Je ne trouve rien dans la divergence des savants de la « shari’a » contemporains de plus étonnant que le leur extrême divergence, qui n’a pas lieu d’être, sur la prise en compte du calcul astronomique, à notre époque, pour déterminer le début du mois lunaire. Oui, j’insiste sur « à notre époque », car, effet, je ne m’étonne pas de la position négative des savants parmi nos prédécesseurs à l’égard de la prise en compte du calcul astronomique dans ce sujet. Au contraire, si je vivais à cette époque, j’aurais dit certainement la même chose. Par contre, je m’étonne de la position négative des hommes religieux à notre époque dont les savants ont exploré les horizons de l’espace et dont les réalisations les plus banales sont le fait d’avoir marché sur la lune, la mise des satellites sur orbites autour de la terre pour diverses raisons : scientifiques, militaires ou d’espionnage, puis la réalisation d’expéditions spatiales, la sortie des navettes spatiales dans l’espace au-delà de l’atmosphère, hors zone de la gravité terrestre, puis la création des stations spatiales orbitales …

Je suis sûr que si les savants parmi nos premiers prédécesseurs, qui ont refusé le prise en compte le calcul astronomique pour les raisons que j’évoquerai bientôt – en les citant – étaient aujourd’hui à notre époque, constatant les avancées de l’astronomie et la précision stupéfiante qu’elle a atteint, ils auraient certainement changé d’avis.

Certains diront peut-être : La cause de la non-acceptation de la prise en compte du calcul astronomique pour la détermination les débuts des mois lunaires n’est pas le doute concernant l’exactitude et la précision du calcul astronomique, mais le fait que la législation, selon les dires de son Messager, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, ait lié la naissance de la nouvelle lune et le début des mois lunaires à la constatation visuelle et ce, à travers le hadith authentique relaté d’après Ibn ‘Omar, que Dieu l’agrée : « Jeûnez quand vous voyez la nouvelle lune (de ramadan) et rompez le jeûne quand vous voyez la nouvelle lune (de shawwal). Si la brume vous empêche de la voir, alors estimez-la ». Dans une autre version également authentique : « complétez le mois de sha’ban à trente jours » Ce hadith est rapporté par al-Boukhari et Mouslim. Dans une version rapportée par Mouslim : «  Si la brume vous empêche de la voir, estimez à trente jours ». Cette version explique le sens de l’estimation mentionnée dans la première version.

Dans une autre version rapportée par al-Boukhari, Mouslim et an-Nasa-y d’après Abou Hourayra, que Dieu l’agrée : « Si vous voyez la nouvelle lune, jeunez, et si vous la voyez rompez le jeûne. Si la brume vous empêche de la voir, alors jeunez trente jours ».

Toutes les versions relatées d’après le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, à ce sujet ont lié le jeûne et la rupture du jeûne à la vision de la nouvelle lune. Quant à l’estimation en cas de l’impossibilité de la vision à cause de la brume, des nuages ou de toute autre cause, elle signifie : compléter le mois en cours – sha’ban ou ramadan – à trente jours. On ne peut donc juger qu’il contient vingt-neuf jours que par la constatation visuelle. Cela relève des actes cultuels dont les prescriptions sont fondées sur les textes sans considérer les raisons d’être et sans appliquer de raisonnement par analogie.

Voici l’argument de ceux qui n’accepte pas la prise en compte du calcul astronomique pour la détermination des débuts des mois lunaires, même si le calcul astronomique atteint un niveau d’exactitude et de précision parvenant à la certitude grâce à ses moyens scientifiques.

Analyse et compréhension de la question au niveau rationnel et législatif

Nous disons à notre tour : tout cela est tout à fait admis pour nous et notoirement connu dans les règles de la législation et dans les fondements de notre droit musulman concernant les actes cultuels et cela est indiscutable. Mais cela concerne les textes qui nous parviennent et qui ne sont pas liés à une raison d’être ou à une cause particulière. En effet, si le texte relaté est lié à une raison d’être qui l’accompagne depuis sa source, les choses sont alors différentes et la raison d’être a un effet sur la compréhension du texte et l’application de la prescription en fonction de son existence ou de son absence, même si le sujet relève du culte.

