Le quatrième et dernier fondement de la grandeur des grands hommes est l’ampleur de la réussite du grand réformateur à former une génération de bons leaders capable de maintenir le cap de la prédication et de poursuivre la mise en application de ses principes. Il est donc question de la succession dont dépendent la continuité et la longévité de la prédication. Il s’agit-là d’un sujet d’une extrême importance.

En effet, il ne suffit pour un grand homme de réaliser sa prédication et d’avoir été capable de l’exécuter et d’appliquer ses principes d’une manière effective dans sa vie. Dans ce cas, elle mourra avec sa mort et disparaîtra avec la disparition des individus qui l’ont reçu de lui et qui ont été marqués par lui. La vie de cette prédication sera alors trop courte pour être évoquée dans l’histoire.

Pour affermir et ancrer les fondements de la grandeur, il est indispensable que le grand homme ait préparé, par sa sagesse, son attention et la bonne éducation de ses disciples, une génération qui saisit parfaitement les bases de la prédication, imprégnée de celles-ci, avisée de ses objectifs à long terme et de son étendue, consciente de sa responsabilité de la protéger de toute modification ou de déformation, capable de la diffuser aux générations prochaines, pour que sa vie continue et perdure et pour qu’elle soit utile à l’humanité le plus longtemps possible.

La formation de cette génération de leaders capable d’assumer cette succession est l’élément fondamental de chaque courant réformateur et de toute prédication, et par conséquent, le critère fondamental de la grandeur de chaque grand homme.

A ce sujet, notre Prophète Mohammad (saws) a atteint un degré que nul grand homme parmi les grands hommes de l’histoire ne pourrait approcher. Il a éduqué une génération de leaders hors pairs en considérant les éléments relatifs à l’héritage de la prédication, au sacrifice pour celle-ci et à sa transmission à des générations successives de leaders conscientes de leur responsabilité à son égard.

Le témoignage de la réalité du terrain suffit jusqu’à aujourd’hui pour prouver l’étendue du message de l’islam porté par la première génération formée par le Messager de Dieu (saws), et par les générations successives qui se sont successivement transmis cette responsabilité, parmi les califes gouverneurs et les gouvernés prêts à s’acquitter du devoir de la prédication.

Quiconque lit l’histoire des premiers compagnons et l’effort extraordinaire qu’ils ont fourni pour rassembler et protéger le Coran du temps du calife Abou Bakr, puis du temps de ‘Othman, puis, lit l’effort déployé pour préserver et transmettre le hadith du Messager de Dieu (saws) qui constitue la deuxième source de sa législation, puis pour le compiler, l’enregistrer et l’examiner, en lisant à ce propos les informations et actions les plus merveilleuses; quiconque lit cela sera pris d’étonnement et sera proche de penser que ce qu’il lit relève de l’imaginaire, alors qu’il ne s’agit que de vérités et d’évènements étonnants et ahurissants qui sont le fruit d’ambitions qui fendraient le fer émanant d’un excessif sentiment de responsabilité vis-à-vis de la préservation et la transmission de la religion qu’éprouvaient ses montagnes d’hommes éduqués et formés par les compagnons, parmi la génération des « tabi’ines », puis parmi les suivants, génération après génération, dont on a jamais connu de pareils dans l’histoire des courants idéologiques et philosophiques, des courants réformateurs ou des prophéties.

Les preuves et les exemples de cela sont notoirement connus et nombreux dans ce qu’a enregistré l’histoire musulmane, notamment dans les époques de l’âge d’or et de l’étendue en Orient jusqu’en Chine, en Occident jusqu’à l’océan atlantique, au Nord vers l’Europe et au Sud en Afrique.

Que celui qui le souhaite jette un regard sur les admirables exemples d’actions réalisées par les générations dans la transmission de la civilisation et de la culture islamique qui se distingue par sa nature, puis par l’étendue de l’horizon des sciences universelles. Tout ceci est le fruit de la foi musulmane fondée sur la raison et de la législation musulmane fondée sur la justice.

Par ailleurs, quiconque médite la sira et la Sunna prophétique, constatera que le Messager de Dieu (saws) tenait particulièrement à développer chez ses compagnons deux qualités des plus importantes dont dépend le succès et la continuité de la prédication. La première relève des objectifs, la seconde des moyens :

– Tenir ardemment à guider les autres.

– L’amour du sacrifice pour la prédication.

