Niqab

Dans un des états du golfe, j’ai lu un petit livre dans lequel l’auteur déclare :

« La fornication et l’adultère sont interdits en islam, ce sont des grands péchés. Le dévoilement du visage l’est aussi puisqu’il peut entrainer de tels péchés ! »

Je me suis dit : l’Islam impose à la femme de se découvrir le visage pendant le hajj et il en a fait la règle pour toutes les prières. Ce dévoilement du visage, pendant l’accomplissement de deux piliers parmi ses piliers, éveillerait-il les instincts et favoriserait-il la fornication ? C’est là un raisonnement bien égaré !

Le Prophète (saws), voyait le visage des femmes pendant le pèlerinage et lors des rassemblements dans la mosquée et dans les marchés ; jamais, selon ce qui a été relaté de lui, il n’a ordonné de les couvrir. Seriez-vous plus vigilant qu’Allah et son messager sur l’application des règles de la religion et de l’honneur ?

Revenons vers le livre d’Allah afin d’éclaircir cette question.

1-   Si les visages des femmes devaient être couverts, pourquoi les croyants devaient-ils baisser les yeux comme l’a prescrit le noble verset : « Dis aux croyants de baisser leurs regards yeux et de préserver leur chasteté. Cela est plus pur pour eux. » (24 :30)

Baisseraient-ils les yeux face au voile et au dos ? L’abaissement des yeux n’a de sens qu’en regardant naturellement les visages, et peut-être l’homme aurait-il regardé ce qu’il lui plait d’une femme, auquel cas, il devra s’abstenir de la regarder encore comme l’a recommandé le Messager d’Allah (saws) à Ali qu’Allah l’agrée : « Ô Ali ne fais pas suivre le regard d’un autre regard, car le premier est pour toi mais pas le deuxième ».

2-   Le Prophète (saws) conseille à celui qui éprouve un désir suite à un regard involontaire, s’il est marié de se contenter de ce qu’il a, comme le rapporte Jabir du Messager (saws) : « Si l’un d’entre vous regarde une femme et qu’elle lui plaise, il se doit d’aller chez lui et de trouver son épouse cela apaisera son désir ». S’il n’est pas marié, il doit méditer le verset : « Et que ceux qui n’ont pas de quoi se marier cherchent à rester chaste jusqu’à ce qu’Allah les enrichisses par sa grâce ». (24 :33)

Le Qadi ‘Iyad rapporte d’après les oulamas de son époque, comme le relate ash-Shaoukani, que la femme n’était pas tenue de se couvrir le visage en marchant sur la route et que les hommes devaient baisser le regard conformément à l’ordre d’Allah.

3-   Pendant l’une des fêtes de l’Aïd, le Prophète (saws), exhorta les femmes – sachant que le lieu de la prière de l’Aïd rassemblait les hommes et les femmes selon l’ordre du Messager de Dieu – en leur disant : « Soyez charitable, faites l’aumône, car la plupart d’entre vous (les femmes) seront le combustible de l’Enfer ».

Alors une femme aux joues entre brunies et rougeâtres, assise au milieu des femmes lui dit : « pourquoi serions-nous ainsi ? » il lui dit : « Parce que vous exagérez en vous plaignant et que vous n’êtes pas reconnaissantes envers vos époux ».

Le Messager d’Allah (saws) veut dire que beaucoup de femmes renient le droit de leurs époux, nient les efforts qu’ils fournissent dans le foyer ; elles sont ingrates, et ne font que se plaindre !

Le narrateur du hadith, dit alors : « Les femmes se mirent alors à donner leurs bijoux en aumône. Elles lancèrent leurs bagues et leurs boucles d’oreilles dans le vêtement de Bilal… »

Comment le narrateur savait-il que la femme avait les joues entre brunies et rougeâtres ? C’est parce qu’elle avait le visage découvert.

Dans une autre version, il dit « Je voyais les femmes alors que leurs mains lançaient les bijoux dans le vêtement de Bilal … »

Donc, il est évident que ni le visage, ni les mains ne font partie de la nudité « A’wra ».

4-   Certaines personnes considèrent que l’ordre de découvrir le visage et les mains pour les rites du pèlerinage et pour la prière implique qu’en dehors de cela, le visage doit être couvert, et que la femme doit porter le niqab et les gants.

Nous disons alors : Est-ce qui si Allah ordonne aux pèlerins (hommes) de se découvrir la tête en état de sacralisation, cela voudrait dire que leurs têtes doivent être obligatoirement couvertes en dehors de l’état de sacralisation ? ! Qui a dit cela ? Que celui qui veuille se couvrir la tête le fasse et que celui qui veuille la découvrir le fasse également…

5-   Sahl ibn Saad, qu’Allah l’agrée, rapporte qu’une femme est allée trouver le Messager de Dieu (saws), et lui a dit : « Ô Messager d’Allah, je suis venue te proposer de me prendre comme épouse » Alors le Messager d’Allah, la scruta du regard puis baissa la tête sans rien dire. Lorsqu’elle s’aperçut qu’il n’avait rien décidé à propos d’elle, elle s’assit… »

Selon une autre version : un compagnon l’a demanda en mariage, mais il n’avait pas de dot à lui offrir ; le Prophète (saws) lui dit alors « Trouve ne serait-ce qu’une bague en acier ! ». L’histoire se termina par le mariage.