Pour que l’attitude saine se manifeste à nous à ce sujet, nous disons : Ce hadith prophétique précité n’est pas le seul texte à ce sujet. Il existe d’autres hadiths relatés d’une manière authentique d’après le Messager, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, qui expliquent la raison pour laquelle il ordonné de considérer la vision de la nouvelle lune pour connaître le début du nouveau mois, qui implique les différentes prescriptions telles que le jeûne et autres.

En effet, l’imam Mouslim rapporte d’après Oummou Salama, que Dieu l’agrée, dans le livre du jeûne, au chapitre « le jeûne à la vision de la nouvelle lune », que le Messager de Dieu, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, dit : « Le mois est de vingt-neuf jours ».

Il rapporte également, à sa suite, d’après Ibn ‘Omar, que Dieu l’agrée, que le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, dit : « Nous sommes une communauté illettrée. Nous n’écrivons pas et nous ne calculons pas. Le moins est ainsi, et il plia le pouce, et le mois est ainsi, c’est-à-dire, trente jours »

Le sens de ce hadith, est que le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, a tout d’abord fait signe de ses mains et de ses dix doigts à trois reprises et a plié, à la troisième, le pouce, pour signifier que le mois peut contenir vingt-neuf jours. Puis, il a répété le  même signe sans plier, à la troisième fois, aucun doigt pour signifier que le mois peut également contenir trente jours. C’est-à-dire : le mois peut contenir tantôt vingt-neuf jours, tantôt trente jours.

C’est ainsi qu’an-Nasa-y a relaté l’explication de ce hadith d’après Sho’ba ibn Souhaïm d’après Ibn ‘Omar.

Et ce n’est pas tout ce qui a été relaté à ce sujet. En effet, la version qui complète le sujet et explique la cause, conciliant ainsi les différentes versions relatées d’après le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, est celle rapportée par al-Boukhari, Mouslim, Ahmed, Abou Daoud et an-Nasa-y (les termes sont ceux relatés par al-Boukhari) selon laquelle le Messager de Dieu, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, dit : « Nous sommes une communauté illettrée, nous n’écrivons pas et nous ne calculons pas, le mois est comme ceci ou comme cela, c’est-à-dire, vingt-neuf ou trente jours »

Ce hadith constitue le pilier central de la tente dans notre sujet. En effet, le Messager de Dieu,  que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, explique la raison pour laquelle il a ordonné la considération de la vision de la nouvelle lune, à l’œil nu, pour le début et la fin du jeûne, à savoir, qu’il appartient à une communauté qui ne sait ni écrire ni calculer. Le seul moyen qu’elle possède lui permettant de connaître le début et la fin du mois est la vision de la nouvelle lune, étant donné que le mois est composé tantôt de vingt-neuf jours, tantôt de trente.

C’est ce que les commentateurs du hadith ont compris de ce texte. Ibn Hajar dit dans « fath al-bari » : « Nous n’écrivons pas et nous ne calculons pas », c’est-à-dire, les musulmans présents lors de cette allocution. Cela est compris dans le sens de « la plupart » car l’écriture était peu répandue. Le calcul correspond ici aux calculs des phases des étoiles. Ils ne connaissaient que de peu de choses à ce sujet. Ainsi, il a lié la prescription du jeûne et autre à la constatation visuelle pour leur épargner toute gêne provoquée par la difficulté du calcul de l’évolution des étoiles »

Dans « ‘omdat al-qari », al-Îni a également expliqué le fait que le Législateur ait lié le jeûne à la vision par la fait de lever la gêne causée par la difficulté due au calcul astronomique comme nous l’avons relaté d’après Ibn Hajar. Al-‘Îni rapporte les propos d’Ibn Battal à ce sujet : « On ne nous a pas astreint à connaître les temps légaux de notre jeûne ou de nos actes cultuels par des moyens qui nécessitent la connaissance du calcul ou de l’écriture. Au contraire, nos actes cultuels sont liés à des signes clairs et à des choses manifestes dont la connaissance est tirée par le calcul ou autre ». Al-Qastellani dit dans « irshad as-sari sharh al-boukhari » la même chose qu’Ibn Battal.

