Certains m’ont interrogé récemment, sur un prétendu « avis » religieux, qui indiquerait qu’il existait une femme « imam » au temps du Prophète (saws) qui exerçait la fonction d’imam dans une mosquée, nommée expressément par le Prophète (saws), hommes et femmes priant derrière elle.

Selon ceux qui avancent cet « avis », les hanbalites (et non pas une partie des hanbalites) dont Ibn Taymiya, accepteraient l’idée qu’une femme, si elle connaît le Coran mieux qu’un homme, pourrait diriger les prières de la nuit du Ramadan (tarawih) à la mosquée. Ce qui laisserait entendre qu’elle se placerait devant les hommes.

Ils se réfèrent principalement au hadith d’Oummou Waraqa sans le citer. Ils laissent entendre que le Prophète (saws) l’aurait nommée « imam » dans une mosquée. Est-ce vraiment le cas ?

Le hadith d’oummou Waraqa

Abou Daoud, ad-Daraqoutni, al-Bayhaqi et d’autres rapportent d’après Oummou Waraqa, que le Messager de Dieu (saws) lui rendait visite chez elle. Il lui désigna un muezzin, et lui ordonna de diriger (pour la prière) les membres de son foyer (ahla dariha).

Pour bien comprendre ce hadith, il est nécessaire de citer les autres versions :

Abou Daoud rapporte d’après al-Walid ibn Joumay’, d’après ‘Abd ar-Rahman ibn Khallad, d’après Oummou Waraqa, selon les termes suivants : « Le Messager de Dieu (saws) lui rendait visite chez elle. Il lui désigna un muezzin et lui ordonna de diriger les membres de son foyer ». ‘Abd ar-Rahman dit : « J’ai vu son muezzin qui était un homme âgé ».

Ad-Daraqoutni rapporte d’après al-Walid ibn Joumay’, d’après sa mère, d’après Oummou Waraqa, que le Messager de Dieu (saws) lui a autorisée qu’on lui fasse l’appel à la prière et l’iqama, et qu’elle guide les femmes de chez elle ».

Ad-Darqoutni et al-Bayhaqi rapportent d’après al-Walid ibn Joumay’ qui dit : « Ma grand-mère m’a rapporté d’après Oummou Waraqa , qui guidait la prière, que le Messager de Dieu (saws) lui avait autorisée qu’on appelle à la Prière pour elle et qu’elle dirige les membres de son foyer ».

Abou Daoud rapporte qu’al-Walid ibn ‘Abdillah ibn Joumay’ dit : « Ma grand-mère et ‘Abd ar-Rahman ibn Khallad m’ont rapporté d’après Oummou Waraqa, qui avait appris le Coran, qu’elle demanda au Prophète (saws) l’autorisation d’avoir un muezzin chez elle. Le Prophète (saws) lui autorisa ceci ».

Al-Hakim et al-Bayhaqi rapportent d’après al-Walid ibn Joumay’ d’après Layla bint Malik et ‘Abd ar-Rahman ibn Khallad, d’après Oummou Waraqa, que Le Messager de Dieu (saws) ordonna qu’on appelle à la prière pour elle, qu’on lui fasse l’iqama, et qu’elle dirige les membres de son foyer pendant les prières obligatoires.

L’authenticité du Hadith

Tout d’abord, il importe de rappeler que ce hadith avec toutes ses versions est fortement discutable d’un point de vue authenticité. Ibn ‘Abd al-Barr l’a jugé faible dans al-isti’ab, de même qu’Ibn Hajar dans al-Isaba. Al-Baji dit dans al-mountaqa sharh al-mouwatta : « On ne doit pas compter sur ce hadith ». En effet, toutes les versions tournent autour de deux narrateurs fortement critiqués : al-Walid ibn ‘Abdillah ibn Joumay’ et ‘Abd ar-Rahman ibn Khallad.

Ceci dit, d’autres savants l’ont authentifié comme Ibn Khouzayma et parmi les contemporains, al-Albani qui le juge « hassan » (bon).