Cependant, la question est de savoir ce que le Messager d’Allah a scruté si cette femme portait le niqab ?!

6-   D’après Ibn ‘Abbas, Al-Fadl se trouvait derrière le Messager d’Allah (saws) sur sa monture, lorsqu’une femme de la tribu de Khath’am vint le voir pour lui poser des questions ; Al-Fadl se mit à la regarder et elle le regardait également. Le Messager d’Allah détourna le visage d’Al-Fadl de l’autre côté … Elle dit « Ô Messager d’Allah, le pèlerinage est une obligation que Dieu a prescrit à Ses serviteurs. Or, Mon père est un vieillard qui ne tient plus sur sa monture, puis-je accomplir le Hajj à sa place ? » Le Messager d’Allah (saws) lui dit : « oui ! »

Cela s’est passé lors du Pèlerinage d’Adieu, c’est à dire qu’aucun hadith n’est venu l’abroger.

7-    De même, Aïcha dit : « Des femmes croyantes assistaient à la Prière du fajr avec le Prophète (saws) ; elles étaient couvertes de leurs voiles – sorte de haïk qui recouvrait leurs corps –  puis elles rentraient chez elles après la Prière. Il faisait tellement sombre qu’on ne les reconnaissait pas. » C’est-à dire qu’on aurait pu les reconnaitre s’il aurait fait jour, puisqu’elles avaient le visage découvert.

8-    Quant au verset : « Qu’elles rabattent leurs voiles sur leur poitrine » (24 :31), il mérite réflexion puisque si Allah voulait que les visages soient couverts, Il aurait dit : « Qu’elles rabattent leurs voiles sur leurs visages » puisque que le fait de couvrir le visage serait la norme de la société musulmane et étant donné l’importance qu’on accorde au niqab … En application pratique de cette compréhension, les femmes se seraient trouvées obligées de fabriquer d’autres voiles pour couvrir la moitié inférieure du visage, puisqu’elles auraient du mal à marcher si elles devaient se couvrir entièrement le visage ! A partir de là, nous constatons que le verset ne constitue guère un texte stipulant le recouvrement des visages !

Sans doute, certaines femmes en période préislamique (jahiliya) et même plus tard avec l’avènement de l’islam, couvraient parfois leurs visages à l’exception des yeux. Mais cette action relève des habitudes et non pas des actes d’adoration, or, nulle adoration ne peut être instaurée que par un texte légal.

9-    Ce récit prouve ce que nous évoquions : Une femme du nom de « Oum Khallad » vint  trouver le Prophète (saws) alors qu’elle portait le niqab pour demander des nouvelles de son fils tué pendant une expédition. Certains compagnons du Prophète lui dirent : « Tu viens demander des nouvelles de ton fils alors que tu portes le niqab ? » Cette femme vertueuse dit alors : « Si je perds mon fils, je ne perdrai pas ma pudeur ! »

L’étonnement des compagnons du Prophète en voyant cette femme porter le niqab prouve que le port du niqab ne constituait pas un acte d’adoration.

10-   Certains diront : Ce qui est rapporté d’après ‘Aïcha (raw) confirme que le niqab est une coutume musulmane. En effet, elle dit: « Les gens au dos de leurs montures passaient près de nous alors que nous étions en état de sacralisation. Lorsqu’ils s’approchaient, chacune d’entre nous rabaissait son voile qu’elle portait sur la tâte sur le visage. Lorsqu’ils nous dépassaient, nous dévoilions le visage ». Nous répondons alors que ce hadith est faible « da’if » d’un point de vue de de la chaîne de transmetteurs,  marginal « shadh » d’un point de vue de l’énoncé, il ne peut donc servir d’argument.

Ce qui est cependant étonnant est que ce hadith réfuté est répandu et propagé par les défendeurs du niqab alors qu’ils réfutent un hadith qui a plus de valeur que ce dernier, à savoir, le hadith relaté par ‘Aïcha (raw) qui affirme qu’un jour Asma bint Abou Bakr entra chez le Prophète (saws) en portant des vêtements très fins. Il se détourna d’elle et dit : « Ô Asma ! Lorsque la femme atteint l’âge d’avoir ses règles, il n’est pas bon de laisser apparaître que ceci » Et il désigna le visage et les mains ».

Nous savons que ce dernier hadith est « détaché » (mursal), mais il est renforcé par d’autres voies, et il est plus fort que le hadith précédent.

