A toi,
Chère soeur,

Nos emplois du temps chargés m’obligent à te rédiger ces quelques lignes. Je m’aperçois que nous avons perdu l’habitude de nous écrire car le smartphone a pris toute la place dans nos relations… Je dois néanmoins te faire un aveu, il était devenu impossible de parler à ton cœur par ce biais alors que nos échanges étaient inlassablement ponctués de :

-« Attends, ne quitte pas ! pooose moi ce balai ! »
-«  Attention tu vas te faire mal !!!! »
-« N’oublies pas le pain ! »
-«  Relis moi cette phrase : le chat est dans la forêt !… Oui, c’est ça l’accent avec le chapeau »

Puis revenant à la communication :

-«  Je suis tout à fait d’accord avec toi ! »
-« Je te rappelle plus tard ! » Biiiiiiip !!!

Ma chère sœur, je prends ma plume ce soir pour parler à ton cœur, pour que nos cœurs se lient un peu plus et surtout pour qu’ils ne se perdent plus dans cette multitudes de notifications, de « likes », de tweets, de statuts ou d’autres photos insta… Juste parce qu’il s’agit de toi, de moi et plus généralement de nous…

Arrête de froncer les sourcils, je te vois d’ici : « – comment ça de nous ? Mais de qui parles-tu ? » .

A travers toi, je souhaite parler à toutes les femmes, à toutes celles qui sont des femmes extraordinaires comme toutes les autres.

Je m’amuse de ce pléonasme mais il est le plus puissant que je connaisse, assigner le caractère extraordinaire au qualificatif féminin revient pour moi à vouloir monter en haut. Alors oui ma sœur, tu es extraordinaire…

Je ne te dirai pas en paraphrasant Louis Aragon que tu es l’avenir de l’homme… car je sais que ton discernement te fera me répondre cette phrase incisive : « et en attendant l’avenir je fais quoi ? »

Je ne te dirai pas non plus que derrière chaque grand homme se cache une grande femme car ton engagement et ta volonté te feront me rétorquer : « pourquoi devrais-je me cacher ? Et pourquoi serais-je derrière ? »

Nous sommes le 8 mars aujourd’hui et notre beau pays s’apprête à célébrer toutes les femmes le temps d’une journée. J’ai choisi cette journée pour t’adresser cette lettre mais elle est le fruit de mes observations des 364 autres jours de l’année où je te regarde.

Cette lettre sera l’expression de mon amour pour toi ma sœur. Je ne suis pourtant qu’un outil au service d’Allah pour te témoigner la valeur qui est la tienne.

Je t’écris ces quelques mots non pas pour que tu les lises mais pour qu’ils te soient utiles jusqu’au jour au Dieu te rappellera à Lui.

Alors même si tu sais que cette vie est éphémère, même si tu mesures à quel point les préoccupations qui sont les miennes ne sont que temporaires dans cette vie, profite de chaque instant… Profite de ce cadeau que te fait Allah en te prêtant vie. Sache apprécier, ma sœur, les beautés de la création, la délicatesse des amitiés sincères, la douceur d’un amour inconditionnel et la puissance de l’adoration et de la connaissance. Il se pourrait alors que cette gratitude, par la Grâce d’Allah, vienne t’aider à préparer au mieux ton cœur à l’Au-delà.

Sache une chose ma sœur, les choses ne sont pas figées. Il n’est jamais trop tard pour devenir celle que tu souhaites être. Il est toujours temps de se réformer et de prendre les risques d’assumer celle que tu es.

Combien de fois t’est-il arrivé de te sentir inférieure? Le fatalisme ne doit pas faire partie de ton environnement.

Garde à l’esprit que tu es la meilleure personne au monde pour exploiter les capacités qui sont les tiennes. Pour se faire, il te faudra aller à la rencontre de tes capacités, de tes talents, de tes potentiels. Il y a du génie dans chacun d’entre nous. Ne doute jamais ma sœur de tes compétences.

Ma sœur, au-delà de tes compétences qui sont les tiennes et que tu viendras découvrir par la Grâce d’Allah, n’oublies jamais à quel point Dieu t’a honoré par ton statut.