A supposer que ce hadith soit authentique, à aucun moment, selon toutes ces versions, il n’indique qu’Oummou Waraqa dirigeait des hommes derrière elle, et encore moins à la mosquée. De plus, les seuls hommes présents chez elle étaient ce muezzin, un homme âgé, et un esclave (qui a fini par assassiner Oummou Waraqa). Ahmed ibn ‘Abd ar-Rahman al-Banna dit dans al-fath ar-rabbani tartib mousnad al-imam Ahmed ash-shaybani (5/234) : « Le hadith d’Oummou Waraqa n’est pas explicite quant au fait que le muezzin et l’esclave priaient derrière elle. Il est probable que le muezzin faisait l’appel à la Prière, puis allait à la mosquée pour prier, ainsi que l’esclave. Elle dirigeait uniquement les femmes qui se trouvaient chez elle. Ceci est confirmé par ce qu’a rapporté ad-Daraqoutni d’après Oummou Waraqa, à savoir, que le Messager de Dieu (saws) lui a autorisé qu’on appelle à la Prière pour elle, qu’on lui fasse al-iqama, et qu’elle dirige les femmes de chez elle ».

On est donc très loin de ce que certains souhaiteraient nous présenter : une femme imam, nommée par le Prophète (saws), dans une mosquée, derrière laquelle prieraient les hommes et les femmes.
Ce que disent les hanbalites

Ensuite, on nous dit que les hanbalites, dont Ibn Taymiya, défendraient l’idée qu’une femme, si elle connaît le Coran mieux qu’un homme, peut diriger les prières de la nuit du Ramadan (tarâwîh) à la mosquée. Cela laisse penser d’ailleurs qu’elle se placerait devant les hommes. Est-ce vrai ?

Le danger est que ceux qui diffusent cet avis manquent de rigueur scientifique, ils auraient dû citer les textes des références hanbalites qui prouvent ce qu’ils avancent.

Que disent vraiment les hanbalites à ce sujet ?

Ibn Qoudama dit : « L’avis authentique de l’école est que le principe qu’un homme prie derrière une femme n’est pas valide. Ceci est l’avis de l’ensemble de leurs savants. Al-Bayhaqi dit : « Ceci est l’avis des sept jurisconsultes (de Médine) et des tabi’ines » »[1].

Al-Mardaoui dit : « Le fait que la femme dirige un homme dans la Prière est invalide. Ceci est l’avis de l’école d’une manière absolue »[2].

Ainsi, les hanbalites, comme les autres écoles sunnites hanafites, malikites et shafi’ites, et comme les autres écoles dhahirites, jaafarites, zeydites et ibadites, ne permettent pas à une femme de guider les hommes pendant la Prière, qu’elle soit obligatoire ou surérogatoire.

Ce que dit Ibn Taymiya

Ibn Taymiya dit dans naqd maratib al-ijma’ (p 290) : « Le fait que les hommes illettrés soient dirigés par une femme dans la Prière, pendant les prières nocturnes du Ramadan, est permis selon l’avis réputé d’après Ahmed. Il existe deux avis selon lui au sujet des autres prières surérogatoires ».

Il dit dans al-qawa’id an-nouraniyya (1/78) : « Ahmed, selon l’avis réputé d’après lui, permet à la femme de diriger les hommes pendant la Prière en cas de besoin, par exemple, si cette femme est lettrée alors que les hommes sont illettrés. Elle les dirige alors pendant la prière de « tarawih », de même que le Prophète (saws) a autorisé à Oummou Waraqa de diriger les membres de son foyer, et lui a assigné un muezzin. Elle devra se mettre derrière eux … »

Ainsi, Ibn Taymiya ne parle pas d’une femme imam avec des hommes et des femmes priant derrière elle.