La première qualité qui est le fait de tenir ardemment à guider les autres : Le Messager de Dieu (saws) orientait ses compagnons vers cette qualité à plusieurs occasions et à travers plusieurs hadiths dont le plus explicite et le plus réputé est celui dans lequel il s’adresse à ‘Ali en disant : « Que Dieu guide par ton biais un seul homme, vaut mieux pour toi qu’un troupeau de chameaux roux »

Les chameaux roux représentaient les biens les plus précieux qu’ils pouvaient acquérir à l’époque. Il s’agit d’une catégorie de chameaux précieux, de race, très beaux et très chers. Cette expression revient à dire : vaux mieux que le bas-monde et ce qu’il contient.

Méditons cette parole : « un seul homme ». Cela indique l’extrême attention portée à l’éducation de l’individu et à son orientation. Cela indique aussi que l’action de guider autrui vers la vérité et le bien n’a pas de prix même si le nombre de ceux qui en bénéficient est peu.

Le hadith réputé du prophète (saws) : « Vous êtes tous des bergers et vous êtes tous responsables de l’objet de votre garde … » est fortement lié à ce sujet.

Le Prophète (saws) a énuméré des catégories de bergers et leurs responsabilités, à leur tête l’imam (au sens du responsable politique) de manière à ce qu’aucun individu appartenant à la société musulmane pourrait se dire : Je n’ai aucune responsabilité qu’envers moi-même, et l’imam est responsable de moi et des autres. Au contraire, en islam, tout individu est en même temps l’objet de garde et responsable. De même que d’autres sont responsables de lui dans certaines choses, il est également responsable d’autrui dans certaines choses. Or, parmi les éléments les plus importants concernant la responsabilité envers autrui figure le fait de le guider vers la vérité et vers le bien, car cette guidance est la base de sa droiture dans toute sa vie.

De là découle la responsabilité du commandement du bien et la prohibition du mal dont l’islam a chargé chaque individu « astreint »[1] (moukallaf) et sur laquelle ont fortement insisté le Coran et le Messager de Dieu (saws).

Quant à la deuxième qualité que le Messager (saws) a tenu à développer chez ses compagnons qui lui succèderont dans la poursuite de la prédication, à savoir l’amour du sacrifice et la préparation au devoir de résistance, elle constitue le bouclier de l’islam et le seul moyen qui garantit la protection de la prédication.

En effet, si la prédication venait à perdre son bouclier protecteur, les ennemis la décimeront. La guidance des gens sera alors interrompue.

C’est dans ce sens que le Coran et les orientations prophétiques ont extrêmement insisté sur le devoir de résistance pour la protection de la prédication faisant de cela l’un des devoirs des musulmans et l’une de leurs responsabilités envers les générations prochaines. Ils leur ont fait aimé ce devoir à travers la promesse des plus grandes récompenses dans l’au-delà, au point que les compagnons souhaitaient tomber martyre en accomplissant leur devoir de résistance, l’un d’eux se considérait malheureux s’il ne l’obtenait pas.

Le Messager de Dieu dit : « Le devoir de résistance est un devoir qui perdure jusqu’au jour de la Résurrection »

Les textes coraniques et prophétiques suggèrent par leur nombre et leur force qu’il s’agit d’un devoir religieux parmi les plus importants après la croyance et que la place réservée aux résistants, notamment pour ceux d’entre eux qui tombent martyres, est la meilleure auprès de Dieu, d’ailleurs le Messager de Dieu (saws), lui-même, implorait Dieu pour qu’Il lui accorde « la vie des bienheureux et les places des martyres ».

Le Prophète (saws) a donc formé une génération de dirigeants parmi les compagnons en ancrant dans leurs âmes l’amour ardent de deux choses principales : la guidance des autres, et la préparation au devoir de résistance dans son sens le plus large. Par ceci s’achève pour Mohammad (saws) le quatrième et le dernier fondement de la grandeur dans sa forme la plus parfaite.

Quelques éléments essentiels dans le processus de la formation de la génération de dirigeants

La formation de la génération de dirigeants à même d’assurer la succession du grand homme pour préserver ce qu’il a construit, mettre en application ce qu’il a planifié et poursuivre et faire prospérer sa prédication après lui n’est pas une mince affaire. Il s’agit de la plus dure et de la plus importante réalisation des grands hommes, et c’est en fonction de celle-ci que se distinguent les degrés de la grandeur.

La formation d’une telle génération nécessite une clairvoyance, une sagesse, une fine connaissance des natures humaines et des comportements humains et une parfaite analyse des positions, des situations et des occasions éducatives. Cela nécessite également une forte perspicacité dans l’analyse des caractères des individus et la connaissance des prédispositions et de la réceptivité de chacun d’eux, puis une force de persuasion car la conviction profonde est la base de la fidélité sincère aux principes et aux idées, de la prédisposition à les défendre avec sincérité et dévouement et des sacrifices pour les réaliser. Le Messager de Dieu (saws) a été doté de toutes ces qualités réunies, ce qui ne se trouve chez aucun autre que lui.