As-Sindi dit dans sa « hashiyat sounan an-Nasa-y » en commentant le terme « illettrée » citée dans le hadith : « Illettrée par le fait de ne connaître ni l’écriture ni le calcul. C’est pourquoi il ne nous a pas imposé le calcul des astrologues, ni les mois solaires cachés, mais il nous a imposé les mois lunaires manifestes »

Il est clair d’après tout cela que l’ordre d’adopter la vision de la nouvelle lune n’est pas dans le sens que cette vision est un acte cultuel en soi. Il s’agit plutôt du seul moyen à leur disposition à cette époque, permettant à ceux qui sont dans ce cas, c’est-à-dire, illettrés n’ayant aucune connaissance de l’écriture et du calcule astronomique, de déterminer le début et la fin du mois lunaire.

Le teneur du texte juridique implique qu’à cette époque, si le Messager de Dieu, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, et son peuple Arabe connaissaient l’écriture et le calcul, de manière à être capable d’observer les astres, d’écrire et calculer leurs trajectoires déterminées par la puissance de Dieu, Le Sachant et L’Omnipotent, d’une manière constante et imperturbable, au point de connaître au préalable, par le calcul, le moment de l’apparition de la nouvelle lune qui marque la fin du mois écoulé et le début du suivant, ils auraient adopter le calcul astronomique. Il en est de même pour ceux chez qui cette science est parvenue à un niveau de précision et d’exactitude fiable.

Cela sera, à ce moment, plus sûr et plus précis dans la détermination de la nouvelle lune que de se fier à deux témoins oculaires qui ne sont pas à l’abri ni de l’erreur ni d’une illusion optique ni d’un mensonge pour un intérêt personnel dissimulé et ce, quel que soit notre effort de vérification de leur intégrité morale apparente. Ainsi, le calcul astronomique et plus sûr et plus précis que de se fier à un seul témoin lorsque le ciel n’est pas dégagé rendant la constatation visuelle difficile conformément à certains avis juridiquement considéré dans ce cas.

D’ailleurs, il existe des savants parmi les prédécesseurs « salaf » – alors que le calcul astronomique n’était pas précis – qui ont dit : Le connaisseur du calcul doit l’appliquer pour lui-même. Ceci est l’avis de Mouttarrif ibn ‘Abdoullah, parmi les « tabi’ines », relaté par le savant malikite al-Hattab dans son livre « mawahib al-jalil ».

Al-Qoushayri dit : « Si le calcul indique que la nouvelle lune est apparue dans l’horizon de manière visible, s’il n’y a pas d’empêchement comme les nuages, par exemple, cela implique l’obligation (du jeûne) pour l’existence de la cause juridique, puisque la vision n’est pas une condition en soi pour l’obligation (du jeûne). En effet, ils s’accordent à dire que le prisonnier dans un silo souterrain, s’il prend connaissance par le fait de porter sha’ban à trente jours ou par effort de réflexion personnel que ce jour appartient au ramadan, il devra jeûner. »

Al-Qalyoubi, parmi les shafi’ites, relate les propos suivants d’al-‘Abbadi : « Si le calcul catégorique indique l’impossibilité d’observer la nouvelle lune, l’attestation des témoins intègres de l’avoir vu n’est pas accepté et leur témoignage sera rejeté ». Puis, al-Qoulaybi dit : « Ceci est clair et manifeste. Dans ce cas il n’est pas permis de jeûner. Contrevenir à cela n’est qu’obstination et arrogance. »

