Anas ibn Malik (rad) dit : « Aucun d’entre vous n’est croyant jusqu’à ce qu’il aime pour son frère ce qu’il aime pour lui-même » (rapporté par al-Boukhari et Mouslim)

Commentaire

Dans une autre version rapportée par Mouslim : « jusqu’à ce qu’il aime pour son voisin ou son frère »

L’imam Ahmed rapporte ce hadith en ces termes : « L’homme ne pourra parvenir à l’essence de la foi jusqu’à ce qu’il aime pour les gens ce qu’il aime de bien pour lui-même »

Cette version explique la version rapportée par al-Boukhari et Mouslim, à savoir que l’expression « Aucun d’entre vous n’est croyant » signifie la négation de l’atteinte de la plénitude de la foi. Le sens est donc « Aucun d’entre vous n’est véritablement croyant … » en effet, il arrive souvent que les textes considèrent comme caduque la foi de celui qui délaisse l’un de ses éléments constitutifs ou des ses devoirs à l’instar des hadiths « Le fornicateur au moment où il commet la fornication n’est pas croyant. Le voleur lorsqu’il vole n’est pas croyant. Le buveur d’alcool lorsqu’il le boit n’est pas croyant »[1], «  N’est pas croyant celui dont le voisin n’est pas à l’abri de sa nuisance » (rapporté par al-Boukhari et Mouslim).

Les savants divergent sur le statut de celui qui commet un péché majeur : est-il qualifié de croyant dont la foi est diminuée ou n’est-il plus qualifié de croyant « mou-min » mais simplement de musulman « mouslim », sans être considéré comme croyant ?

L’avis considérant le coupable de péché majeur comme croyant dont la foi est diminuée est rapporté d’après Jabir ibn ‘Abdillah (rad). C’est également l’avis d’Ibn al-Moubarak (m 246H), Is-haq (238H), Abou ‘Oubayd (m 224H) et d’autres. L’avis selon lequel il s’agit d’un musulman mais pas d’un croyant est rapporté d’après Abou Ja’far Mohamed ibn ‘Ali[2] (m : 114H).

Ibn ‘Abbas (rad) dit : « La lumière de la foi est ôtée du fornicateur »[3]. Abou Hourayra (rad) dit : « La foi lui est ôtée. Elle sera tel un nuage au-dessus de lui. S’il se repent, elle revient à lui »[4]

‘Abdoullah ibn Rawaha (rad) et Aboud-Darda (rad) disent: « La foi est comme l’habit porté par l’homme, tantôt il le porte, tantôt il l’enlève » L’imam Ahmed, Sofiane ath-Thawri et d’autres, disent la même chose[5]. C’est-à-dire que l’homme porte la foi lorsqu’il en accomplit les qualités et  l’enlève s’il en diminue quoi que ce soit.

Quant aux péchés mineurs, celui qui en est coupable est considéré comme croyant dont la foi est diminuée. Sa foi diminuera en fonction des péchés qu’il commet.

– Le hadith indique que le fait que l’homme aime à son frère croyant (aux gens selon la version rapportée par Ahmed) ce qu’il aime pour lui-même et n’aime pas pour son frère ce qu’il n’aime pas pour lui-même, fait partie des qualités fondamentales de la foi. Si l’homme faillit à ce devoir, sa foi se trouvera diminuée.

Le Prophète (saws) dit à Abou Hourayra (rad) : « Aime pour les gens ce que tu aimes pour toi-même, tu seras musulman » (rapporté par at-Tirmidhi et Ibn Majah)

L’imam Ahmed rapporte que Mou’adh (rad) interrogea le Prophète (saws) sur la meilleure foi. Il dit : « La meilleure foi consiste à aimer pour Dieu, à détester pour Dieu et de n’employer ta langue que pour invoquer Dieu » Il dit : « Et quoi encore, ô Messager de Dieu (saws) ? » Il dit : « Que tu aimes pour les gens ce que tu aimes pour toi-même, que tu détestes pour eux ce que tu détestes pour toi-même et que tu dises du bien ou que tu te taises »

Par ailleurs, le Prophète (saws) fait dépendre l’accès au paradis de cette qualité. En effet, l’imam Ahmed rapporte dans son « mousnad » que Yazid ibn Asad al-Qasri (rad) dit : « Le Messager de Dieu me dit : « Désires-tu le Paradis ? » Je dis : « Oui » Il dit : « Aime donc pour ton frère ce que tu aimes pour toi-même »

Mouslim rapporte d’après ‘Abdoullah ibn ‘Amr ibn al-‘As (rad) que le Prophète (saws) dit : « Quiconque souhaite être écarté du Feu et introduit au Paradis, qu’il fasse en sorte que la mort l’atteigne alors qu’il croit en Dieu et au Jour Dernier, et qu’il agisse avec les gens de la même manière qu’il aimerait qu’on agisse avec lui ».

