Certains contemporains interdisent au musulman de lever les mains pour implorer Dieu. Ils vont jusqu’à considérer cette pratique comme étant une innovation « bid’a ». Pour se justifier, ils se réfèrent au hadith rapporté par al-Boukhari et Mouslim dans lequel Anas (rad) dit que le Prophète (saws) n’avait pas l’habitude de lever ses mains pour les invocations « dou’as » sauf pour la Prière de demande de pluie « istisqa » durant laquelle il levait ses mains si haut que l’on pouvait voir la blancheur de ses aisselles [1].

Or, il existe un très grand nombre de hadiths évoquant explicitement l’action de lever les mains pour les « dou’as ».

En effet, le Prophète (saws) dit dans le hadith « Dieu est Bon et n’accepte que ce qui est bon », le cas de l’homme, qui, prolongeant son voyage, tout échevelé et poussiéreux, tend les mains vers le ciel (s’écriant) : « Seigneur ! Seigneur ! » alors que sa nourriture est illicite, sa boisson est illicite et qu’il s’est nourri de choses illicites. Comment serait-il exaucé ?[2]

En commentant ce hadith, le célèbre savant hanbalite ibn-Rajab dit : « Le Prophète (saws) a indiqué les bonnes manières à observer lors de l’imploration de Dieu « dou’a » ainsi que les causes entraînant ou empêchant son exaucement. Il cite ainsi quatre causes d’exaucement du « dou’a » … troisièmement : lever les mains vers le ciel »[3]

Le Prophète (saws) dit également : « Lorsque l’homme lève les mains vers Dieu, Dieu par générosité et pudeur envers son serviteur, se refuse de les lui rendre vides »[4]

Plusieurs hadiths relatent d’une manière authentique que le Prophète (saws) levait les mains lors de ses invocation « dou’as ». Abou Moussa al-Ash’ari dit : « Le Prophète (saws) demanda de l’eau puis fit les ablutions. Il leva ensuite les mains en disant : « Seigneur Dieu ! Accorde Ton Pardon à ‘Oubeyd Abi ‘Amir », au point où je vis la blancheur de ses aisselles. »[5]

Lorsque le Prophète (saws) fut informé que Khalid ibn al-Walid exécuta des captifs, il leva les mains et dit : « Seigneur Dieu ! Je ne suis pas responsable de ce qu’a commis Khalid. »[6]

Al-Boukhari a cité les deux hadiths précédents dans son célèbre recueil au chapitre intitulé « Lever les mains lors des invocations « dou’as ».

Le Prophète (saws) leva également les mains pour implorer Dieu pendant la bataille de Badr, après avoir lapidé la première stèle (pendant le Pèlerinage), puis il fit la même chose après la deuxième stèle, il fit également la même chose pour le retour de ‘Othman (le jour de al-Houdaybiya), à l’occasion de l’éclipse solaire …

Lorsque le Prophète (saws) partit pour réconcilier les Banou ‘Amr ibn ‘Awf, il fit signe à Abou Bakr de diriger la Prière, Abou Bakr leva les mains et rendit louange à Dieu alors que celui-ci était en prière[7]. Or, s’il est permis de lever les mains pour implorer Dieu pendant la Salat, il est à plus forte raison permit de le faire en dehors de la Salat.

Dans son livre « raf’oul-yadayn fis-salat » (l’action de lever les mains dans la Prière), al-Boukhari rapporte que ‘Omar et Ibn Mas’oud levaient les mains pendant l’imploration du « qunut ».

Tous ces hadiths et bien d’autres nous démontrent que la règle en matière de « dou’as » est de lever les mains que se soit après la Prière ou ailleurs. On ne peut s’écarter de cette règle qu’en présence d’un texte authentique et explicite.

