Je vois bien leurs regards, je sens bien leur colère, leur incompréhension, leur malaise, ou leur haine parfois je pense. Pourtant je ne comprends pas.

Ce n’est pas de moi dont on parle, lorsqu’on me décrit soumise, asservie, privée de liberté… C’est loin d’être moi, moi qui ne me laisse pas faire, qui refuse l’injustice, qui suis même parfois un peu trop rebelle. Du coup la situation est étrange. Il y a cette personne qui me voit comme « autre », comme une étrangère, qui m’imagine comme celle qu’on a décrit à la radio ce matin, à la télé hier, qui ne comprend pas comment une femme peut se laisser à ce point dominer, ou comment un être humain peut porter en lui tant de haine pour l’autre. Quel paradoxe au fond…

Et puis il y a moi, qui la regarde cette personne et qui ne voit en moi que ce qu’elle est elle-même, qui partage la même culture française, qui aime les animaux pareil, dotée des mêmes goûts culinaires, qui regarde les mêmes programmes télé, qui s’émeut devant les mêmes tendresses, s’agace face aux mêmes incivilités… qui porte en somme la même humanité.

Au fond il n’y a que nos tenues vestimentaires qui nous distinguent, c’est dire si c’est peu de choses.

Et comme je suis née en France, de parents nés en France, la culture française est très présente en moi, je vis donc au milieu de gens à qui je pense ressembler, alors je continue à ne pas comprendre et à trouver ces regards étranges.

Moi je vois en « eux » la femme de l’accueil souriante, la mère de famille attentionnée, le passager de bus bavard, la voisine sympathique, le banquier à l’écoute, le chauffard mal poli, le couple attendrissant, la vieillard gentleman… Je vois leurs qualités humaines, leur personnalité. La plupart des gens semble-t-il se définissent d’ailleurs et s’aiment ou se détestent pour ce qu’ils sont.

Je ne comprends donc pas pourquoi je déroge à cette règle. Il y aurait donc une infinité de personnalités, mais un type de « moi », la musulmane asservie. Ah non… il y en a plusieurs : celle soumise à son mari, celle dominée par son père, et celle qui craque sous le poids des regards de la cité.

Alors moi, naïvement, oubliant quelques secondes ce que je porte, je me demande quel trait de ma personnalité a pu provoquer une telle attitude chez « l’autre », mérité un tel regard méprisant. Naïvement je remets en question chacun de mes faits et gestes, essayant de comprendre ce qui a pu heurter sa sensibilité.

J’aurai toujours du mal à accepter que la réponse à cette question soit « rien ». Le désarroi et l’incompréhension seront finalement les dernières choses que nous partagerons.

Assiba D

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