Trois choses d’une extrême importance se manifestent dans la voie de l’éducation :

1-    L’attention particulière à la formation de l’individu et ne pas se contenter de l’orientation collective et populaire. En effet, il est établi que l’éducation constructive et constamment productive dans la formation de la génération saine est celle qui éduque les individus, un par un, car si l’individu croît d’une manière saine, consciente suivant la bonne direction, il sera le noyau qui garantira une production saine et aura, dans les différentes occasions, une forte influence dans sa famille, au sein de ses camarades qui le côtoient et dans ses relations ordinaires. La bonté des grands groupes est en fonction de la bonté des individus qui les composent, et inversement, à l’instar de l’édifice, il tire sa force de celle de ses fondations et de ses pierres pas de sa belle forme apparente ou de sa belle architecture extérieure.

2-    Bien saisir les occasions éducatives et les moments adéquats pendant lesquels l’orientation, l’exhortation et la conscientisation sont les plus efficaces et durant lesquels la réceptivité est la plus grande. Il y a une très grande différence entre le fait d’arroser une pierre qui ne laisse pas pénétrer l’eau et ne l’absorbe pas et le fait de verser cette eau sur une terre assoiffée qui l’absorbera avec avidité et s’humidifiera sous son effet. C’est-là l’exemple de l’éducation ou de l’orientation dispensée pendant les occasions et les situations adéquates à la réception et à l’acceptation et celle dispensée à des moments inopportuns.

Ces deux choses, c’est-à-dire, l’attention portée à l’individu et la saisi des meilleures occasions pour la conscientisation, font partie de ce que peut constater toute personne qui étudie la méthodologie du Messager de Dieu (saws) dans l’orientation et l’éducation. Les illustrations de cela sont exhaustives dans la Sira et dans la Sunna prophétiques, en voici un exemple : Le Prophète (saws) vit un jour un homme mendier dans la mosquée alors qu’il avait l’air capable de travailler. Il lui demanda alors qu’est-ce qu’il avait chez lui. Cet homme ne possédait qu’un tapis qu’il étendait pour dormir (lui et sa famille) et qui servait également de couverture, ainsi qu’une tasse en bois. Le Prophète (saws) lui demanda de les amener. Il les vendit aux enchères contre deux dirhams. Il lui ordonna d’utiliser un dirham pour acheter de quoi nourrir sa famille, d’utiliser l’autre dirham pour s’acheter une herminette pour ramasser du bois et de revenir le voir dans quinze jours. Lorsque l’homme revint, il avait épargné quinze dirhams en plus de ses besoins et des besoins de sa famille. A ce moment (et pas avant), le Prophète (saws) lui donna une leçon bénéfique et profonde en lui disant : « Cela vaut mieux que de venir, le Jour de la Résurrection, marqué d’un point noir sur ton visage à cause de la mendicité »

3-    Orienter vers la persévérance et la régularité dans l’accomplissement du devoir et de toute action nécessaire et constructive. On n’entend pas par-là l’accoutumance lourde et pénible, mais l’ininterruption, car le travail continu, même s’il est minime, est continuellement productif, contrairement à l’action réalisée sous une impulsion et un excès d’enthousiasme qui ne peut perdurer, son résultat inéluctable sera l’interruption et la disparition. C’est dans ce sens que le Messager de Dieu (saws) dit : « L’action la plus aimée de Dieu est celle qui dure même si elle est minime ». En effet, la persévérance fait en sorte que le petit devient de plus en plus grand, à l’instar des montagnes composées de grains de sable, ou des mers composées de gouttes d’eau.

Ceci dit, il y a environ un an[2], le monde a connu un livre écrit par un savant américain du nom de Michael Hart dans le quel il a établi la liste des cent personnalités qui ont eu le plus d’influence dans l’histoire. Il les a classés selon le niveau qu’a atteint chacun d’eux en fonction de la norme de la grandeur qu’il s’est fixé. Il a écrit pour chacun un résumé mettant en évidence l’aspect de sa grandeur et la raison pour laquelle il l’a mis à cette place.

L’auteur a mis le nom de Mohammad (saws) à la tête de la liste des cents en le considérant comme la personnalité la plus influente de l’histoire de l’humanité.