As-Souyouti dit : « Une centaine de hadiths a été rapporté évoquant l’action de lever les mains pour l’imploration de Dieu « dou’as »[8] ». Il dit également : « Je les ai rassemblés dans une « section » (jouz)[9], mais ces hadiths relatent des situations différentes n’ayant pas atteint, pour chacune d’elle, le niveau de « moutawatir »[10], le point commun est qu’en considérant l’ensemble des textes, le caractère « notoire » (tawatour) de la transmission de l’action de lever les mains pour les « dou’as » est établi d’une manière implicite »[11].

Ibn Taymiya dit : « Il est de la Sunna pour celui qui implore Dieu de lever les mains, de commencer par rendre la louange à Dieu, le glorifier et prier sur le Prophète (saws), puis conclure le tout par le « ta-min » (le fait de dire « amin ») ». Il dit également : « Quant à l’action de lever les mains pour l’imploration « dou’a », il y a à ce sujet de nombreux hadiths authentiques »[12].

Quant au hadith limitant l’action de lever les mains à la Prière de l’istisqa, an-Nawawi en dit dans son commentaire du « sahih Mouslim »« La signification littérale de ce hadith laisse entendre que le Prophète (saws) ne levait jamais les mains pour l’imploration de Dieu à l’exception de la Prière de l’istisqa, or, ce n’est pas du tout le cas. Au contraire, il est établi d’une façon authentique que le Prophète (saws) a levé les mains pour l’imploration de Dieu dans différentes situations en dehors de la Prière de l’istisqa. Ces situations sont innombrables, j’en ai recensé une trentaine relatées dans les deux recueils authentiques (de al-Boukhari et Mouslim) ou dans l’un des deux, que j’ai cité à la fin du chapitre de la description de la Salat. L’explication de ce hadith consiste à dire que le Prophète (saws) n’avait pas l’habitude de lever les mains d’une manière aussi expressive, au point de voir la blancheur de ses aisselles, que pour la prière de l’istisqa. Ou que je ne l’ai pas vu lever les mains mais d’autres l’ont vu. Dans ce cas, la primauté est accordée à ceux qui l’affirment l’avoir vu dans nombreuses situations, et ils sont plusieurs groupes, contre une seule personne qui n’y a pas assisté. Il est indispensable d’expliquer ce hadith de la sorte ».

De son côté ibn-Hajar al-‘Asqalani dit dans son commentaire de « sahih al-Boukhari » : « Ce hadith (D’après Abou Moussa al-Ash-‘ari : le Prophète (saws) implora Dieu, il leva les mains au point où je vis ses aisselles[13]) et celui qui le suit (Ibn ‘Omar dit : Le Prophète (saws) leva les mains et dit : « Seigneur Dieu ! Jedégage ma responsabilité de ce qu’a fait Khalid »[14]) renferment la réfutation de l’argument de celui qui prétend que le Prophète (saws) ne levait les mains que pour la Prière de l’istisqa d’une manière absolue se tenant au hadith « le Prophète (saws) n’avait pas l’habitude de lever ses mains pour les invocations « dou’as » sauf pour la Prière de demande de pluie « istisqa » » qui est un hadith authentique. La conciliation de ce hadith avec l’ensemble des hadiths relatés à ce sujet et ce qu’ils véhiculent comme sens, consiste à dire que la négation concerne une manière particulière (de lever les mains) et non pas le principe de lever les mains comme je l’ai indiqué au chapitre relatif à l’istisqa. Ce qui en résulte, c’est que la manière de lever les mains pour l’istisqa est différente de la manière de lever les mains pour les autres cas, soit par l’accentuation du geste en situant les mains au niveau du visage alors que pour les autres « dou’as » les mains sont situées au niveau des épaules, et l’expression « au point de voir la blancheur de ses aisselles » présente dans les deux hadiths ne remet pas en question cette explication car la conciliation des deux hadiths consiste à dire que la vision de la blancheur des aisselles lors de l’istisqa est plus importante qu’elle ne l’est dans les autres situations, ou que les paumes des mains soient orientées, pour l’istisqa, vers le visage, alors qu’elles sont orientées vers le ciel pour les autres « dou’as » »[15].

