Transmission du Coran par voie orale[1]

  • Les arabes forment un peuple composé de plusieurs tribus :

Nous savons que le Prophète (saws) est un arabe et que les arabes parlent la langue arabe. Du temps du Prophète (saws), le peuple arabe était composé de tribus : certaines habitaient à Mecque, d’autres à Yathrib, à Taïf, à Najran …

  • L’Arabe est la langue maternelle de ces tribus :

Le Prophète (saws) appartenait à la plus grande et plus noble tribu, à savoir, Quraysh, dont les membres descendent d’Ismaïl fils d’Abraham.

D’une manière générale, le vocabulaire utilisé par les arabes faisait en grande partie une unanimité. Cependant, certains mots présentaient une certaine divergence linguistique. Cette diversité de vocabulaire au sein d’une même langue est appelée « dialecte » (lahja).

  • Les arabes parlaient plusieurs dialectes :

Les principaux points de différences entre les dialectes arabes :

  • La prononciation d’un même mot : Certaines tribus prononçaient quelques mots d’une manière différente des autres tribus. Certains arabes prononçaient la « hamza » (avec soukoun) en milieu du mot et d’autres pas, à l’instar du mot يؤمنون .

Pour lire le terme عليهم certains diront « ‘alayhim », d’autres « ‘alayhoum » et d’autres « ‘alyahimou ».

Selon le mode phonétique, le mot موسى , se lit de trois manières : moussî, moussae, moussâ.

Certains disent « sirata » صراط, quand d’autres lisent « zirata »  زراط

Il s’agit à chaque fois, d’un même terme arabe, prononcé différemment. Imposer un  seul mode phonétique à tous les arabes leur aurait été insupportable.

  • Différence de sens attribué à un même mot : Un mot qui existe chez deux tribus, mais chacune lui donne un sens différent.

Par exemple, le terme « sa-ba-a » صبأ désigne pour les qurayshites le fait de renoncer à sa religion, alors que pour d’autres, il correspond à l’adoration du soleil. Lorsque le Prophète (saws) envoya Khalid ibn al-Walid (rad) à la tête d’un nombre de compagnons vers une tribu, les membres de cette tribu dirent « saban-na ». Khalid comprit qu’ils étaient des adorateurs du soleil et les prit alors pour des ennemis et les exécuta, alors qu’ils voulaient dire : « Nous avons renoncé à l’idolâtrie et sommes devenus musulmans ! » Informé de l’agissement de Khalid, le Prophète (saws) dit : « Seigneur Dieu ! Je ne suis pas responsable de ce qu’a fait Khalid ».

Le terme « qour-oun » désigne pour certains la période des menstrues, la période de pureté pour d’autres.

  • L’existence d’un terme dans un dialecte mais pas dans un autre :

Interrogé sur le terme « abban » dans la sourate 80 (‘abasa), Abou Bakr dit : « Quelle terre pourrait me supporter et quel ciel pourrait m’abriter si je disais à propos du Livre de Dieu ce que je ne sais pas ?! », car ce mot était méconnu de Quraysh.

Abou Hourayra (saws) dit : « Je n’avais jamais entendu le mot « sikkin » (couteau) avant de l’avoir entendu dans le verset : « … et elle remit à chacune d’elles un couteau « sikkin » » (Yusuf : 31). Nous n’employons que le mot « moudyat »[2].

D’après la version d’al-Boukhari : « … avant de l’avoir entendu du Prophète (saws) lorsqu’il relata le récit dans lequel Soulayman (Salomon) jugea entre les deux femmes en disant : « Apportez-moi un couteau « sikkin » pour que je le partage entre vous » ». En effet, Abou Hourayra (saws) appartenait à la tribu de « Daws » qui utilisait le terme « moudyat » pour désigner le couteau, alors que « quraysh » employait le terme « sikkin ».

Dans le souci d’en faciliter la compréhension, le Coran utilisa des termes, des synonymes appartenant à des tribus différentes, mais dans sa majeure partie, il est composé de termes appartenant à la tribu de Quraysh, étant donné l’extension de son dialecte dans toute l’Arabie.

  • Dieu ordonna au Prophète (saws) de réciter le Coran selon le mode phonétique et selon les usages linguistiques des gens :

Ainsi, lorsqu’un compagnon se présentait au Prophète (saws), il lui apprenait le Coran selon le mode phonétique et selon le vocabulaire qu’il connaissait. C’est dans ce sens que Oubey ibn Ka’b (saws) dit : « L’Ange Gabriel se présenta au Prophète (saws) et lui dit : « Dieu t’ordonne de faire réciter le Coran à ta communauté selon un mode » Il dit : « J’implore la sauvegarde et le pardon de Dieu ! Ma communauté ne pourrait le supporter ». Il vint à lui une deuxième fois et lui dit : « Dieu t’ordonne de faire réciter le Coran à ta communauté selon deux modes ». Il dit : « J’implore la sauvegarde et le pardon de Dieu ! Ma communauté ne pourrait le supporter ». Puis, il se présenta à lui une troisième fois et lui dit : « Dieu t’ordonne de faire réciter le Coran à ta communauté selon trois modes » Il dit : «  J’implore la sauvegarde et le pardon de Dieu ! Ma communauté ne pourrait le supporter ». Puis, il revint à lui la quatrième fois et lui dit : « Dieu t’ordonne de faire réciter le Coran à ta communauté selon sept modes, ils seront fidèles aux textes s’ils récitent selon l’un des ces modes » (rapporté par Mouslim).