Il est également clair pour toute personne douée de science et de compréhension que l’ordre du Messager, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, de compléter le mois en cours à trente jours en cas d’impossibilité d’observer la nouvelle lune à cause de la brume, des nuages ou autres, ne signifie guère que le mois en cours contient réellement trente jours. Il est possible que la nouvelle lune soit déjà visible si le ciel était dégagé. Dans ce cas, le jour suivant que nous avons considéré comme le trentième et dernier jour du mois est en réalité le premier jour du nouveau mois que nous devons jeûner ou qui marque la fin du jeûne. Mais, parce que nous n’avons pas pu connaître cela au moyen de la constatation visuelle qui a été empêchée, et parce que nous ne possédons aucun autre moyen, nous sommes alors juridiquement pardonnés si nous avons complété le mois de sha’ban à trente jours, alors qu’il comportait en réalité vingt-neuf jours. Nous n’avons donc pas jeûné le premier jour du ramadan car « Dieu n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité » (2 : 286).

Voilà l’analyse de ce sujet et sa compréhension d’un point de vue rationnelle et selon le droit musulman. Par ailleurs, le fait de compléter le mois à trente jours en cas d’impossibilité de la vision ne signifie pas que cela nous a permis de parvenir à la connaissance de la réalité des choses concernant la fin du mois précédent et le début du mois suivant.

Et puisqu’il est évident que la constatation visuelle de la nouvelle lune n’est pas en soi un acte cultuel en islam, mais un moyen de déterminer le temps légal qui était le seul moyen à la disposition d’une communauté illettrée qui ne sait ni écrire ni calculer, et c’est son illettrisme qui est la cause de l’ordre d’adopter la constatation visuelle conformément au texte prophétique, la source de la prescription, qu’est ce qui empêcherait juridiquement l’adoption du calcul astronomique catégorique qui nous permet de connaître préalablement le début du nouveau mois. Aucun nuage ni brume ne pourrait voiler une science si ce n’est la brume qui couvre la raison.

La raison pour laquelle les anciens ont réfuté la prise en compte du calcul astronomique

De toute évidence, les jurisconsultes et commentateurs du hadith réfutent le fait de se fier au calcul astronomique pour déterminer les débuts et les fins des mois lunaires pour le jeûne et la rupture du jeûne. Ils affirment que la législation nous a pas astreint, pour connaître les temps légaux du jeûne et des actes cultuels, à la connaissance du calcul ni de l’écriture. La législation a lié la prescription à des signes clairs connus aussi bien de ceux qui savent écrire et calculer que des autres C’est ce que nous avons relaté d’après al-‘Ini, al-Qastellani, Ibn Battal, as-Sindi et autres. L’objectif étant la possibilité d’appliquer la législation de tout temps et en tout lieu.

Mais il est bon de relater leurs justifications de ce refus afin d’en définir la cause et le fondement, ce qui prouvera que cette cause est liée au contexte du passé et ne s’applique pas à ce qu’est devenu le calcul astronomique de nos jours.

En effet, Ibn Hajar relate d’après Ibn Baziza que la prise en compte du calcul «  est un avis invalide. En effet, la législation a interdit le fait de s’adonner à l’astrologie car il s’agit de conjecture et d’approximation ne contenant aucune certitude. De plus, ses résultats sont différents d’un astrologue à l’autre, ce qui aboutira à la divergence et à la dispute entre les astreints (les personnes responsables) »

Dans son commentaire du « mouwatta », az-Zorqani relate les propos suivants d’an-Nawawi : « Ne pas se fier au calcul des astrologues car il s’agit de conjecture et d’approximation. On ne prend en compte que ce qui permet d’identifier la direction de la qibla et les temps légaux » C’est-à-dire que le calcul est pris en compte uniquement pour les temps légaux de la Prière.