11-   Un autre argument plus explicite encore relatif au dévoilement licite (du visage et des mains) : Muslim nous rapporte que Soubay’a bint Al-Harith, fut en période de veuvage suite au décès de son mari alors qu’elle était enceinte. Quelques jours plus tard elle accoucha. Elle se prépara et se fit belle pour accueillir les prétendants au mariage. Abou as-Sanabil, l’un des compagnons du Prophète (BDSL), entra chez elle et lui dit : « Pourquoi t’es-tu faite belle ? peut-être veux-tu te marier ! Par Dieu tu ne pourras te marier qu’après quatre mois et dix jours ! » Soubay’a dit : « Lorsque le soir arriva, j’allai voir le Messager d’Allah (saws) et lui posa la question. Il me répondit que mon délai de viduité prit fin avec mon accouchement. Il me dit de me marier si je le souhaitait … »

Cette femme avait du khôl aux yeux et du henné aux mains. De plus, Abou as-Sanabil n’était pas un « mahram » pour cette femme pouvant, en raison du lien de parenté qui les unit, constater sa beauté. Ainsi, tous les indices mettent en évidence un environnement dans lequel le dévoilement du visage et des mains étaient répandu.

Ceci se produisit après le dernier Pèlerinage d’Adieu du Messager d’Allah (saws), ce qui exclue toute abrogation de loi…

Je sais que certains réprouvent ce que je dis ici. En effet, certains qui parlent d’islam sont plus pessimistes qu’Ibn Roumi ! Ils ne conçoivent la morale dans ce monde et dans l’autre qu’en multipliant les barrages et les obstacles contre les instincts sexuels…

Et Allah sait que, malgré mes convictions, je n’aime pas les conflits entre savants ni la singularité des opinions. J’aime évoluer avec l’ensemble des savants et je renonce volontiers à mon point de vue pour préserver l’unité de la nation…

Mais, mon avis serait-il singulier ?

Et bien non ! Pas du tout ! C’est également l’avis des quatre grands imams, ainsi que celui des imams illustres de l’exégèse du Coran.

Ceux qui font tout ce tapage sur le dévoilement du visage adoptent un avis marginal et se comportent avec les questions relatives à la femme d’une manière qui ébranle l’essence spirituelle, culturelle et sociale d’une nation rongée par l’ignorance et la distorsion depuis qu’elle a condamnée la femme à une mort morale et intellectuelle.

Plusieurs savants appartenant aux quatre écoles considèrent que le visage de la femme ne fait pas partie de la nudité « ‘awra ». Je cite ici des passages appartenant aux grands exégètes parmi les adeptes de ces écoles.

Abou Bakr Al-Jassas, qui est hanafite, dit à propos de l’exégèse du verset : « Et dis aux croyantes de baisser de leurs regards, de garder leur chasteté et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît …» (24 :31) : « Nos compagnons (c’est à dire les savants de l’école) disent : Le sens est : le visage et les mains, car le khôl est l’ornement du visage le henné et les bagues sont l’ornement des mains. S’il est permit de voir l’ornement du visage et des mains, cela implique à fortiori la permission de regarder le visage et les mains ».

Al-Qurtubi, qui est malikite, dit : « Puisque le visage et les mains sont dans la plupart des cas dévoilés habituellement et cultuellement pour la Prière et le Pèlerinage, il convient parfaitement que l’exception concerne le visage et les mains… »

Al-Khaazin, qui est shafi’ite, dit en commentant le verset : « Sa’id ibn Joubeïr, ad-Dahhak et al-Awza’i disent : Il s’agit du visage et des mains »

Ibn Kathir, qui est salafi, dit : « Il est probable qu’Ibn ‘Abbas et ceux qui partagent son avis expliquent « que ce qui en paraît » par le visage et les mais, et ceci est l’avis réputé chez la majorité des savants … »

Ibn Qudama dit dans le « Mughni », qui est une source du droit hanbalite: « Tout le corps de la femme fait partie de sa nudité « ‘awra » à l’exception de son visage. Deux avis existent concernant les mains »

Nous concluons par l’avis d’Ibn Jarir at-Tabari dans son illustre exégèse : « Le plus juste parmi les avis est que l’exception visée par le verset désigne le visage et les mains, y compris le Khôl, les bagues, les bracelets et le henné… Nous disons qu’il s’agit de l’avis le plus fort, car selon l’avis consensuel des savants, chaque prieur doit couvrir la nudité « ‘awra » pendant la Prière. Quant à la femme, elle doit découvrir le visage et les mains pendant la Prière et couvrir le reste de son corps, et ce qui ne fait pas partie de sa nudité « ‘awra », il n’est pas interdit de le faire apparaitre … »

Par ailleurs, l’école Hanafite inclue le dévoilement des pieds avec le visage et les mains, pour éviter toute gène …

Extrait « La tradition du Prophète : entre les gens du fiqh et les gens du hadith » de Mohammed al-Ghazali (traduction par Havre de Savoir)

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Votre Nom