Ne pas se laisser vaincre par les futilités

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La crainte que les grandes épreuves inspirent à l’homme le pousse à les esquiver pour se préserver de leurs cruelles retombées.

Or lui qui, de peur de trépasser, ne peut se risquer à absorber une grande dose de poison – tant elle est létale –, il peut en avaler par inadvertance une teneur infime, contenue dans quelque nourriture exposée aux microbes (ou dans un plat malsain, ou encore transmise par des mains sales)…

Et voila sa santé si grièvement atteinte qu’il en perdrait la vie, de la même manière que s’il eût été abattu par une balle mortelle ou par un coup de poignard perfide!

Pour écarter les musulmans des péchés véniels, et de crainte que ces péchés, à force d’être accumulés, n’agissent pernicieusement sur leur existence affective et sociale, le Prophète (صلى الله عليه وسلم) a sérieusement mis en garde contre leur péril, exhortant à les dédaigner et s’en abstenir, ainsi qu’à se débarrasser régulièrement de leurs souillures.

L’objectif majeur était, il est vrai, de combattre l’idolâtrie en effaçant des consciences les illusions et les croyances qui s’y rapportent. Dans ce sens, le Prophète (صلى الله عليه وسلم) a su, pendant sa vie, faire s’écrouler la société des idoles pour la supplanter par une communauté attachée à n’adorer que Dieu.

Toutefois, le Prophète (صلى الله عليه وسلم) n’a pas manqué de prévenir contre des peccadilles susceptibles de tenter les gens, ce qui réjouirait Satan tout comme le ferait l’idolâtrie. «Satan, dit le Prophète (صلى الله عليه وسلم), ne conçoit plus l’espoir que les idoles soient un jour adorées en terre arabe. Mais il sera content de vous voir commettre des péchés véniels: ce sont des péchés particulièrement nuisibles le Jour de la Résurrection».

Lors du dernier pèlerinage (celui de l’Adieu), et toujours dans la perspective de poser des règles complètes pour le comportement, le Prophète (صلى الله عليه وسلم) déclare: «Ô gens, Satan a perdu l’espoir d’être jamais adoré sur votre terre. Cependant, s’il était obéi en quelque chose d’autre que vous trouvez insignifiant, il en serait fort aise. Méfiez-vous donc du danger qu’il représente pour votre foi» !

Selon Dale Carnegie, «quand il s’agit de faire face aux malheurs et vicissitudes de l’existence, nous procédons souvent avec une vaillance rare et une patience à toute épreuve. Après quoi nous nous laissons vaincre par de véritables vétilles». Voici à titre d’exemple ce que notait Samuel Baez dans ses mémoires au sujet de sire Harry Van. Celui-ci, condamné à la peine capitale, ne songea guère, à l’approche de son exécution, à implorer pardon ou pitié; il s’en tint à prier son bourreau de ne pas lui asséner l’épée sur un certain point de son cou particulièrement douloureux.

Autre exemple: décrivant dans son journal les rigueurs des nuits ténébreuses et glaciales passées au pôle sud, l’amiral Byrd précise que ses hommes, tout en luttant pour survivre à une température de -80°, tendaient à se préoccuper de vraies banalités aux dépens des horreurs qui les cernaient. «Ils se bagarraient, relate-t-il, si l’un d’eux, durant le sommeil, outrepassait ses limites et usurpait un empan de la couche réservée à son voisin».

D’autre part, l’un d’entre eux n’aimait guère manger; or figurez-vous l’irritation qui le prenait à l’aspect d’un compagnon qui se délectait à mâcher jusqu’à vingt-huit fois sa bouchée avant de l’avaler. Je ne trouve cela point étrange. Au milieu d’un camp polaire, pareilles futilités pourraient dérouter les plus disciplinés des soldats».

Considérons à présent l’histoire – relatée par Carnegie – d’un immense arbre séculaire qui, tout au long de ses quatre cent ans, fut maintes fois secoué par des tempêtes véhémentes (quatorze fois par des ouragans). Il n’en demeura pas moins solidement ancré, tel un mont inamovible. Néanmoins, une armée de bestioles déferla un jour sur le géant; à cœur joie, elles se mirent à le gratter, à lui ronger les entrailles… jusqu’au moment où, totalement désagrégé, il s’écroula par terre, rien que poussière.

Ainsi, voila le colosse de la forêt, que nulle tornade n’a pu ébranler, qui succombe à des insectes si minuscules qu’on peut les écraser entre le pouce et l’index. Ne sommes-nous pas comparables cet arbre? N’arrivons-nous pas surmonter de véritables orages pour aussitôt céder à des banalités qui minent notre vie?

A ces exemples, que l’auteur puise dans le vécu dont il traite, correspondent des exemples analogues autrefois cités par le Prophète (صلى الله عليه وسلم) , et également tirés de la réalité ambiante de l’époque. D’après ‘Abd Allâh Ibn Mas‘ûd, le Prophète (صلى الله عليه وسلم) dit: «Faites attention aux péchés véniels; ils vont s’accumulant dans le cœur de l’homme jusqu’à le conduire à sa perte. Et de citer l’exemple d’un groupe de gens parvenus à un désert; l’un parmi eux entreprit de ramasser du bois, d’autres le suivirent. Bientôt ils assemblèrent un amas énorme dont ils firent du feu pour préparer leur repas».