Certes, il existe un avis marginal (shadh) chez les hanbalites permettant l’imamat de la femme dirigeant des hommes, mais à condition :

  • Que ce soit pendant la prière de « tarawih » et non pas pour les prières obligatoires.
  • Que les hommes soient illettrés.
  • Qu’elle se place derrière les hommes. Dans al-insaf, al-Mardaoui dit que certains estiment qu’elle récite uniquement, puis les hommes suivent un imam (qui se place devant) pour les gestes[3].
Conclusion
  • Les quatre écoles sunnites et les autres s’accordent sur le fait que la femme ne peut être imam dirigeant des hommes pendant la prière.
  • Certains hanbalites avancent un avis marginal (shadh) permettant à la femme de diriger des hommes dans la prière de « tarawih » (avec les conditions précitées). Mais cet avis contredit le consensus interdisant ceci. Ce consensus s’est produit avant et après l’apparition de cet avis.
  • Cet avis est fondé sur le hadith d’Oummou Waraqa qui stipule qu’elle guidait la Prière en dirigeant les membres de son foyer.
  • L’authenticité du hadith d’Oummou Waraqa est fortement discutable.
  • A supposer qu’il soit authentique, toutes les versions du hadith n’indiquent pas que des hommes priaient derrière elle.
  • La version rapporté par ad-Daraqoutni apporte un élément qualificatif (qayd) qui vient définir ce qui a été énoncé d’une manière indéfinie (moutlaq) dans les autres versions, à savoir qu’elle guidait les femmes de son foyer.
  • Il n’existait, du temps du Prophète (saws), aucune femme qui guidait la Prière dans les mosquées.
  • Rien ne dit qu’Oummou Waraqa comptait parmi les personnes connaissant le mieux le Coran.
  • D’autres femmes étaient plus savantes que Oummou Waraqa, comme ‘Aïsha et Oummou ad-Darda. Pourquoi n’ont-elles jamais dirigé des hommes dans la Prière ?
  • L’énoncé du hadith pose quelques questionnements : pourquoi assigner à Oummou Waraqa un muezzin alors qu’elle priait chez elle ?

Ainsi, l’imamat de la femme dirigeant des hommes n’est pas permis selon toutes les écoles sunnites et autres. Le fait qu’on n’ait jamais relaté, ne serait-ce qu’une seule fois, qu’une femme guidait les hommes dans la Prière, ni du temps des compagnons ni du temps des tabi’ines, confirme cette interdiction [4].

Moncef Zenati

 

[1] -al-moubdi’ 2/72 d’Ibn Mouflih

[2] – al-insaf 2/263 d’al-Mardaoui

[3] – Certains hanbalites restreignent cette autorisation à la femme liée aux hommes par un lien de parenté. D’autres par le fait qu’elle soit une personne âgée. Cf al-insaf d’al-Mardaoui (2/265) et al-moubdi’ d’Ibn Mouflih (2/72)

[4] – Il ne faut pas voir dans cette interdiction un mépris ou un rabaissement à l’égard de la femme. Etant donné les gestes physiques qui composent la prière, il ne serait pas convenable que la femme soit en position d’inclinaison (roukou’) ou de prosternation (soujoud) devant un homme.

3 Commentaires

  1. As salam aleykoum,
    Je tiens à remercier le professeur Moncef Zenati pour la qualité de ses réponses, toujours tirées de sciences religieuses héritées de siècles de pensées de savants reconnus.
    Ce phénomène (femme imam) commence à prendre de l’ampleur malheureusement et certaines de nos soeurs se disant féministes s’en réjouissent alors que cela n’a aucun fondement comme vous l’avez si bien expliqué.
    La préservation de notre religion est une priorité, la délaisser nous amènerait à dénaturer et à s’éloigner
    de La Vérité.