Le livre indique l’étendue de la connaissance de l’auteur et la finesse de son analyse d’une manière qui suscite l’étonnement et l’admiration.

Mais ce que l’auteur précité a fait est autre que l’objectif de notre étude. En effet, comme il le déclare lui-même, il n’a pas fait des réalisations de ces cent personnalités et de leurs perfections personnelles des critères de leurs grandeurs. Il n’a pas voulu aborder ce genre d’évaluation pour sa difficulté et sa complexité. Il s’est contenté de considérer le degré d’influence de la personnalité sur le monde, peu importe si ce qu’elle a apporté est bon ou mauvais en réalité.

De ce côté, tous les critères de la grandeur s’appliquent à Mohammad (saws), il est en cela le plus grand parmi les grands hommes.

A travers cette étude, nous avons voulu aborder la question de la grandeur dans ses critères propres et non pas seulement en fonction de l’influence du grand homme. Nous avons voulu estimer les éléments de cette grandeur selon les véritables normes de la vie humaine idéale qui ne connaît ni déviance ni calamités, pour que ces critères soient un exemple à suivre pour atteindre la perfection humaine et connaître une vie saine et bénéfique. C’est dans ce sens que nous avons conclu tous les critères de la grandeur, éparpillés et dispersés chez les grands hommes, se réunissent tous en la personne de notre Prophète Mohammad (saws). Sa grandeur a été l’aboutissement de toutes les grandeurs au niveau de l’histoire, même en faisant abstraction de sa qualité de Prophète que Dieu lui a conféré et par laquelle Il l’a soutenu selon la croyance des musulmans.

En effet, les grands hommes de l’histoire se distinguent généralement dans un ou deux domaines de la grandeur. L’un des conquérants peut se distinguer par ses conquêtes, un courageux par son courage, un inventeur par le génie de ses inventions, un savant par l’étendue de sa science, un généreux par son extrême charité et bonté, un orateur par sa spontanéité et son éloquence … et ainsi de suite.

Un grand nombre des ces grands hommes peut faire preuve d’excès dans le domaine dans lequel ils se sont distingués ; un excès provoquant une décadence et un gâchis. Ou peut-être seront-ils défaillants et mauvais dans les autres domaines qui ne font pas leur réputation : ainsi, l’orateur éloquent est lâche et avare, le brave conquérant est corrupteur, despote, portant atteinte à la vie, aux biens et à l’honneur des gens, mais une qualité a brillé en lui provoquant sa réputation et a caché ses défauts et en a détourné les regards.

En revanche, être un grand homme dans la bravoure, un grand homme dans la guerre, un grand homme dans la paix, un grand homme dans la justice, un grand homme dans la sincérité, un grand homme dans la réflexion, la fermeté, la sagesse et la bonne gestion, un grand homme dans la morale personnelle intérieurement et extérieurement, discrètement et ouvertement, un grand homme dans la science, un grand homme dans la charité, l’ascétisme, le désintéressement, le dévouement, l’altruisme et l’amour du bien pour l’autre, un grand homme dans la connaissance des maux et des remèdes de la vie, un grand homme dans l’éloquence, un grand homme dans le domaine de la législation et de la juridiction … et dans les autres domaines de la grandeur, de manière à être le jeune homme modèle depuis sa jeunesse, le digne de confiance modèle, le commerçant modèle, l’ami modèle, le mari modèle, le père modèle, le dirigeant modèle, le combattant modèle, l’éducateur modèle … une telle grandeur globale dépasse les rangs de tous les grands !! C’est la grandeur de Mohammad (saws), l’ultime Prophète et « Dieu sait mieux où placer Son message » (6 : 124)

Cheikh Mostapha az-Zarqa,
Traduit par Moncef Zenati

 

Les autres articles de la série :

1)    La grandeur de Mohammad (saws), l’ultime prophète : http://www.havredesavoir.fr/la-grandeur-de-mohammad-saws-lultime-prophete/

2)    Le deuxième fondement de la grandeur de Mohammad (saws) http://www.havredesavoir.fr/le-deuxieme-fondement-de-la-grandeur-de-mohammad-saws/

3)     Le troisième fondement de la grandeur de Mohammad (saws) : http://www.havredesavoir.fr/le-troisieme-fondement-de-la-grandeur-de-mohammad-saws/

4)     Quatrième fondement de la grandeur du Prophète (saws) http://www.havredesavoir.fr/quatrieme-fondement-de-la-grandeur-du-prophete-saws/


[1] – tout musulman pubère jouissant de ses capacités mentales.

[2] – en 1992

1 commentaire

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