Nous devons souvent faire face à bon nombre de pressions car aujourd’hui le devoir des femmes est clair, simple et sans appel : il faut être juste parfaites !

Comment cette injonction influence-t-elle ta vie ? Que tu sois fille, que tu sois mère, que tu sois étudiante, que tu aies fait le choix de rester au foyer, de travailler à l’extérieur, de ton statut d’épouse, d’amie, de sœur ou encore dans ce que les pouvoirs publics attendent de toi, de ce qu’ils refusent de toi , que tu sois mariée, divorcée, célibataire … Tu devras toujours peu importe les rôles faire face à ceux qui te veulent parfaite.

Il te faudra alors l’être dans le spectre de celui qui te regarde, alors tu ne le seras pas pour toi ! Le plus sage sera de tenter de donner le meilleur de toi-même pour Dieu car Lui Seul est Ton Garant.

Dans tes moments de doutes, souviens-toi de ta condition. Souviens-toi que la première personne convertie fut une femme en la personne de Khadija, épouse bien-aimée du Prophète. Souviens-toi que la première martyre de l’islam fut une femme en pensant à Soumaya bint Khubbat.  Le courage est une affaire de femme, l’histoire regorge d’exemples de courage et d’abnégation.

En ce 8 mars, la femme est célébrée… à toi ma sœur tout le reste de l’année tu n’es pas oubliée…

Ils te décrivent asservie, instrumentalisée, prisonnière ou soumise. Le reste de l’année personne ne t’oubliera car tu as fait le choix de vivre ta spiritualité et de parfaire ton engagement.

Pour ne pas poser un genou à terre, il faudra répondre intelligemment avec le plus grand discernement.

J’aimerais te préserver de ce que tu connais déjà, tu seras renvoyée à ta culture, à tes origines ou encore à un morceau de tissu sur la tête, une jupe trop longue. Tous ces obstacles à la relation saine ne devront pas être des freins. Ils ne doivent pas être tes freins à ce dont notre Seigneur t’a ordonné: l’amour de l’autre.

S’il t’arrive parfois, au plus profond de toi, de te sentir seule, incomprise, je te demande, ma sœur, de ne pas devenir aigrie et de toujours considérer les moments de bonheur comme des cadeaux de Dieu… Ne t’enferme pas, garde ton sourire !

À ceux pour qui tu ne représentes qu’un corps trop couvert ou pas assez, tente de rappeler que ta rencontre avec l’autre se fait avec le cœur.

Il t’arrivera sans doute d’être en colère, assume cette colère et dans une alchimie parfaite transforme la en énergie, un point de départ à l’engagement.

Souviens-toi de celles qui au nom de leurs idées, de leurs convictions ont fait le choix de rester dignes.

Tant de femmes inspirantes à l’image de Zaynab Al-Ghazali, un modèle d’engagement qui vient témoigner de l’implication et de la place des femmes dans tous les domaines de la société.

En partant à la découverte de ces femmes, tu trouveras ma sœur, tes meilleures amies mais aussi les domaines qui seront les tiens. Alors tu deviendras celle que tu veux être en répondant au meilleur conseil reçu de notre Bien-Aimé prophète : être la plus utile aux autres, au monde.

Les petites filles de nos sociétés ont grandi avec l’idée qu’il était important d’être belles et comme toutes les petites filles de notre civilisation il se peut qu’il t’arrive de te sentir belle uniquement à travers une représentation de stéréotypes de cette qualité. La beauté dont Dieu t’a honoré n’est pas celle-ci. Tu es belle car tu es dotée de qualités humaines qui font de toi le point de départ vital de toute l’humanité. Dieu a fait de toi un être d’amour, de respect et de tendresse en disant dans le Coran « parmi Ses signes, Il a crée de vous, pour vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec elles et Il a mis entre vous de l’affection et de la bonté. Il y a en cela des preuves pour des gens qui réfléchissent. » CORAN 30:21

