hassan-albanna

La doctrine islamique a connu de nombreux prédicateurs mais tous les prédicateurs n’ont pas été des constructeurs, et ceux-ci n’ont pas toujours eu le génie qui a été celui de Hassan Al-Bannâ.

Cet énorme édifice… l’Association des Frères Musulmans, est à la manifestation du génie dans l’organisation des groupes. Les Frères musulmans ne forment pas uniquement un groupe de gens exaltés profondément par le prédicateur, de sorte qu’ils se sont réunis autour d’une même conviction. Non ; car le génie constructeur de Hassan Al-Bannâ apparaît à chacun des échelons de leur organisation…depuis la cellule « ousra », à la section, à la région, à la direction centrale, au comité suprême, jusqu’au bureau de l’Orientation.

Ceci du point de vue externe ; et ce n’est pas l’aspect primordial du génie constructeur de Hassan Al-Bannâ. En effet, la structure interne de l’Association des Frères Musulmans, est d’une précision et d’une fermeté plus grande encore, et peut mieux rendre compte du génie organisateur et constructeur. Cette construction spirituelle, cette organisation qui lie les membres de la cellule, les membres d’une section et les membres d’une troupe. Ces études communes, ces prières communes, ces orientations communes, ces excursions communes, ces camps communs, et enfin ces acquiescements communs, ces sentiments communs font de l’organisation du mouvement une conviction qui agit sur l’âme plutôt que de simples consignes, ordres et règlements.

L’exaltation du sentiment religieux ne suffit point. Et si le chef borne sa préoccupation à cette exaltation, il conduira la jeunesse en particulier à une sorte d’extravagance religieuse qui ne construit rien ; de même, l’étude théorique de la doctrine seule ne suffit point. Et si le chef limite ses efforts à cette étude, il n’aboutira qu’au dessèchement des sources spirituelles qui peuvent donner à cette étude théorique, vie chaleur et fécondité. Et même l’exaltation passionnelle jointe à la connaissance théorique ne suffit pas à épuiser toutes les énergies de l’être. Il restera toujours un surplus d’énergie musculaire, pratique et instinctif, qui se dépense pour le gain, pour le plaisir, pour la renommée, pour le travail, pour le combat.

Hassan Al-Bannâ a pu réfléchir à tout cela ou en avoir l’intuition. Si bien qu’il est arrivé à faire que l’activité du frère Musulman embrasse toutes les catégories énumérées, et canalise toutes les énergies instinctives pour le bien de l’Association et dans le cadre de sa construction. Il a réussi à réaliser ceci dans l’organisation des sections, des camps, des sociétés de la confrérie, dans l’organisation des prédicateurs, des groupes de volontaires qui se sont illustrés dans la guerre de Palestine, et dans les combats du Canal. Tout cela témoigne du génie d’organisation de Hassan  Al-Bannâ.

Et ce génie apparaît aussi dans l’unification d’individus de tempéraments, de mentalités, d’âges et de milieux différents… leur unification au sein d’un même édifice, de même que les différentes notes s’harmonisent dans une mélodie ingénieuse. Il les a tous imprégnés de la même emprunte par laquelle ils se distinguent. Ils les a tous orientés dans la même direction malgré la diversité des sentiments, des perceptions, des âges et des milieux et ce, en un quart de siècle.

Est-ce une coïncidence passagère d’avoir eu comme nom « al-Banna », le constructeur ? Ou est-ce le fuit d’une volonté suprême qui ordonne dans son Livre du destin les coïncidences les plus banales avec les capacités les plus grandes en toute harmonie.

Puis, Hassan Al-Bannâ est allé rejoindre son Dieu. Il est parti alors que les fondations de l’édifice étaient achevées. Il est disparu, et son martyr se métamorphose en une nouvelle opération constructive…Une opération par laquelle les fondations s’approfondissent et les murs se renforcent. Et certes ni les mille discours, ni les mille messages du martyr disparu n’ont enflammé la Cause dans les cœurs des Frères comme l’on enflammée quelques gouttes de sang innocent répandu… Nos paroles demeureront comme des poupées en cire, et ce n’est que lorsque nous mourrons pour elles qu’elles s’animent et prennent vie.

Mais lorsque les tyrans frappèrent les Frères Musulmans par le fer et par le feu, le temps était passé. L’édifice qu’avait dressé Hassan Al-Bannâ était trop fort pour s’effondrer, trop profond pour être ébranlé. Il était devenu un idéal que ne pouvait atteindre le fer et le feu ; car le fer et le feu n’ont jamais réussi à détruire un idéal. Et le génie constructeur avait dépassé les vils tyrans. Et la tyrannie est tombée tandis que les Frères demeurent.

                                                                                                                                 Sayyid Qotb.

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