Dans un premier temps,  je souhaite à toutes mes sœurs et à tous mes frères un Ramadan béni. Aussi,  je me permets de réagir au sujet de cette discussion pour ne pas dire controverse autour du début de ce Ramadan 2013. Malheureusement, la polémique a pris beaucoup d’ampleur et le transfert de sms et de mails sans même la moindre vérification s’est largement développé dans les quatre coins de la France.

Comme chacun le sait, s’assurer des informations que l’on reçoit est une exigence religieuse (matlab char’i) établie par la Parole d’Allah : « Ô vous qui portez la foi ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, vérifiez-la – (ou assurez-vous en d’après les lectures de Hamza et Al Kifa’iyu) de crainte que, par inadvertance, vous ne portiez atteinte à des gens et que vous ne regrettiez par la suite ce que vous avez fait » (Sourate 49 Les Appartements, v6)

Cet ordre explicite pour les croyants a pour objectif d’éviter la diffusion des rumeurs, des propos mensongers et des fausses informations qui pourront avoir des conséquences désastreuses sur les individus, les groupes et la société.

Force est de constater qu’un certain nombre de personnes a malheureusement écrit/transmis sous forme de sms et mails que l’UOIF prend des décisions relevant de l’innovation « bid’a ». N’est-il pas dangereux d’écrire cela sachant qu’Allah Loué soit-Il dit : « Et ne poursuis (ne dis pas = Lâ taqûl) pas ce dont tu n’as aucune connaissance. L’ouïe, la vue et le cœur : sur tout cela, en vérité, on sera interrogé » (Le Voyage nocturne – V36)

 Au préalable, j’aimerais rappeler quelques principes sur lesquels se base l’UOIF :

  •  La compréhension fondée de l’Islam
  •  La pratique éclairée
  •  La recherche des intérêts et de l’unité de la communauté musulmane
  •  Le choix des avis théologiques les plus appropriés à notre réalité
  •  La reconnaissance et le respect de la diversité
  •  La recherche de la facilité « fondée sur le Coran et la Sunna »

Ainsi, depuis sa fondation, à travers toutes ses activités à l’échelle nationale et locale, l’UOIF tente de répondre aux attentes de la communauté musulmane avec comme règle fondamentale lui permettre de vivre et pratiquer l’Islam sans aucune quelconque gêne (haraj). De ce fait, toute personne ayant étudiée un temps soit peu la question liée au début du Ramadan sait qu’il y a une divergence (ikhtilâf) entre les jurisconsultes musulmans à partir du hadith de référence suivant :

Ibn ‘Omar (rad) rapporte : « j’ai entendu le Messager d’Allah   dire : Si vous le voyez (le croissant lunaire) jeûnez ; et si vous le revoyez rompez le jeûne. Si le ciel est obscur, comptez-le. » Hadîth agrée.  Dans la version de l’Imam Al Bukhârî « […] complétez à trente ».

Il en est des gens de Science qui se basent strictement sur la lettre de ce texte prophétique et d’autres qui considèrent plutôt la finalité du dire prophétique. Les premiers n’acceptent donc que la seule observation visuelle alors que les seconds ne voient aucun mal à recourir au calcul astronomique du fait qu’il nous permet aujourd’hui d’atteindre facilement et précisément la finalité fixée par la parole prophétique, à savoir la naissance du croissant lunaire. Selon moi, On ne peut nullement se permettre d’affirmer que le 1er groupe suit la tradition prophétique (sunna) et le 2nd groupe apporte une innovation (bid’a). Il s’agit plutôt d’un intérêt général (maslaha ‘âma) qui ne contredit pas les fondements et les finalités de la législation islamique.

Allah  dit : « Celui qui observe le croissant lunaire, qu’il jeûne […]» (La Vache – V185)

De son temps, le messager d’Allah (Paix et Bénédiction d’Allah sur Lui) a invité les compagnons a scruté le ciel pour observer la naissance du croissant lunaire. A cette époque, c’était en effet le moyen le plus simple d’autant plus que le Prophète Paix et Bénédiction d’Allah sur Lui) a précisé : « nous sommes une communauté analphabète qui ne sait ni lire, ni compter, le mois est comme ceci ou comme cela, c’est-à-dire 29 ou 30 jours » (al-Boukhari et Mouslim). » De nos jours, l’astronomie est devenue une science moderne qui a atteint les plus hauts degrés de la précision en ce qui concerne le mouvement des planètes, notamment celui de la lune et de la terre, la connaissance de leurs positions sur la voûte céleste et le calcul de la position de l’une par rapport à l’autre, à tout instant, d’une façon catégorique.