    Qu’Allah nous guide vers le Droit Chemin

  2. Salam aleykoum, je pense que vous ne validerai pas le commentaire mais c’est pas grave. Je tenais juste à vous remercier pour la qualité de vos réponses. Que ce soit l’autre décoré de la légion d’honneur qui défie les savants que le prophete (saws) a vanté, en disant que le voile n’est que traditionnel, qu’une femme a dirigé la priere devant des hommes ou l’autre coraniste qui remet la descente de Issa (a.s), du dajjal en cause, qui dit qu’une musulmane peut epouser un non musulman, que fumer n’annule pas le jeûne… et j’en passe. Il y en a ras le bol !! Pourquoi ils sont invité au Bourget ces gens de l’innovation !!? Walllahi j’ai eu les larmes aux yeux quand j’ai regardé la video du cheikh Moncef sur la descente de Issa (a.s), apres avoir écouté l’autre philosophe coraniste a ce sujet. Ce qui me fait mal c’est que des personnes les suivent malheureusement.

    Qu’Allah vous récompense tous, affermi vos pas et vos cœurs. BarakAllahou fikoum, ana ouhibboukoum fillah.

    • Salam! j’espère que vous validerai, car ceci est dit avec une bonne intention.
      J’ai hésite à écrire ce commentaire.
      Primo moi je suis d’avis qu’on se réfère d’abord au CORAN donc être « coraniste » est une bonne chose (si on ignore pas totalement la sunnah / les ahadith)

      Secundo ceux que vous appelez « les savants », pourquoi leurs dires fonts autorité si il ne s’agit que de leurs avis ? Car jusqu’à preuve du contraire, le dernier prophète c’est MUHAMMAD (SAW), donc personne ne reçois de révélation. Et en plus eux même (savants) dans leur écris ceux référent le plus souvent à d’autres…
      La « SAKHIHITE » d’un hadith change d’un savant à un autre, d’un Mouhadithoun à un autre. (Boukhari peut trouver sakhih un hadith que Muslim et les autres vont trouver « PAS SAKHIH » ; et vice-versa…)

      Tertio Je dirai que si Allah n’a pas abordé un sujet dans le coran c’est qu’IL trouve que c’est bénin. Alors dajjal, et le retour de ISSA (SAW) pour vous c’est une petite affaire? Si nous convenons tous que les Ahadith on été écrits très tard après le prophète (SAW) et nous savons tous que déjà sur son lit de mort les gens ont commencé par ce divisé et disputé et par ce fonder des dynasties (Omeyyades; abbassides…) comment, en gardant la raison, pouvons nous ne pas croire que certains Ahadith sont fait pour légitimer tel camp ou tel autre?

      Quarto, y a t-il un seul verset, ou mot de la bouche du prophète qui interdise le fait qu’une femme soit devant? N’oublions pas que nous les arabes étaient très machistes, et le pouvoir que le prophète (saw) a donné au femmes ne leur convenais pas vraiment (sommes nous autre plus différent sur ce point?). Nous proclamons que l’islam libère les femmes, mais dans les faits nous faisons le contraire. Tous les êtres humains sont égaux, femme comme homme pourquoi c’est quand il s’agit de diriger qu’elles n’auraient pas le droit? nous les hommes voulons garder ces place de prétendu supériorité que nous avons, c’est tout.

      Quinto, Affranchissons nous de cet islam que nous et nos ancêtres ont créé après le prophète(saw) nous devons refleurir nous même retravailler ce qui existais. Les recueils de Ahadith sont tous simplement un travail fait par leur auteurs selon leurs « critères scientifiques » ils ceux sont arrête quelque part à nous de continuer leurs œuvres car c’est des œuvres humaines (que vous avez sacralisé), ce qui fait que vous déclarez sakhih si ça vous arrange et pas sakhih si c’est le contraire.

      Enfin, Le fait de mettre les femmes derrière c’est une tradition héritée des autres 2 religions précédentes ça veux pas dire que cela soit absolut et intouchable. C’est juste une modalité adopté. ATTENTION de moi aussi j’aurai du mal à prier derrière une femme car on m’a dogmatisé avec ce modèle dit ci-haut ; mais si quelqu’un veut le faire ne dite pas que c’est interdit car seul ALLAH et son Messager (SAW) ont cette prérogative, pas un savant.
      WALAHU AaLAM. Qu’IL nous accorde son pardon. Bon mois de ramadan.

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