Al-Hassan (rad) fils de ‘Ali (rad), petit fils du Messager de Dieu (saws) dit : « J’ai retenu du Messager de Dieu (saws) : « Délaisse ce qui provoque en toi le doute pour ce qui ne suscite en toi aucun doute » (rapporté par an-Nasa-y et at-Tirmidhi qui le déclare  » valide-sûr bon » (hasan çahih))

Commentaire

Ce hadith, est une partie d’un long hadith évoquant le « qunut » du witr. At-Tirmidhi  et d’autres rapportent ce hadith avec cet ajout : « … car la sincérité est quiétude et le mensonge est suspect ». Dans la version rapportée par Ibn Hibban : « Le bien est quiétude et le mal est suspect »

D’après Abou Hourayra (rad), le Prophète (saws) dit à un homme : « Délaisse ce qui provoque en toi le doute pour ce qui ne suscite en toi aucun doute ». Il dit : « Et comment puis-je le connaître ? » Il dit : « Lorsque tu veux entreprendre quelque chose, pose ta main sur ta poitrine, car le cœur palpite à cause de l’illicite et s’apaise pour le licite, or, le musulman scrupuleux délaisse ce qui est mineur de peur de commettre ce qui est majeur »[1]

Ce hadith indique qu’on doit s’abstenir des choses douteuses et les éviter, car le licite pur ne provoque chez le musulman aucun doute ni perturbation. Il provoque au contraire l’apaisement du cœur. Quant aux choses douteuses, elles ne provoquent que malaise et perturbation.

Abou ‘Abd Arrahman al-‘Omari (m 184H) dit : « Lorsque l’homme est scrupuleux, il délaisse ce qui provoque en lui le doute pour ce qui ne suscite en lui aucun doute »[2]

Hassaan ibn Abi Sinan dit (m 180H) : « Rien n’est plus simple que le scrupule : lorsqu’une chose suscite en toi le doute, délaisse-là ». Ibn Rajab (m 795H) dit : « Ceci est simple pour des gens comme Hassaan »[3]

Hisham ibn Hassaan (m 146H) dit : « Mohamed ibn Sirin a délaissé la somme de quarante mille pour ce en quoi vous ne voyez aucun mal aujourd’hui »[4]

Yazid ibn Zouray’ (m 182H) s’est abstenu de prendre la somme de cent mille provenant de l’héritage de son père car ce dernier travaillait pour les sultans. Or, Yazid travaillait les palmiers et vivait de ceci jusqu’à sa mort.

Al-Miswar ibn Makhrama (rad) possédait une grande réserve de nourriture. A la vue de nuages porteurs de pluie en plein automne, il éprouva une répréhension. Il se dit alors : « Comment puis-je détester ce qui est bénéfique pour les musulmans ?! » Il jura alors de ne tirer aucun profit de sa réserve. Il informa ‘Omar Ibn al-Khattab de ceci. Ce dernier lui dit alors : « Que Dieu puisse te récompenser en bien »[5]

‘Omar (ra) dit : « Délaissez l’usure et le doute ». C’est-à-dire ce qui suscite en vous le doute même si vous n’êtes pas sûrs qu’il s’agisse d’usure.

Les jurisconsultes « fouqaha » déduisent de ce hadith que quiconque est convaincu d’avoir accompli les ablutions puis doute à propos de leur annulation, ses ablutions demeurent valides[6] car le Prophète (saws) dit : « Délaisse ce qui provoque en toi le doute », or, ce qui provoque le doute ici est l’annulation des ablutions, et ce qui ne suscite aucun doute est la réalisation des ablutions. Aussi, délaisse le doute concernant l’annulation en faveur de la certitude qui est l’accomplissement des ablutions. Les jurisconsultes « fouqaha » ont également déduit de ce hadith la règle juridique suivante : « La certitude ne peut être dissipée par le doute ».