Ce hadith indique donc qu’il se réjouit de ce qui réjouit son frère croyant, et aime pour ce dernier le bien qu’il aime pour lui-même. Mais ceci se réalise si le cœur est pur de tromperie, de traitrise et de jalousie, car la jalousie fait en sorte que le jaloux n’aime pas voir quelqu’un le dépasser d’un bien, ou même jouir du même bien, car il désire toujours avoir des privilèges par lesquels il dépassera les gens et se distinguera d’eux. Or, la foi exige le contraire, c’est-à-dire, partager le bien que Dieu t’a accordé avec les autres, plus encore, souhaiter que les autres soient meilleurs que soi. Al-Foudayl ibn ‘Iyad (m 187H) dit un jour à Sofiane ibn ‘Ouyayna (m 198H) : « Si tu souhaites que les gens soient comme toi, tu n’as pas fait preuve de sincérité envers ton Seigneur, alors que dire si tu souhaites qu’ils soient inférieurs à toi ?! »[6] Cette parole nous indique que le fait d’être de bon conseil consiste à souhaiter que les gens soient meilleurs que lui, et ceci est un niveau spirituel très élevé et un haut degré de conseil et de sincérité. Mais ceci n’est pas obligatoire. Ce que l’islam exige, c’est de souhaiter que les autres soient comme toi. Ceci dit, si le musulman voit quelqu’un le dépasser d’une vertu religieuse, il doit s’efforcer de le rattraper et ressentir de la tristesse pour son manquement, non pas par jalousie mais par concurrence dans le bien. C’est dans ce sens que le Prophète (saws) dit : « Point d’envie que pour deux choses : Un homme à qui Dieu a accordé des biens, et celui-ci les dépenses en charité nuit et jour, et un homme à qui Dieu à accordé le Coran le récitant nuit et jour » (rapporté par al-Boukhari et Mouslim). Dieu dit : « Que ceux qui le convoitent entrent en compétition » (Sourate 33, Verset 26). Ici, la concurrence dans le bien consiste à souhaiter sincèrement le succès pour l’autre, mais souhaiter réussir plus que lui. Contrairement à la jalousie qui consiste à souhaiter pour soi-même la réussite exclusive en souhaitant l’échec à l’autre.

D’autre part, le croyant ne doit jamais cesser de considérer qu’il fait preuve de négligence et de manquement par rapport à ce qu’exigent les hauts niveaux spirituels. Il tirera ainsi de cette attitude deux choses précieuses :

La première : L’effort soutenu et continu dans la quête des vertus.

La deuxième : Avoir un regard de dépréciation sur soi-même, ce qui le poussera à souhaiter que les croyants soient meilleurs que lui, car il ne pourrait accepter pour eux qu’ils soient dans le même état que lui, de même qu’il n’accepte pas son propre état. Ce sentiment le poussera à déployer ses efforts pour se réformer. Mohamed ibn Wasi’ (m 123H) dit à son fils : « Quant à ton père, que Dieu fasse en sorte qu’il n’y ait pas beaucoup de gens comme lui parmi les musulmans ! »

Ainsi, celui qui n’est pas satisfait de lui-même, comment souhaiterait-il que les musulmans soient comme lui, tout en étant sincère avec eux?! C’est pour cette raison qu’il souhaite que les musulmans soient meilleurs que lui, de même qu’il aimerait être dans un état meilleur que celui dans lequel il se trouve. Abou az-Zinad (m 130 ou 131H) dit : « Le sens apparent du hadith est l’égalité, mais en réalité, il s’agit d’accorder la préférence à l’autre, car l’homme souhaite être le meilleur parmi les gens, donc s’il souhaite la même chose pour les autres, il sera du nombre des désavantagés ! »

Ce hadith indique que le croyant dans son rapport avec son frère croyant est comparable à une seule âme, il doit donc aimer pour lui ce qu’il aime pour lui-même dans la mesure où il s’agit d’une seule et même âme à l’instar du hadith : « Les croyants sont comparables à un seul corps. Lorsque l’un des ses membres se plaint de douleur, c’est tout le corps qui est atteint de fièvre et d’insomnie » (rapporté par al-Boukhari et Mouslim).

Lorsque ‘Otba al-Gholam[7] souhaitait rompre le jeûne, il disait à l’un des ses compagnons au courant de ses actions : « Donne-moi de l’eau ou quelques dates de chez toi afin que je romps mon jeûne, tu auras ainsi la même récompense que moi »[8].

Moncef Zenati

[1] – rapporté par al-Boukhari et Mouslim
[2] – fils d’al-Housseïn fils de ‘Ali ibn Abi Talib
[3] – rapporté par al-Ajouri dans « ash-shari’a » p 115
[4] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/303
[5] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/303
[6] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/309
[7] – un grand spiritualiste et ascète décédé à la fin du deuxième siècle de l’Hégire
[8] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/310

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