Arrivé un peu avant le début de la conférence qu’il doit donner, Tariq Ramadan semble écouter, aurais-je dû dire, méditer, les mots du frère Abdallah. Ce dernier présente l’association El Ouadjib oeuvrant dans l’accompagnement des musulmans autour de la question du deuil…Et puis…

« Si on commençait par la fin » voici l’idée que semble défendre Tariq Ramadan. L’écoute d’Abdallah a confronté l’assemblée à cette question de la mort y compris le conférencier. A ce sujet, il entame sa conférence en disant «  la rencontre avec certitude de notre vie est la mort ».

« Qu’as-tu fait de ta vie ? »

Pourquoi commencer une conférence traitant du savoir en abordant cette question à laquelle chaque être humain sera confronté avec certitude ?

Pour Tariq Ramadan, « la mort est le dévoilement de la vie ». Qu’il s’agisse de rendre des comptes à travers elle ou de terminer la vie qui, pour des philosophes tels que Diderot, Camus ou Heidegger n’a pas de valeur, c’est bien la connaissance de la mort qui donne sens à la compréhension de la vie.

Alors la question est « qu’as-tu fait de ta vie ? ». Cette question est alors posée comme le leit motiv de chaque musulman. Ainsi se pose la question de l’engagement, pour l’auteur, l’engagement passe par l’idée selon laquelle la certitude de la mort constitue le savoir fondamental. Celui qui sait avec certitude qu’il devra rendre des comptes à son créateur doit alors s’engager pour lui plaire.

La connaissance le remède du cœur

Pour lui, « quand on vient à soi par la fin tout change ». En effet, en venant à la vie par la mort, c’est précisément la mort qui donnera un sens à la vie.

Alors, pour tenter de répondre à la question qu’as-tu fait de ta vie ? Tariq Ramadan nous demande poétiquement «  quelle est la pluie qui fait vivre ton cœur ? ».  Puis à la lumière des enseignements de notre prophète (PBSL) il s’agit de dire, « meurt le cœur qui oublie » (le Coran) « se réveille et vit le cœur qui le porte ».  Le cœur pourrait alors, selon lui, mourir de la négligence du Coran, il s’agit de la mort spirituelle. Le remède pour pallier à cette mort spirituelle serait  la connaissance.

D’une religion de l’irrationnel à une religion raisonnable

La connaissance se caractérise par plusieurs aspects. Il existe des niveaux de connaissance liés à la qualité ou à la diversité de celle-ci. Pour Tariq Ramadan et selon la tradition musulmane, il est important d’amplifier et d’approfondir la connaissance. Ce double mouvement d’approfondissement et d’amplification est lié de façon irrévocable à la question du sens. En effet, il s’agit pour intégrer la règle d’en comprendre le sens. Le parallèle est alors établi à l’approche du ramadan. Ce mois saint se caractérise par une multitude de règles auxquelles le musulman doit se soumettre. Ces règles sont immuables néanmoins elles nécessitent une compréhension claire. Une règle n’a de valeur que par la finalité qui lui donne du sens. Jeûner sans intégrer le sens de ce jeûne place le jeûneur face à une sensation de faim et de soif…uniquement.  Selon l’auteur, il s’agit pour le musulman «  de lier les règles qu’il applique au sens qui suit ».  On parle alors d’un passage d’une religion de l’irrationnel à une religion raisonnable. Ainsi, notre communauté pourra sortir de ce que le conférencier nomme  la « crise islamique de la conscience contemporaine ».

La question de la connaissance et de la compréhension du sens s’applique alors à la notion de vivre en semble de notre communauté. Le hadith mettant en lumière les qualités altruistes du musulman à vouloir pour son voisin ce qu’il veut pour lui-même, sert d’illustration au conférencier. En effet, puisque n’est pas croyant celui qui ne veut pas pour son voisin ce qu’il veut pour lui-même, il semble indispensable de connaître ce voisin pour comprendre ce qu’il veut. C’est à travers cette décentration de soi que le musulman pourra développer son altruisme, il s’agit d’éviter « la projection des désirs » pour favoriser « l’accompagnement des besoins » de l’autre. Il faut alors s’engager à le connaître pour répondre à ses besoins. C’est précisément cette attitude qui fait la grande qualité du projet pédagogique du Prophète (PBSL) puisque l’idée est de donner « une réponse à l’oreille qui entend et pas à ce que je projette sur ce que je vois. »

L’alliance de l’intelligence et du cœur

Une fois que les efforts de connaissance et de compréhension établis, il est question des actions menées. Tariq Ramadan soulève cette question en plaçant directement l’utilité comme la base fondamentale des actions à mener. A travers cette utilité nous prenons conscience de l’importance d’agir pour la dignité de l’homme, contre les injustices quelque soit le domaine concerné puisque l’auteur nous demande « où que tu sois quelle dignité défend tu ? »

C’est en s’efforçant de répondre à cette question que la communauté a le devoir de préserver cette dignité que Dieu nous a donné. Il existe un devoir de respect de notre intelligence. L’intelligence la plus précieuse serait, alors, celle du cœur puisque nous connaissons les gens avec notre intelligence et nos perceptions néanmoins nous les comprenons avec notre cœur. C’est cette alchimie là dont il s’agit, l’alliance de l’intelligence et du cœur qui permettra aux musulmans, oeuvrant pour le respect de la dignité, de saluer, de pardonner, de protéger et d’être alliés dans l’adversité.

Concluant sur un message d’amour, l’idée à retenir est la suivante « la vraie force de ceux qui changent l’Histoire n’est pas dans leur compréhension de l’Histoire. Elle est dans l’amour des principes, dans l’amour du dhikr (…) l’amour du sens, elle est dans la sérénité et la paix intérieure. »

Charlotte Drici

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Votre Nom