Triste anniversaire que celui de la mort de Rachel Corrie, tuée volontairement écrasée par un bulldozer israélien le 16 mars 2003 alors qu’elle tentait d’empêcher la destruction de maisons palestiniennes dans la bande de Gaza.

Le lourd climat de la seconde Intifada

Depuis le début de la seconde intifada en décembre 2000, les palestiniens de Gaza vivent sous le joug des bombardements, des arrestations et des intimidations de l’armée israélienne.

C’est dans ce contexte d’oppression qu’un groupe de volontaires américains et britanniques membres du Mouvement de solidarité internationale (ISM), décident d’apporter son soutien aux gazaouis en jouant les boucliers humains entre palestiniens et armée israélienne.

Pourtant conscients des risques encourus, les volontaires se savent protégés par leur statut d’internationaux, et comptent sur cette immunité pour protéger le peuple palestinien.

Rachel Corrie va vivre plusieurs semaines le quotidien des habitants de Rafah. Elle raconte ce qu’ils vivent dans un e-mail adressé à sa mère :  « J’ai très peur pour les gens ici. Hier, j’ai vu un père emmener ses deux petits enfants, qui lui tenaient la main, à portée de portée des tanks, des snipers, des bulldozers et des jeeps parce qu’il pensait que sa maison allait exploser. Jenny et moi sommes restées dans la maison avec plusieurs autres femmes et deux petits bébés. (…) J’étais terrifiée à l’idée de penser que cet homme trouvait moins risqué de marcher à portée des viseurs des tanks avec ses enfants que de rester chez lui. J’ai vraiment eu peur qu’ils soient tous abattus et j’ai essayé de rester postée entre eux et le tank ».

Symbole du militantisme international

Le 16 mars 2003, alors seulement âgée 23 ans, elle intervient une nouvelle fois pour empêcher la démolition de la maison d’un médecin palestinien à Rafah (Gaza). Après avoir tenu tête au bulldozer plus de deux heures, le conducteur n’arrête plus son engin et lui passe sur le corps. Elle décèdera quelques heures plus tard à l’hôpital des suites de ses blessures.

Rachel Corrie devient alors la première volontaire étrangère à être tuée par l’armée israélienne dans la bande de Gaza, et devient donc pour les Palestiniens comme pour le reste du monde militant un symbole de la mobilisation internationale en faveur des Palestiniens.

Le procès : la double peine de la famille Corrie

Aux termes d’une enquête, l’armée israélienne a défini que Rachel Corrie a été tuée « alors qu’elle perturbait les opérations menées sur le terrain par des bulldozers » militaires. « Corrie n’a pas été tuée parce que le bulldozer l’a écrasée ou du fait de l’action de cet engin, mais parce que des amas de terre et des matériaux de construction poussés par le bulldozer l’ont ensevelie », affirmait le rapport d’enquête de l’armée israélienne.

L’armée a aussi accusé Rachel Corrie et les autres militants d’ISM d’avoir contribué à la mort de Rachel « par leur comportement illégal et irresponsable ». Le procureur général militaire a fermé le dossier dès 2003 et aucune mesure disciplinaire n’a été prise.

Face à cette décision les parents de Rachel ont déposé en mars 2010, une plainte contre l’état d’Israël et le ministère de la défense, demandant un dédommagement symbolique d’un dollar. La responsabilité de l’armée fut dégagée et la plainte fut refusée lors d’un jugement en première instance et en appel.

Les parents de Rachel déclareront dans une lettre adressée aux médias : « Nous avons élevé tous nos enfants pour qu’ils soient sensibles à la beauté de la communauté tout entière et de la famille et nous sommes fiers que Rachel ait été capable de vivre ses convictions. Rachel était pleine d’amour et du sens du devoir qu’elle éprouvait pour ses semblables, peu importe le pays où ils vivent. Elle a donné sa vie en essayant de protéger ceux qui ne peuvent pas se protéger eux-mêmes. »

Sa disparition se doit d’être un rappel quand à notre implication et notre engagement dans la lutte contre l’injustice subie par le peuple Palestinien. Elle prouve également que la lutte pour la défense des palestiniens n’a ni couleur ni religion, et que cette lutte est avant tout une lutte humaine et juste.

 

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