Ibn Battal cite ce qui confirme cela. Il dit : « Ce hadith (c’est-à-dire, le hadith : « Nous n’écrivons pas et nous ne calculons pas ») abroge la prise en compte des astres en recourant aux lois de correction. On ne peut se fier qu’à la constatation visuelle des nouvelles lunes. Nous pouvons recourir au calcul en ce qui concerne les choses évidentes ou presque évidentes. Mais, concernant les choses cachées  qu’on ne peut connaître que par conjecture et par dévoilement des choses invisibles, on nous l’a interdit »

Ibn Taymiya dit en justifiant l’interdiction de recourir au calcul : « Dieu n’a pas accordé à la naissance de la lune un calcul exacte. Ils ne déterminent son évolution que par correction pour concorder avec le calcul. Mais ceci n’est pas absolu, mais approximatif »

Il dit dans un autre endroit : « ceci est l’une des raisons qui implique la non application de l’écriture et du calcul en ce qui concerne les nouvelles lunes » Il a confirmé cela à plusieurs endroits dans le chapitre consacré à ce sujet.

Ceci dit, il semblerait d’après les dires d’Ibn Taymiya, qu’il considère que le fait de se fier au calcul pour déterminer les débuts des mois lunaire est l’œuvre des mages et des astrologues qui lient les évènements qui se produisent sur terre et les sorts à l’évolution des astres et à leurs conjonctions. En effet, il dit à la fin du long chapitre consacré à ce sujet : « Emettre un avis fondé sur les astres est invalide rationnellement et interdit juridiquement, car l’évolution de l’astre – même si elle a un effet – n’est pas indépendante. Au contraire, l’influence des Esprits et des Anges est plus grande que son influence, de même que les corps naturels qui se trouvent sur terre … » Puis, il dit : « Le mage englobe l’astrologue et autre, textuellement ou pas le sens. Or, le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, dit : «  Celui qui a tiré une quelque connaissance de l’astrologie a emprunté l’une des voies de la sorcellerie. » Ainsi, se manifeste l’interdiction de tirer une connaissance des astres. Et nous avons indiqué que cela est rationnellement impossible d’une manière générale. D’ailleurs, les plus habiles parmi les astrologues approuvent ceci. Il est alors clair pour eux que leur avis concernant la vision de la nouvelle et l’influence des astres sur les évènements et les chances ne peut être vérifié avec précision conformément aux preuves rationnelles, et ceci est interdit conformément aux preuves juridiques. »

Ibn Taymiya a fait preuve d’une extrême fermeté à l’égard de quiconque qui serait pour le calcul astronomique en le discréditant sévèrement. Il dit : « Quiconque écrit ou calcule ne fait pas partie de cette communauté concernant ce sujet. Au contraire, il aura suivi une autre voie que celle des croyants »

Mon avis à ce sujet

D’après tout ce qui a été exposé précédemment, les quatre points suivants se manifestent d’une manière claire :

Premièrement : L’analyse de tous les hadiths prophétiques authentiques relatés à ce sujet et le fait de les lier les uns aux autres – et tous sont au sujet du jeûne et de la rupture du jeûne – mettent en évidence la raison pour laquelle le Messager de Dieu, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, a ordonné aux musulmans de se fier, pour déterminer le début et la fin du mois et le début du jeûne et sa fin, à la vision de la nouvelle lune. Il précise que cette raison est le fait qu’ils soient une communauté illettrée qui n’écrit pas et ne calcule pas, c’est-à-dire qu’ils n’ont aucune connaissance précise du calcul qui leur permettrait de déterminer le début et la fin du mois, puisque le mois lunaire contient tantôt vingt-neuf jours, tantôt trente.