Ainsi, la règle en matière de « dou’as » est de lever les mains. Si aucun texte n’affirme ou n’infirme l’action de lever les mains pour un cas précis, alors la règle de lever les mains est de vigueur. Prenons par exemple la Prière du vendredi : doit-on lever les mains lorsque l’imam prononce les dou’as de la fin du prêche ?

Certains l’interdisent formellement considérant cette action comme une innovation. Ils justifient cet avis par l’absence de textes prouvant que les compagnons le faisaient. Certes, il n’existe pas de textes disant que les compagnons levaient les mains à cette occasion, mais de l’autre côté, il n’existe aucun texte évoquant que les compagnons ne le faisaient pas non plus ! Ainsi, il est permis de lever les mains pendant les dou’as prononcés par l’imam à la fin de son prêche étant donnée que la règle en matière de dou’as est de les lever.

En revanche pour l’imam, les savants jugent répréhensible, voire interdit, le fait de lever les mains pour les dou’as lors de son prêche puisqu’il est établi d’après un hadith rapporté par Mouslim que lors du prêche du vendredi, le Prophète (saws) ne levait pas les mains et se contentait de lever le doigt.

Moncef Zenati (extrait du livre La Sunna : mode d’emploi)

[1] – Rapporté par al-Boukhari et Mouslim
لم يكن النبي (ص) يرفع في شيء من دعائه إلا في الاستسقاء، فإنه كان يرفع يديه حتى يُرى بياض إبطيه
[2] – Rapporté par Mouslim
إن الله تعالى طيب لا يقبل إلا طيبا … ثم ذكر الرجل يطيل السفر أشعث أغبر يمد يديه إلى السماء يا رب يا رب ومطعمه حرام ومشربه حرام وملبسه حرام وغُذِّي بالحرام فأنى يستجاب له
[3] « jaami’a al-‘ouloum wal-hikam » de Ibn rajab al-hanbali p
[4] – Rapporté par Ahmed, Abou Daoud, al-Tirmidhi et Ibn Majah
إن الله حيي كريم يستحيي إذا رفع الرجل إليه يديه أن يردهما صفرا خائبتين
[5] – Rapporté par al-Boukhari et Mouslim
عن أبي موسى الأشعري قال: دعا النبي (ص) بماء فتوضأ، ثم رفع يديه، ثم قال: اللهم اغفر لعبيد أبي عامر، حتى رأيت بياض إبطيه
[6] – rapporté par al-Boukhari
اللهم إني أبرأ إليك مما صنع خالد
[7] – Rapporté par al-Boukhari et Mouslim
[8] – « faddoul-wi’a fi ahadith ra’il-yadayni fid-dou’a » de as-Souyouti
[9] – « Al-Jouz-ou » (section) désigne tout livre dans lequel est réuni ce qu’a rapporté un des transmetteurs du hadith, ou dans lequel est rassemblé ce qui a trait à un sujet particulier.
[10] – un hadith « motawatir » est un hadith rapporté, à chaque maillon de la chaîne des transmetteurs, du début à la fin de la chaîne, par un si grand nombre de rapporteurs que la raison veut qu’il soit impossible qu’ilss’accordent sur un mensonge
[11] – « Tadrib ar-rawi » (2/280) de as-Souyouti
[12] – « al-fatawa al-Koubra » (2/219) de Ibn Taymiya
[13] – Hadith rapporté par al-Boukhari
قال أبو موسى الأشعري: دعا النبي (ص)، ثم رفع يديه ورأيت بياض إبطيه
[14] – Hadith rapporté par al-Boukhari
قال ابن عمر: رفع النبي (ص) يديه وقال: اللهم إني أبرأ إليك مما صنع خالد
[15] – « fath al-bari » de Ibn Hajar al-Asqalani (11/171)

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