  • Chaque compagnon transmit le Coran (oralement) comme il l’a reçu du Prophète (saws). Chaque Compagnon le transmit à son tour aux tabi’ines conformément à ce qu’il apprit du Prophète (saws). Apparaissent alors les différentes lectures[3] d’un seul texte coranique (qira-at).
  • Il n’existe aucune contradiction entre ces lectures.
  • Au 2ème siècle de l’Hégire ; siècle de la transcription des sciences, plusieurs ouvrages renfermant les règles de lecture adoptées par un lecteur en particulier sont apparus. A noter que le lecteur ne fait que transmettre la façon de réciter que son maître lui a transmis que lui-même a reçu de son maître jusqu’à remonter au Prophète (saws). Contrairement à ce que pensent les orientalistes, les lectures ne sont pas une émanation des lecteurs. Il s’agit simplement de différentes façons de réciter le texte coranique, toutes remontant d’une manière formellement authentique au Prophète (saws).
  • Au 3ème siècle de l’Hégire, apparition d’ouvrages spécialisés renfermant les règles de lectures de plusieurs lecteurs : Apparition des sciences des lectures « ‘ilm al-qira-at » :

Après l’apparition d’ouvrages renfermant les règles de lecture adoptées par un lecteur (par exemple : la variante « riwaya » de Warsh d’après Nafi’), est apparue une génération de savants ambitieux qui après avoir pris le Coran oralement d’un maître lecteur avec la parfaite maîtrise des règles adoptées par ce maître recevant ainsi de ce dernier l’aval « ijaza » d’enseigner le Coran à son tour, se rendaient chez un autre maître, puis chez un autre et ainsi de suite jusqu’à connaître les règles adoptées respectivement par tous ces maîtres pour les assembler par la suite dans un seul ouvrage (par exemple, l’auteur dira : Warsh a lu ce mot de telle façon. Untel de cette manière. Untel de cette manière …etc). Rappelons que toutes ces lectures ne sont autres que la description de la manière de réciter du Prophète (saws) prenant compte de la diversité des dialectes des tribus arabes.

  • 95% des causes de la différence entre les lectures concernent le mode phonétique en fonction des différents dialectes. Par exemple lire يؤمنون en prononçant la « hamza », ou يومنون en substituant la « hamza » par l’allongement du « you » (youminoun).

5% des causes de la diversité des lectures sont en lien avec le sens sans qu’elles ne présentent de contradiction. Il s’agit là d’une manifestation de la nature miraculeuse du Coran « i’jaz ».

Par exemple : le verset 4 de la « fatiha » est lu : « maliki yawmiddin » (sans l’allongement du « ma ») qui signifie « Le Roi du Jour de la rétribution » ou « maaliki yawmiddin » (en allongeant le « ma ») qui signifie « le détenteur du Jour de la rétribution ». Cette différence ne concerne pas le mode phonétique propre à chaque tribu mais relève du sens. En effet « malik » signifie « Roi » alors que « maalik » correspond au « détenteur », ce qui est totalement différent puisque l’homme peut posséder sans être roi, et peut être roi sans posséder ses sujets ou son royaume à l’instar des rois contemporains. En un seul verset et au moyen de deux lectures, Dieu nous informe qu’Il est la fois le Roi et le Détenteur absolu du Jour de Jugement Dernier.

De même, le verset 10 de la sourate « la vache » (al-baqara) est lu : « wa lahoum ‘adhaboun alimoun bima kanou yakdhiboum » qui signifient « Ils (les hypocrites) auront un châtiment douloureux, du fait qu’ils mentaient » ou « wa lahoum ‘adhaboun alimoun bima kanou youkadh-dhiboun » qui signifient « Ils auront un châtiment douloureux, du fait qu’ils traitaient le Coran de mensonge ». En un seul verset, Dieu nous informent que ces gens (les hypocrites) mentaient lorsqu’ils parlaient et lorsqu’ils entendaient le Prophète (saws) parler, ils le traitaient de menteur. Ces deux lectures du même texte coranique font comme si nous avions deux versets dont chacun exprime un sens différent sans qu’il n’y ait de contradiction entre les deux.

Ce type de diversité n’excède pas les 5% des cas. Dans la plupart des cas, la diversité concerne le mode phonétique.

  • Les différentes lectures du Coran ne cessent de se transmettre oralement de génération en génération jusqu’à aujourd’hui. Toutes les lectures existent donc de nos jours. Les spécialistes des lectures les ont reçus de leurs maîtres et les ont rapportés à leurs élèves. Bien sûr, il n’est pas demandé à chaque musulman de maîtriser toutes ces lectures, de même qu’il n’est pas possible que tous les musulmans soient des spécialistes des sciences du Hadith ou du droit musulman.

L’existence de spécialistes en sciences du Hadith qui prennent en charge la préservation des hadiths du Prophète (saws) de toute altération est une obligation collective. De même que l’existence de spécialistes des lectures maîtrisant le texte coranique selon les différentes lectures est une obligation collective. Les spécialistes des lectures « qourra » font donc partie d’une élite de la communauté musulmane qui se charge de veiller sur les différentes branches de l’islam. Les jurisconsultes « fouqaha » veillent sur une branche ainsi que les spécialistes des fondements du droit musulman « ousouliyyoun », les prédicateurs, les penseurs, les économistes… D’une manière complémentaire, tous contribuent à la préservation de la religion.

Tous ces maîtres connaisseurs du Coran « qourra » ont reçu les lectures de leurs maîtres, chacun appartenant à une chaîne de transmetteurs remontant au Prophète (saws) qui les a reçues, lui-même, de l’Ange Gabriel d’après le Seigneur de l’univers.

[1] – Extrait du livre « Les sciences du Coran » de Moncef Zenati

[2] – rapporté par Ibn Wahb d’après l’imam Malik (voir « at-tahrir wat-tanwir » de Ben ‘Ashour, tome 1, p 58)

[3] – voir le chapitre 11 consacré aux lectures et aux lecteurs.

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