A toi qui a choisi de partager ta vie avec lui par le mariage, il vous faudra rester unis dans l’adversité. La vie à 2 réserve son lot d’épreuves mais elle recouvre aussi bon nombre de bienfaits. Garde en tête l’objectif de ta vie ici-bas et rappelle toi que grâce au mariage tu as trouvé le co-équipier pour l’embarcation vers le paradis inch’Allah. Il te faudra alors soigner cette embarcation, à toi, à vous d’y instaurer les règles de sécurité pour arriver à bon port. Il s’agit d’un voyage à deux, d’un cheminement mutuel. Il se peut que durant ce voyage des éléments viennent perturber cette croisière alors il vous faudra les assumer. Il se peut que tu te retrouves seule au moment de franchir une zone turbulente, il se peut que tu aies peur toi-même de la franchir. Personne ne sait ce que Dieu lui réserve, mais une chose est sûre ma sœur ne perds pas ton objectif de vue… Pagaie jusqu’à destination et si tu as besoin de reprendre des forces nourris-toi de celui que Dieu a mis sur ton bateau…

Et si tu n’es pas encore concernée par le mariage ma sœur, il te faudra choisir celui qui n’aura pas peur de ramer, celui qui n’aura pas peur de ramer à ta place mais aussi celui qui sera capable de te demander de ramer pour lui quand c’est trop difficile. Le meilleur co-équipier pour gagner le paradis si Dieu le veut.

Tu es celle à partir de laquelle l’humanité perdure, tu es celle choisie par Allah pour donner la vie. As-tu déjà réfléchi à ce privilège ?

Ce privilège n’est pas perçu à sa juste valeur. Donner la vie fait de toi une héroïne. Je sais que la perspective d’avoir un enfant, l’idée de revivre une grossesse ou encore la responsabilité de l’éduquer, sont parfois source d’inquiétudes ou d’angoisses. Se sentir honorée de cette capacité et de cette mission permet de mieux vivre ce cap de la vie.

N’oublies jamais dans ce rôle de mère qui est le tien, que tu n’es pas seule. Ta responsabilité n’est ni exclusive, ni totale. Il s’agit de rappeler la complémentarité de l’homme et de la femme dans ce domaine.

Il est très compliqué d’être sous tous les fronts. Nos conversations téléphoniques en témoignent… Seule tu n’y parviendras pas, le meilleur soutien est celui de Dieu.

Demande lui de te protéger de la paresse et du manque de volonté. Demande lui de donner la force de demander et garde à l’esprit que tu n’es jamais seule. Sollicite ton entourage non pas parce qu’il sont tes amis, tes parents ou autres mais juste parce qu’ils sont ceux que Dieu a mis sur ton chemin pour parfaire ta mission ici-bas ?

Voilà ma sœur, le temps me manque et en qualité de femme je dois terminer cette missive car au moment où je t’écris je me souviens que j’avais mis de l’eau à bouillir pour les pâtes (évaporée depuis le temps !), que je m’étais promis d’aller courir un peu, qu’une bannette de linge m’attend dans l’escalier, que je dois prendre rdv chez le dentiste pour la petite dernière, que je dois renouveler la carte de bus de l’aîné, que j’ai un article à finir pour le travail et que je devais te rappeler il y a 2 bonnes heures… En 2018 on appelle ça la charge mentale parait-il !

Mais juste une dernière chose, n’oublies jamais que nous ne pouvons pas toujours être d’accord mais que nous demeurons néanmoins soeurs en humanité de toutes les femmes. Alors ne juge pas ma sœur, ne juge pas celles qui auraient choisi un chemin différent du tien. Il n’existe pas que des choses qui nous opposent mais plutôt une infinité de choses qui nous rassemblent.

Alors en ce 8 mars, pense à celles qui sont opprimées, pense à celles qui n’ont pas les moyens et les capacités à prendre part à ce monde qui s’ouvre à nous. Quelque soit le combat mené, le combat de toutes les femmes doit devenir le tien dès l’instant que leur dignité est touchée.

Accepte l’idée selon laquelle chacun est différent, tu trouveras des femmes qui auront des moyens d’émancipation différents des tiens mais il y aura forcément des combats communs à mener… à nous te trouver ce qui nous rassemble !!!

Longue vie à toi ma Sœur…

Charlotte V.D
Pour le Département Famille – Musulmans de France – Première parution

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