Dans les années soixante, Hassan Al Hudaybi prononça la parole désormais célèbre « prédicateurs et pas juges ». A ce sujet, il rédigera un livre paru en 1977. Cette phrase est lourde de sens  car elle nous invite à nous pencher sur le sens réel de notre prédication et nous met en garde contre les dangers du sentiment de  supériorité. Ce même sentiment a conduit Iblis à sa perte, alors qu’Adam (Alayhis-salam), ayant commis un péché véniel, se verra pardonner sa faute. Iblis quant à lui a  refusé de se prosterner prétextant être supérieur à Adam (alayhi wa salam) comme nous l’indique le verset suivant « Je suis meilleur que lui, dit [Iblis,] Tu m’as créé de feu et tu l’as créé d’argile ». Sourate 38 verset 77

Cette histoire est riche d’enseignements. Elle nous apprends en effet que  les péchés du cœur sont plus dangereux que les péchés des sens,  mais surtout, elle nous mets en garde contre les conséquences dramatiques de se croire meilleur qu’autrui, comme indiqué dans le verset plus haut où Iblis se considérait  meilleur qu’Adam (Alayhis-salam). La conséquence de ce sentiment fut terrible : {(Allah) dit : « Sors d’ici, te voilà banni; et sur toi sera ma malédiction jusqu’au jour de la Rétribution ».} (Sourate 38 Verset 77-78).

Méfions-nous du fait de juger les autres, car juger autrui revient d’une certaine manière à croire que sa propre personne est sauvée alors que seul Allah (Exalté soit-Il) connait la destinée de chacun d’entre nous: « Mon châtiment, dit le Seigneur, tombera sur qui Je veux, et Ma miséricorde embrasse toute chose » (Coran 7 : 156).  A partir du moment où l’individu se croit sauvé, il est en réalité parmi ceux que Allah a qualifié de perdants dans Son livre : « Se sentaient-ils à l’abri des ripostes divines ? Seuls les perdants croient échapper à la rigueur du Seigneur » (Coran 7 :99).

Un jour, on interrogea notre mère Aicha (rad) : « Quand l’individu est-il considéré comme pécheur ? » Elle répondit : « Lorsque celui-ci croit avoir acquis toutes les vertus »

Au-delà de sa dangerosité, ce jugement que l’on porte est d’ailleurs totalement inutile car personne ne sera jugé pour les méfaits d’un autre: « Quiconque prend le droit chemin ne le prend que pour lui-même; et quiconque s’égare, ne s’égare qu’à son propre détriment. Et nul ne portera le fardeau d’autrui » (Sourate 17, Verset 15).

Ce qui vaut pour les individus vaut également pour les situations ; en effet il peut être tout aussi dangereux de juger une situation sans en connaitre tous les tenants et aboutissants, le Prophète (bdsl) nous dit « Quand vient à toi un plaignant à qui on a crevé un œil, ne t’empresses pas de juger en sa faveur avant que ne te viennes son rival. Qui sait si on ne lui a pas crevé les deux yeux. ».

Avant de juger une situation, il faut toujours écouter les deux parties, regarder les faits et uniquement les faits et ne pas se laisser abuser par le verbe et les belles paroles d’une des deux parties. L’éloquence d’un des deux protagonistes peut biaiser notre jugement tout comme le rapport sélectif des faits peut nous influencer. C’est dans ce sens que Malcolm X nous dit : “Si vous n’êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment.”

En résumé, le seul jugement utile et recommandé est celui que l’on fait à son encontre. Le Prophète (bdsl) nous enjoint à cela dans un hadith rapporté par At thirmidî : « Le sage est celui qui demande des comptes à lui-même et œuvre pour l’au-delà…» dans un autre hadith le Prophète (bdsl) fit cette recommandation au compagnon Abû Tharr al-Ghifârî :

«O Abû Tharr! Demande-toi des comptes avant qu’on te les demande, car ce sera plus facile pour toi, lorsque tu seras interrogé demain; mets-toi dans la balance avant qu’on ne t’y mette et prépare-toi pour la Grand Exposition, où rien ne pourra être caché à Allah ! O Abû Tharr ! Un homme ne saurait être considéré comme pieux avant de s’être demandé des comptes d’une façon plus tatillonne que ne le ferait un associé avec son coassocié… ».

Dans la littérature musulmane, nombreuses sont les paroles de compagnons ou de savants qui nous incitent à nous livrer à une profonde autocritique de soi. Omar Ibn Khattâb (rad) exhortait les musulmans à pratiquer cet examen de conscience en ces termes : « Demandez des comptes à vous-mêmes avant qu’ils ne vous en soient demandés. Soupesez vos actes avant qu’ils ne le soient malgré vous». Ibn Qayyim nous livre également cette sagesse : « Celui qui connait vraiment son âme, s’occupe tellement de sa réforme qu’il se désintéresse des défauts des gens. Celui qui connait vraiment son Seigneur, s’occupe tellement de Lui qu’il oublie les passions de son âme. Le plus grand perdant des gens dans le « marché de la vie » qu’il a conclu, est celui qui s’est tellement occupé lui-même qu’il a oublié Allah. Pire que lui, celui qui s’est tellement occupé des gens qu’il a oublié sa propre personne.»

Transmettons le message divin car c’est une obligation mais n’allons pas au-delà car il nous incombe simplement de transmettre. Ne jugeons pas les autres mais ne cessons jamais de nous remettre en question et pour finir essayons d’appliquer au quotidien cette recommandation de l’imam Hassan al-Banna : « Évite la médisance des gens et le dénigrement des organisations et ne dis que du bien. »

‘Othman

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