Par quel moyen déterminer le calendrier lunaire musulman ? C’est une question que des musulmans considèrent comme fondamentale car elle a une dimension cultuelle liée au jeûne, un des cinq piliers de l’islam. D’autres musulmans doutent de la pertinence d’évoquer encore une fois le sujet de la détermination du début du mois de Ramadan et le jour de l’Aïd. N’est-ce pas un détail par rapport à d’autres sujets plus importants ? N’est-il pas plus judicieux de s’intéresser plutôt à la prescription du jeûne dans sa dimension spirituelle et morale que de prolonger un débat autour d’un sujet de calendrier ?

La fixation d’un calendrier est certes une question « technique » mais elle mérite d’être traitée sérieusement pour trois raisons essentielles :

1-    Pour sortir de ce débat polémique sur la manière de fixer le début et la fin du mois, nous devons opter pour un avis qui nous aide à trancher cette question définitivement. Il est temps que les musulmans puissent classer cette affaire et épargner les fidèles de l’incertitude qui les accompagne pour commencer et finir leur jeûne. Nous pouvons affirmer que le seul moyen qui nous permettra de sortir de cette divergence inutile est d’adopter le calcul scientifique, car c’est le calcul scientifique qui peut nous fournir des informations exactes et fiables, alors que les informations relatives à la vision du croissant ont été et restent toujours marquées par une large inexactitude. Les musulmans ont parfaitement accepté le fait d’accomplir leurs cinq prières quotidiennes selon un calendrier prédéfini sans éprouver le besoin de vérifier systématiquement l’exactitude des conditions liées au mouvement du soleil afin de connaitre le commencement de chaque temps de prière. Le même principe doit nous conduire à utiliser les informations scientifiques concernant le mouvement de la lune pour déterminer les débuts des mois lunaires. Le Coran nous parle dans le même verset du soleil et de la lune : « Le soleil et la lune évoluent selon un calcul minutieux » S55-V5

C’est parce que nous voulons en finir avec une question qui n’a plus lieu de préoccuper les musulmans que nous optons pour le calcul scientifique pour fixer notre calendrier lunaire.

2-    Pour que les musulmans puissent avoir un calendrier préétabli pour leur début du jeûne et aussi pour leur jour de fête, ils ont également besoin d’adopter le calcul scientifique, qui est le seul moyen capable de nous fournir ce calendrier défini préalablement. Cette connaissance préalable est une nécessité pour les musulmans vivant dans une société non musulmane pour accomplir et vivre dignement leurs célébrations religieuses. La célébration des fêtes est un élément important dans la préservation de l’identité religieuse de chaque communauté religieuse, en témoigne le Hadith du Prophète Mohammed (SBDSL) en parlant du jour de la fête de l’Aïd : « A chaque communauté ses fêtes, et aujourd’hui c’est notre fête »

L’absence d’un calendrier fixé à l’avance nous met devant des difficultés pour :

  • planifier un jour de congé pour célébrer la fête de l’Aïd en famille
  • organiser suffisamment à l’avance la grande prière de l’Aïd, qui connait généralement une grande affluence, et qui nécessite ainsi dans certaines villes de réserver des grandes salles en dehors des mosquées
  • informer et sensibiliser nos concitoyens non musulmans à nos jours de fêtes pour permettre à ceux qui veulent nous présenter leurs vœux de le faire, et notamment les maires de communes qui veulent programmer leur passage dans les lieux de rassemblement des musulmans le jour de l’Aïd
  • permettre aux médias la couverture de nos fêtes afin qu’elles soient connues de nos concitoyens.

Surmonter ces difficultés suppose que notre calendrier lunaire soit préalablement défini, et le seul moyen pour y parvenir est le calcul scientifique.

3-    La question de la définition du calendrier lunaire nous offre un bon sujet pédagogique pratique qui permet aux musulmans de revoir certaines approches méthodologiques dans la compréhension de leur religion :

a-     L’adoption du calcul scientifique repose le rapport entre la religion et la science, une question pourtant tranchée dans la pensée islamique qui n’a jamais vu d’opposition entre les vérités religieuses et les données scientifiques exactes. Comment pouvons-nous ignorer aujourd’hui la science de l’astronomie qui nous livre des informations fiables par rapport à la vision du croissant lunaire et continuer à recourir à des moyens qui doivent être dépassés ?

b-     Adopter le calcul scientifique nous rappelle une règle importante, établie par les savants musulmans, qui stipule que si la cause d’une prescription change, la prescription en question doit aussi changer par conséquence. Si le Prophète a ordonné dans certains de ces Hadiths de voir le croissant pour déclarer le début du mois car les musulmans de son époque ne connaissaient pas le calcul et l’écriture. Aujourd’hui, cette cause n’est plus d’actualité et les musulmans qui connaissent désormais le calcul sont en mesure de se baser sur les données scientifiques à leur portée.

c-     Adopter le calcul scientifique, c’est aussi confirmer la règle juridique déterminée par les savants qui précise que l’argument certain doit prévaloir sur l’argument incertain : fixer le début du mois sur la base du calcul comme moyen certain doit prévaloir sur le moyen de la vision qui reste un moyen incertain. Souvenons-nous de l’exemple du Ramadan de l’année 1989 : les musulmans du monde arabe avaient commencé leur jeûne sur trois jours en décalé !

En effet, ces approches méthodologiques sont nécessaires pour parvenir à une compréhension intelligente de l’islam dans plusieurs questions qui se posent à la raison musulmane contemporaine.

C’est pour toutes ces raisons que le problème du calendrier est important à poser et qu’i faut le résoudre d’une manière rigoureuse et fondée.

Reste à répondre au souci de ceux qui se demandent sur l’autorité qui doit nous permettre de trancher cette question et de réaliser l’unité des musulmans ? Les fédérations musulmanes de France, dont la Grande Mosquée de Paris, le RMF et l’UOIF, réunies dans un colloque scientifique au mois de mai 2013 ont signé à l’unanimité l’avis adoptant le calcul scientifique ; un accord qui reste valable et que beaucoup d’acteurs musulmans sont en train de confirmer. C’est vers cette direction que la communauté musulmane doit évoluer afin de clore une question qui mérite d’être close.

Ahmed Jaballah

Directeur de l’IESH de Paris et Secrétaire Générale du Conseil Européen de la Fatwa et des Recherches

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