Chers membres du club de lecture du « Havre de Savoir ».

J’ai eu le temps de vous remercier et ma gratitude trouve ici un heureux prolongement, votre belle hospitalité et votre accueil chaleureux relèvent d’un savoir-vivre qui n’est l’apanage que de rares esprits éclairés. Dimanche 19 janvier, vous m’avez offert un espace d’expression, et j’ai essayé de l’investir au mieux. Si réussite il y a, une reconnaissance sincère est à adresser à notre Créateur bon et miséricordieux qui veille sur nous bienveillamment. En revanche, les lacunes ne sont que les marques d’un esprit imparfait qu’est le mien.

Au-delà, c’est surtout mes encouragements à aller de l’avant qui motivent cette lettre, soyez-en rassurés ; votre œuvre est belle et votre intention lumineuse ; grâce à ce travail, chaque main qui se remettra à ouvrir un livre sera une victoire fracassante sur l’ignorance, et c’est de ce genre de succès seul dont avons-nous besoin. Car, à dire vrai, nous n’avons plus ni le temps ni le choix ; nous sommes condamnés à conduire au triomphe cette belle entreprise ; les pages de notre avenir s’écrivent chaque jour, par nos propres mains. Si nous voulons penser une profonde révolution culturelle, élément salvateur pour notre cause, il faudra opérer une nouvelle réconciliation avec les bons livres, nourriture par excellence de l’esprit. Victor Hugo parlait justement de ces esprits qui, à l’image du corps, maigrissaient jusqu’à mourir par l’absence de lecture, et il avait raison. L’imam Hassan Al-Banna citant l’imam al-Ghazali écrivait : « A la naissance, le corps ne vient pas au monde tout à fait achevé : ce n’est qu’à travers la croissance et à force de nourriture qu’il atteint la maturité et se bonifie. De la même manière, l’esprit naît imparfait. Il est cependant susceptible de se développer. Or, seules l’instruction, l’éducation et la nourriture intellectuelle peuvent le corriger… Car l’enfant pour peu qu’il soit délaissé au début de son développement, devient dans la plupart des cas grossier, menteur, envieux, voleur, médisant, têtu, indiscret, peu sérieux, sournois et effronté. Seule une bonne éducation peut empêcher tout cela. »

Il est évident que la lecture et les livres n’attirent plus grand monde aujourd’hui ; la culture de la facilité est devenue la règle, et l’effort intellectuel n’est plus au goût du jour, du coup, c’est de nouveau les certitudes faciles et les préjugés confortables qui occupent désormais la place vide laissé par l’esprit critique. « Nous aimons à nous embrouiller en la vanité comme conforme à notre être » remarquait déjà Montaigne ; et nous, impuissants, nous assistons à une nouvelle crise des esprits.

 Si nous voulons donc relever le défi d’un avenir meilleur, et couper court aux dégâts causés par la télévision et les nouvelles technologies à la mode, une profonde révolution culturelle doit avoir nécessairement lieu. Soyez-en donc les premiers artisans !

Vous êtes brillants et je vous souhaite encore plus de lumière, toute la lumière !

Abderrahim Bouzelmate
Marseille le 22 janvier 2014.

1 commentaire

  1. C’est ce qu’avait déjà prédit Ray Bradbury dans son livre Fahrenheit 451. On ne brule plus les livres comme les nazis les brulés lors de la nuit de cristal. La télévision et toutes les autres nouvelles technologies (qui ne sont ni bonne ni mauvaises à la base)s’en charge aujourd’hui en incendiant les livres en amenant à la paresse et à tout désinterét pour un effort actif et nous enfermant dans une cage dorée, l’homme préférant la facilité et le confort à la liberté. C’est le despotisme surnois ou le soft power qu’avait déjà évoqué les Lumières (Tocqueville, Kant, Voltaire …) et que Mussolini utilisait (cinéma, sports, voyages) pour controler le peuple afin de calmer ce désir d’évasion hors du monde, d’assouvir et tromper cette sorte d’instinct terrible ou git un désir de grandeur. C’est aussi la position de Marx et d’H.Marcuse pour qui les loisirs sont un instrument utilisé par le pouvoir afin d’endormir les tendances révolutionnaires.

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