Il importe de préciser ici que l’intransigeance quant au fait de s’abstenir des choses douteuses n’a de sens que pour celui qui observe scrupuleusement les prescriptions de l’islam. Quant à celui qui s’adonne aux interdits puis, par scrupule, s’abstient de ce qui fait partie des choses douteuses loin d’être évidentes, il ne peut être concerné par ce qui a été dit ; au contraire, il doit être réprimandé à l’instar de ce qu’a dit Ibn ‘Omar (rad) à l’homme venant d’Irak qui l’interrogea sur le fait de tuer un moustique : « Ils m’interrogent sur le fait de tuer un moustique alors qu’ils ont assassiné al-Housseïn ?! »

Un homme interrogea Bishr ibn al-Harith (m 227H) au sujet d’un homme dont la mère lui demande de divorcer de son épouse. Il dit : « S’il obéit à sa mère en toute chose, et s’il ne reste plus que le fait de divorcer pour faire preuve de bienfaisance à l’égard de sa mère, alors qu’il divorce. Par contre, s’il fait preuve de bienfaisance à l’égard de sa mère en divorçant de son épouse, puis agit envers sa mère avec violence, alors qu’il ne le fasse pas »[7]

  • « Le bien est quiétude et le mal est suspect » : Cela signifie que le bien apaise les cœurs et que le mal les perturbe et ne les apaise pas. Mais aussi, cela indique qu’il faut s’en remettre au cœur en cas de doute. Ceci sera exposé davantage lors du commentaire du hadith n°27 relaté par an-Nawwas ibn Sam’an (rad) : « Le bien est le bon caractère, le péché est ce qui trouble intérieurement et qu’on n’aime pas dévoiler aux autres »

    Ibn Jarir rapporte selon sa chaîne de transmetteurs d’après Qatada d’après Bashir ibn Ka’b[8] que ce dernier dit à sa servante après avoir récité ce verset : « parcourez donc ses grandes étendues « manakibiha » » (la royauté : 15) : « Si tu sais ce que signifie « manakibiha » je te libère » Elle dit : « « manakibiha » signifie ses montagnes » C’est comme s’il avait reçu une gifle car il tenait à cette servante. Il demanda donc conseil aux gens. Certains lui dirent de la libérer et d’autres lui dirent le contraire. Il interrogea alors Abou ad-Darda qui lui répondit : « Le bien est quiétude et le mal est suspect, délaisse donc ce qui provoque en toi le doute pour ce qui ne suscite en toi aucun doute ».

  • Dans l’autre version : « La vérité est quiétude et le mensonge est suspect » : Cela signifie qu’il ne faut pas se fier à la parole de quiconque. On ne doit se fier qu’à la parole de ce celui qui dit la vérité. Or, l’indice de la véracité est l’apaisement du cœur et l’indice du mensonge est que ce dernier perturbe le cœur et provoque la répugnance.

C’est pour cette raison que les hommes sages, lorsqu’ils entendirent le Prophète (saws) parler, conclurent qu’il était véridique et que ce à quoi il appelait était la vérité. Par contre, lorsqu’ils entendaient les dires de Mousaylima, ils en concluaient qu’il s’agissait d’un menteur et que ce à quoi il appelait était un pur mensonge. Avant sa conversion à l’islam, ‘Amr ibn al-‘As entendit Mousaylima dire en prétendant qu’il s’agissait d’une révélation qu’il a reçue : « Ô chameau couvert de poils ! Ô chameau couvert de poils ! Tu es doté de deux oreilles et d’une poitrine. Et tu sais certainement, Ô ‘Amr ! » ‘Amr l’interrompit en disant : « Par Dieu, je sais certainement que tu mens »[9]

 

Moncef Zenati

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[1] -rapporté par at-Tabarani selon une chaîne de transmetteurs jugée faible
[2] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/280
[3] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/280
[4] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/281
[5] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/281
[6] – Pour les malikites, le doute d’avoir perdu les ablutions n’invalide pas les ablutions lorsqu’il surgit pendant la Prière. Par contre, si ce doute parvient en dehors de la Prière, il invalide les ablutions.
[7] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/283
[8] – un tabi’i
[9] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/285

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