les préjudices prime sur le fait d’apporter des intérêts, en particulier si les préjudices sont d’ordre général et si les intérêts sont de l’ordre du privé. Ainsi, si l’intérêt de quelques individus réside dans le fait de multiplier les pèlerinages surérogatoires mais que ceci provoque un préjudice général pour des milliers et des centaines de milliers de pèlerins, en portant atteinte à leur intégrité morale et physique, le devoir est d’interdire ce préjudice en empêchant ce qui le provoque, à savoir la grande affluence.

Quatrièmement : Les occasions d’accomplir des œuvres surérogatoires de bien sont nombreuses. Dieu n’a imposé à ce sujet aucune restriction. Le musulman perspicace est celui qui  choisit ce qui lui convient le plus et ce qui est le plus adéquat  à son temps et à son environnement. Aussi, si le pèlerinage surérogatoire provoque un préjudice à certains musulmans, Dieu lui a donné comme alternative d’autres occasions lui permettant de se rapprocher de son Seigneur sans nuire à personne comme l’aumône en faveur des nécessiteux et en particulier à l’égard des plus proches conformément au hadith : « Faire aumône à un pauvre est une seule aumône ; au proche parent, c’est une double aumône : une aumône et le renforcement du lien de parenté » (rapporté par Ahmed, at-Tirmidhi, Ibn Majah et al-Hakim d’après Salman ibn ‘Amir as-Sayfi d’après une chaîne de transmetteurs authentique).

Pourvoir aux besoins financiers de ces derniers peut même devenir obligatoire, si la personne est aisée alors que ses proches sont pauvres. Par extension, cela devient obligatoire à l’égard des voisins nécessiteux en vue du droit du voisinage. Le Prophète (saws) dit : « N’est pas véritablement croyant, celui qui dort rassasié alors qu’à côté de lui, son voisin a faim » (rapporté par at-Tabarani et Abou Ya’la d’après Ibn ‘Abbas, al-Hakim d’après ‘Aïsha et at-Tabarani et al-Bazzar d’après Anas avec des termes différents)

Il y a aussi le soutien financier des associations cultuelles, les centres islamiques, les écoles coraniques et les institutions sociales et culturelles de référence musulmane qui rencontrent des difficultés de fonctionnement à cause du manque de soutien et des donateurs.

Par ailleurs, l’échec de beaucoup de projets islamiques n’est pas dû à la pauvreté des musulmans ; bien au contraire, certains pays musulmans sont comptés parmi les pays les plus riches du monde. Cet échec n’est pas non plus dû à la rareté des gens du bien ou à leur manque de générosité. Il y a toujours parmi les musulmans des vertueux donateurs, mais beaucoup de donations sont mal-placées. Aussi, si les centaines de milliers d’Euros dépensés tous les ans pour le pèlerinage surérogatoire et pour la ‘Omra étaient consacrées à réaliser et à soutenir les projets islamiques d’une manière organisée, cela serait plus bénéfique pour l’ensemble des musulmans.

C’est ce que je recommande à mes frères sincères et enthousiastes qui tiennent à accomplir le pèlerinage et la ‘Omra surérogatoires : Qu’ils se contentent de ce qu’ils ont accompli. Et s’ils tiennent absolument à le refaire, que ce soit tous les cinq ans, cela leur procurera deux intérêts considérables avec lesquels ils bénéficieront de récompense :

Le premier : Orienter ces épargnes aux œuvres du bien et aux projets islamiques. De même, que pour venir en aide aux musulmans dans le monde musulman ou à l’extérieur où se trouvent les minorités opprimées.

Le deuxième : Faire de la place pour les autres musulmans provenant du monde entier parmi ceux qui n’ont pas accompli le Pèlerinage obligatoire. La souplesse et la facilité qu’ils apporteront valent sans aucun doute, mieux que leur présence. D’autant plus que le fait de renoncer au pèlerinage surérogatoire dans l’intention de faire de la place à d’autres et de limiter l’affluence d’une manière générale, aucun savant n’hésite à dire que cette attitude est une manière de se rapprocher de Dieu et sera certainement récompensée « et chacun n’a pour lui que ce qu’il a eu réellement l’intention de faire. » Par ailleurs, les actes relevant de l’effort intime continu « jihad » dans son sens le plus général valent mieux que les actes relevant du pèlerinage. Dieu dit : « Ferez-vous de la charge de donner à boire aux pèlerins et d’entretenir la Mosquée sacrée comparables au mérite de celui qui croit en Dieu et au Jour Dernier et fait des efforts dans le sentier de Dieu ? Ils ne sont pas égaux auprès de Dieu et Dieu ne guide pas les gens injustes. Ceux qui ont cru, qui ont émigré et qui ont fait des efforts en donnant de leur biens et de leurs personnes dans le sentier de Dieu, ont les plus hauts rangs auprès de Dieu … et ce sont eux les victorieux » (9 : 19 – 20)

Dieu est le plus savant !

Traduit par Havre De Savoir

2 Commentaires

  1. Il faut toujours rappeler à nos freres qui multiplient les omra et hajj de penser qu’ils doivent laisser la place à ceux qui s’ inscrivent plus de 7 fois et n’arrivent pas à trouver une place…se sont eux qui les privent…meme inconciemment…mais c’est une evidence…

  2. Salam,

    merci pour votre article, je note cependant une subtilité, il est évoqué ici la personne qui accomplit plusieurs hajj pour sa propre personne, mais qu’en est-il de la personne qui accomplit plusieurs hajj pour d’autres (notamment pour les parents, frères et amis défunts?) , l’ordre de priorité reste-t-il le même?

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