Et d’après Sa‘d Ibn ‘Ubâda, au terme de l’expédition de Hunayn, ils se rendirent, sous la direction du Prophète (صلى الله عليه وسلم), à un lieu complètement aride. « Ramassez tout ce que vous trouverez, leur dit le Prophète (صلى الله عليه وسلم).  A peine une heure s’était écoulée qu’ils avaient élevé un tas si gros que le Prophète (صلى الله عليه وسلم) le désigna en disant: «Voyez-vous cet amoncellement? C’est ainsi que les péchés s’entassent dans le cœur de l’homme. Que chacun respecte et craigne Dieu en fuyant les péchés, fussent-ils graves ou véniels car; il devra en répondre».

Les sages, inspirés par l’expérience, ont appris qu’il est des actes que l’individu accomplit de façon manifeste mais inconsciente, des actes dont les autres lui tiennent rigueur, tirant des conclusions sur son compte, devinant des intentions curieuses. Ce qui risque d’avoir des suites désastreuses…

Les petites choses peuvent
engendrer de grands problèmes!

L’homme réfléchi se doit de mesurer ses actions avant de les entreprendre. Peut-être ne s’avise-t-on guère des actions affichées, tant elles sont insignifiantes, alors qu’elles peuvent être à l’origine de maux affreux.

Or, de même que l’amoncellement des peccadilles a des retombées redoutables pour l’existence de l’homme, de même il est inéquitable de grossir et dramatiser une petite faute au point qu’elle éclipse tout le bien qui se trouve alentour.

A ce titre, il est déplorable de voir que certains, pour peu qu’ils détectent quelque faille dans le comportement d’une personne, se mettent à remuer ciel et terre. Et toute riche que soit la vie de cette personne en noblesse, en vertu et en actes généreux, ils s’aveuglent sur son sujet.

Ainsi sélective et restrictive, cette attitude fait montre d’une grande iniquité; elle ne procure guère satisfaction.

En fait, Dieu le Très-Haut fait abstraction des vétilles et pardonne les peccadilles à tout croyant qui, aspirant à la perfection, s’applique autant que possible à en empreindre toute son action. On lit dans le Coran: «Si vous évitez les grands péchés qu’on vous a interdits, Nous tiendrons pour expiés vos méfaits, et vous ferons entrer en un lieu honorable». (4, 31)

Et c’est une belle marque de clémence divine que de permettre aux humains quelques bévues naturelles, quelques faux pas. Il serait également réconfortant que les hommes fondent leurs relations sur ce principe de tolérance. Le poète arabe affirme:

   Si tu persistes à reprocher à tes amis.
   Tous leurs défauts,
   Cela ne cessera jamais!
   Tu te condamnes à la solitude,
   Sinon, l’indulgence parfois est de mise!
   Il faut savoir boire l’eau,
   Même si elle n’est
   Point totalement limpide!
   Où trouverais-tu une source d’eau,
   A l’abri de toute souillure?
   Qui oserait se prétendre parfait?
   L’homme de mérite n’est-il pas
   Celui dont on peut dénombrer les défauts?

Cette règle, si elle est de mise entre amis, notamment dans les conjonctures critiques, demeure encore plus indispensable pour la vie conjugale, pour sa stabilité et sa sérénité. Ainsi, l’époux agacé par quelque erreur de sa femme, ou bien peiné de voir chez elle certaines tares, se doit de se rappeler les aspects heureux et les marques de bon sens dont elle fait montre. C’est ce que le Prophète (صلى الله عليه وسلم) souligne en affirmant: «Un croyant ne saurait mépriser une croyante; car si elle lui déplaît par un trait de caractère, elle lui par un autre. »

On constate, hélas, que bien souvent, de pures banalité mettent une foule de gens hors de leurs gonds, démolissent leur foyers, sapent leurs amitiés; ils se retrouvent abandonnés à eux même dans ce monde, en proie aux affres de la désolation et du regret. Des conséquences de tels comportements, Dale Carnegie nous dit: «Dans la vie matrimoniale, les vétilles peuvent obnubiler l’esprit des époux; elles provoquent ainsi la moitié des affections cardiaques  que connaît le monde».

C’est du moins ce que certifient les experts: le juge Joseph Sabbath, qui a arbitré plus de quarante mille affaires de divorces, a déclaré la chaîne de télévision de Chicago: «Dans la majorité des cas, ce sont des futilités que l’on trouve à l’origine des dissensions conjugales».

Frank Hogan, procureur général New York, dit pour sa part: «La moitié des procès soumis la juridiction criminelle sont dus des futilités: des scènes de ménage, une offense, une insulte passagère, une allusion désobligeante, etc. Ce qui dégénère en crimes affreux.

Les gens d’un naturel agressif et cruel sont une minorité. Cependant, ce sont les coups successifs portés notre personne, à notre orgueil et à notre dignité qui provoquent la moitié des problèmes dont pâtit le monde.

Ces propos qui décrivent les causes de la criminalité dans les cités américaines s’appliquent sans doute à ce qui se produit dans nos villes et campagnes.

En vérité, la cause principale des abominations auxquelles l’on assiste est à  rechercher dans une mauvaise interprétation des choses et des faits, une susceptibilité démesurée, une tendance à prendre hâtivement n’importe quelle conduite pour une offense qui n’effacerait que la vengeance et le sang, et autres hallucinations qui grossissent outre mesure les choses les plus anodines.

Quel remède à cela? Polir l’esprit de manière à en faire un miroir fidèle des réalités de la vie, avec ses aspect tangibles, non déformés par la démesure ou la passion.Puis porter sur ces aspects un regard qui, ouvert, posé et impartial, sait reconnaître le bien lorsqu’il est exaspéré par le mal!

C’est la démarche suivre pour faire disparaître dans une large mesure et notre malheur et nos égarements.

Extrait du livre «Renouvelle ta vie» par cheikh Muhammad Al Ghazali – Disponible à l’achat sur ce lien
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