Cela indique par déduction que si la connaissance du calcul astronomique catégorique que Dieu a établi d’une manière invariante, est acquise, et si cette science nous permet de connaître avec certitude les moments de la naissance de la nouvelle lune pour chaque mois, et à quel moment, après sa naissance, elle devient visible à l’œil nu en absence des mauvaises conditions climatiques qui empêcheraient la vision, à ce moment, rien n’empêche juridiquement la prise en compte de ce calcul pour sortir les musulmans de la problématique liée à l’affirmation de la visibilité de la nouvelle lune et du désordre qui devient honteux, voire ahurissant, dans la mesure où la différence entre certains pays musulman concernant le début du jeûne atteint les trois jours, comme cela s’est produit certaines années.

Deuxièmement : Les premiers jurisconsultes qui ont stipulé l’interdiction de se fier au calcul (qu’ils appelaient : calcul des trajectoires) pour la détermination du mois lunaire, pour le jeûne et la rupture du jeûne, disaient du calcul qu’il était fondé sur la loi de correction qui est une loi incertaine fondée sur la conjecture et l’approximation. Tous se sont basés sur l’état de ce calcul à leur époque. En effet, à leur époque, la science de l’astronomie qui était assimilé à l’astrologie, n’était pas fondée sur une observation précise avec des moyens fiables. Il n’existait pas à l’époque des observatoires équipés de télescopes qui observent les trajectoires des astres et des étoiles et les enregistrent avec une extrême précision, à le seconde près. C’est pourquoi, ils donnaient à cette science le nom de « calcul des trajectoires fondé sur la loi de correction » : En effet, l’astrologue calculait la trajectoire des astres à des temps différents puis apportait une correction en se basant sur la médiane d’entre elles. Il fondait alors son calcul sur celle-ci. C’est là le sens de la loi de correction.

A partir de-là, leur calcul était conjectural et approximatif comme le décrivirent ces jurisconsultes qui réfutèrent le fait de s’y fier, bien que certains d’entre eux, comme l’imam an-Nawawi, autorisa explicitement de se fier à leur calcul pour déterminer la direction de la qibla et les temps légaux des Prières mais pas pour déterminer le début du jeûne, bien que la Prière est, en islam, une question plus importante que le jeûne, supérieure au jeûne dans l’échelle des obligations, selon l’avis consensuel des jurisconsultes.

Nous avons précédemment relaté les propos d’Ibn Battal disant que : « Nous pouvons recourir au calcul en ce qui concerne les choses évidentes ou presque évidentes… » et c’est ce qui qualifie la science de l’astronomie de nos jours qui est parvenue à une extrême précision.

Troisièmement : Les premiers jurisconsultes ont rencontré à leur époque un grave problème, à savoir, la confusion et le lien étroit, dans le passé, entre l’astrologie, la divination et la sorcellerie d’un côté,  et le calcul (dans le sens de l’astronomie) d’un autre côté. Il semblerait qu’un grand nombre parmi les spécialistes du calcul s’adonnait également aux autres choses fortement interdites par la législation. Ainsi, autoriser le calcul présentait deux préjudices :

Le premier : Il est conjectural et approximatif fondé sur la loi de correction comme elle a été définie ultérieurement. Il serait inimaginable de délaisser la constatation visuelle pour ce calcul malgré les confusions qu’il présente.

Le deuxième : et c’est le plus grave : cela poussera les gens à se fier à ces astrologues et charlatans qui ont fait de l’imposture et de l’arnaque des gens leur métier.

Ce deuxième préjudice explique la forte réprobation lancée par Ibn Taymiya contre ceux qui ont recours au calcul, à l’astrologie, pour déterminer la naissance de la nouvelle lune au lieu de la constatation visuelle, les considérant du nombre de ceux qui ont suivi une autre voie que celle des croyants. Pour preuve, il les a explicitement considérés comme des mages et ceux qui lient les évènements qui se produisent sur terre et les sorts à l’évolution des astres et à leurs conjonctions, c’est d’ailleurs pour cela qu’ils sont appelés « astrologues ». Il a cité pour se justifier le hadith précédent : «  Celui qui a tiré une quelque connaissance de l’astrologie a emprunté l’une des voies de la sorcellerie. »