Le célèbre traditionnaliste (mouhadith) Ahmed Chakir (Paix à son âme) soutenait même l’avis que si la détermination du début du Ramadan pouvait être obtenue par un moyen plus efficace que la vision tel que le calcul astronomique, celui-ci devait être utilisé et privilégié.

En effet, Allah  dit : « C’est Lui qui a fait du soleil une clarté et de la lune une lumière, et Il en a déterminé les phases afin que vous sachiez le nombre des années et le calcul (du temps). Allah n’a créé cela qu’en toute vérité. Il expose les signes pour les gens doués de savoir. » (Younous – V18)

On sait que tous les ans, il y a un décalage concernant le début du jeûne entre les différents pays, notamment musulmans. A titre d’exemple, rares sont les années où le Maroc a débuté le jeûne en même temps que l’Arabie et d’autres pays. Depuis de nombreuses années l’UOIF cherche à ce que tous les musulmans de France s’unissent autour d’un même jour de début et de fin du Ramadan. Les nombreuses études menées par des savants intègres maîtrisant le Texte et le contexte ont amené l’UOIF à proposer aux instances représentatives (CFCM) d’organiser une série de séminaires et de colloques qui réunirait des savants jurisconsultes et des spécialistes astrophysiciens (notamment à Paris, les 4 et 5 février 2012, puis le 9 mai 2013). Ainsi, sous l’impulsion de l’UOIF, le CFCM a adopté ce principe non pas pour diviser mais plutôt œuvrer activement à unir les musulmans. Contrairement à ce qu’avancent certains, ce choix fondé et à la lumière du Savoir répond donc à une réalité qui apporte des facilités au musulman sur le plan religieux, social, organisationnel et même professionnel.

Néanmoins, bien que nous soyons convaincu aujourd’hui par la nécessité de ce choix, nous comprenons la difficulté qu’ont certains de nos coreligionnaires à accepter le changement combien même celui-ci serait fondé. Lorsqu’on s’est habitué à suivre l’Arabie pendant des années, il n’est pas simple d’accepter autre chose et pourtant cela semble être un impératif au service de l’unité et de la fraternité. L’usage du calcul pour déterminer les heures des cinq prières rituelles et les présenter sous forme de tables annuelles simples d’utilisation n’a jamais suscité de débat ni d’opposition quant à sa conformité avec les principes du droit musulman. Il appartient donc aux responsables de mosquées et aux imams d’éclairer les fidèles sur cette question.

Permettez-moi de rappeler également que l’UOIF émet ses avis en se basant entre autres sur Dar el Fatwa et le CEFR (conseil européen de la fatwa et de la recherche) composés d’éminents savants indépendants ne cherchant que l’intérêt des musulmans et la satisfaction divine.

Par ailleurs, la grande mosquée de Paris (et par conséquent la présidence du CFCM – M. Dalil Boubakeur) est revenue sur sa position résultant d’un consensus au sein du CFCM  pour des raisons qui lui  appartient d’expliquer. Quant à l’UOIF, ayant travaillé longuement sur le sujet, elle est restée fidèle à son avis non pas pour des raisons partisanes mais bel et bien parce qu’elle est convaincue de la nécessité d’un tel avis qui doit être davantage expliqué aux musulmans au travers d’une pédagogie appropriée.

Enfin, je profite de cette occasion pour souhaiter à toutes mes sœurs et à tous mes frères, un mois du Ramadan empreint de piété, de miséricorde, de pardon et de partage. Puisse Allah accepter nos bonnes œuvres et pardonner nos péchés. Amine.

 Louange à Allah, Maître de l’univers.

Abdelwaheb NBAHEDDA
Responsable éducatif Lille – UOIF

1 commentaire

  1. Salam aleykoum,

    Merci pour cet article rassurant et éclairant.
    Il me semble du ressenti général que j’ai et que j’ai pu mesurer autour de moi, que dans cette histoire une des “erreurs” si je puis dire ai été l’annonce de ce mode de calcul par le CFCM instance qui pour moi et bien du monde dans mon entourage ne représente pas la communauté musulmane de France. Il constitue plutôt une supercherie, une duperie,(sans porter de jugement, je parle vraiment de la réputation, c’est un fait, une réalité.)du fait de son origine et qui de fait amène à une grande méfiance de la part de la communauté. Pour conclure, peut-être que la situation aurait été différente si d’autres instances respectées et représentatives de la Oumma aurait proclamé un tel choix (La voix de l’UOIF a nettement été masquée par celle du CFCM).
    Mon intention n’est nullement de nuire à quiconque. Si tel est le cas, qu’Allah me pardonne!

    Qu’Allah accepte vos efforts. Amine.

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