Il est inimaginable que le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, puisse interdire une science qui dévoile l’ordre de l’univers ainsi que la puissance de Dieu, Sa sagesse et Son omniscience qui se manifestent à travers la création de l’univers selon un ordre précis et imperturbable. Cela s’intègre dans le verset : « Dis : « Regardez ce qui est dans les cieux et sur la terre » » (10 : 101). Ainsi ce hadith ne concerne que le charlatanisme et les choses aberrantes que les astrologues ont mélangées au calcul astronomique, qui, à cette époque, n’avait pas encore atteint la maturité et le niveau de la science et de la fiabilité.

Quatrièmement : A notre époque, l’astronomie dans son sens réel, s’est parfaitement distingué, depuis longtemps, de l’astrologie, du charlatanisme et de la divination, devenant une science fondée sur les observateurs astronomiques dotés d’instruments scientifiques qui servent à observer, mesurer et quantifier les phénomènes présents dans l’univers (observation et mesure des trajectoires des astres situés à des années lumières) d’une manière précise à la milliseconde. C’est à la base de cette science qu’on a établi des stations spatiales orbitales autour de la terre qui accueillent les vaisseaux spatiaux … Peut-on ensuite douter de la précision et l’exactitude de ses calculs ? Comment peut-on comparer cette science aux moyens primitifs et conjecturaux qui existaient du temps de nos prédécesseurs ?!

Par cheikh Mostapha az-Zarqa

Nous vous encourageons à visionner également cette video : Éclaircissement sur le calcul astronomique par Moncef Zenati

10 Commentaires

  1. salam a’leykoum cher Cheikh,

    jazak allah pour cet article de qualité qui cite de nombreuses sources avec preuves. Je n’ai pas suffisamment de science pour ma part pour donner un avis. Seulement j’aimerais soumettre la question suivante qui à mon sens est primordiale:

    L’année passée il s’est produit quelquechose de très étonnant: Le jour où un groupe de personne a décrété le début du Ramadhan pour la France, il était prévisible et prévu que la Lune ne soit visible qu’au large du Venezuela et seulement avec des instruments. En fait, même à l’oeil nu, elle n’était pas observable. Pour ma part, mon coeur n’arrive pas à s’apaiser dans le fait de dire je dois jeûner au dire de cette information, car ma raison ne s’accorde pas avec le fait de faire une adoration si elle n’est pas « entrée » dans son temps à l’endroit où je suis. Exemple, c’est comme si je devais faire salate al maghreb, parcequ’il est l’heure de Maghreb à Mecca ou à Sao Polo, alors que je réside à Paris.

    Pouvez-vous nous éclairez sur ce point?

    Autre point, sur lequel vous centrez votre raisonnement: Le hadith du Prophète (صلى الله عليه و سلم) selon lequel nous sommes une communauté illettrée. Pouvez-vous rappeler la preuve que ce hadith ne concernait que les Musulmans de l’époque? Je n’ai pas la preuve en tête. En quoi cela diffère t’il de notre communauté aujourd’hui? Nous sommes toujours la communauté du Prophète (صلى الله عليه و سلم) ? Nous ne possédons ni de Hubble ni de station spatiale ni d’autres technologies permettant le calcul précis. Par exemple, les astronomes même si ils sont musulmans dépendent de données provenant de sources non musulmanes, ne serait que pour les horloges atomiques qui permettraient le calcul aussi précis soit il.

  2. Salamoualeikoum. L’âge d’or de l’Islam était le moment où on dominait le monde par la science, les sciences….alors oui au calcul si il est effectué et vérifié par des musulmans sincères c’est à dire craignant Dieu swt.
    Nous avons honte d’être qui nous sommes et nos savants se vendents pour la course aux richesses à des nations qui ne nous méritent pas. A quand le GRAND REVEIL DE LA UMMAH? Si le peuple juif gouverne le monde c’est qu’il est uni. nous on se tire dans les pattes! Est-ce que notre Prophète SAAWS mérite celà, lui qui nous a tout donné? N’oublions pas de visiter les cimetières car, la vie terrestre est illusoire…

  3. Aucun nuage ni brume ne pourrait voiler une science si ce n’est la brume qui couvre la raison…
    Arguments scientifique + poétique ça ne peut être que plus convainquant
    إن شاء الله …

  4. salam alaykoum, effectivement afin d’être dans le dialogue il faut traiter le sujet de manière graduelle et donc en amont afin de ne pas retomber dans la cacophonie de l’an passé; Proposé des références et un espace de débat.

  5. Allah (swt) dans le coran appel a la raison l’être humain, quand on entend raison c’est bien sur faire appel a son intelligence , dans le cas du calcul astronomique c’est bien sur une avancée par rapport l’époque du prophète (pbsl) ou le calcul et la science en général était rare. L’âge d’or de l’islam est due aux savants musulmans qui ont excellé dans les différents domaines et l’on propagée à travers l’Europe et aujourd’hui en 2014 on se pose encore ce genre de question! Arrêtons et unissons nous dans ce qui est le plus simple pour les musulmans du monde a savoir la détermination par le calcul, on s’est jamais pose la question pour la prière qui est déterminé par calcul et on perd du temps dans les polémique stériles pour le mois du Ramadan! Pour ceux qui suive le grand royaume d’Arabie qu’il sachent qu’évêque dernier ce sont malheureusement trompé l’année dernière alors faut-il
    Encore combien d’erreur pour ouvrir les yeux ?

  6. Faire abstraction de toutes les avancées scientifiques depuis 15 siècles et se dire « salafs ».
    Les vrais salafs étaient des hommes qui recherchaient la science tout au long de leurs vies.
    Le vrai salaf est quelqu’un qui donne son droit à la science. Le vrai salaf va utiliser une boussole pour déterminer la direction de la qibla. Il va se déplacer en avion pour faire son pèlerinage. Il va utiliser un téléphone portable pour joindre ses amis. Il va utiliser le calcul astronomique pour jeûner et prier. Pourquoi ?? Parce que le vrai salaf place la certitude au dessus de ce qui est douteux.
    À nous d’utiliser le progrès comme il se doit.

  7. Havre De Savoir les seuls à se préoccuper de l’unité des musulmans. Vous êtes les seuls à anticiper le problème 3 mois à l’avance.
    Et on va tout de même vous taxer d’égarés. Baraka Allah oufikoum pour cette traduction de Cheikh Mostapha az zarqa.

  8. C’est tellement évident. Toute l’année on vit avec ce calcul et personne ne s’en soucie mais la veille de Ramadan on veut voir la Lune uniquement à l’oeil nu.
    Il fait faire preuve de bon sens. Rappelez vous l’année dernière les saoudiens ont faillit jeûner 28 jours, ce qui est impossible. Même les saoudiens ont reconnut qu’ils se sont trompés.
    Pour l’unité, et l’exactitude des calculs, il nous faut nous rejoindre derrière le calcul astronomique. C’est le moyen le plus fiable de déterminer le début du mois lunaire.

  9. cet article est clair et objectif.
    l’avancée scientifique en terme de calcul astronomique est telle qu’aujourd’hui les résultats sont vérifiés et vérifiables.
    de plus, la question du calcul astronomique réapparait à l’approche du mois de Ramadan… si le calcul n’est pas recevable par certains pour ce mois alors logiquement ils ne peuvent l’utiliser pour les heures des différentes salat dans la journée.
    soyons honnête avec nous même, le calendrier existe et tous le monde l’utilise alors faites de même pour le jeûne et évitont de diverger comme la dernière fois, soyons unis.
    après la lecture de cet article, il ne peut y avoir des commentaires réactionnaires sur le calcul

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