Les qualités des serviteurs du Tout Miséricordieux

A la fin de la sourate le « discernement » (al-fourqan), nous pouvons apprécier une toile coranique dans laquelle est tracée les contours d’une personnalité appartenant à une catégorie d’individus appelée « les serviteurs du Tout Miséricordieux » (‘ibad ar-Rahman). Il s’agit d’une élite parmi les gens, élue par Dieu pour en faire un exemple à suivre.

Les serviteurs du Tout Miséricordieux sont des êtres dont le nom est exclusivement annexé à celui de Dieu. S’il existe des serviteurs de Satan, des esclaves des tyrannies, des passions, de l’argent comme l’indique le Prophète (saws) : « Malheureux est l’esclave du dinar et du dirham » (rapporté par al-Boukhari), s’il existe des esclaves de l’alcool, des drogues et du sexe, il y a certainement des êtres qui se sont libérés de toutes ces formes de servitudes pour ne se soumettre qu’à Dieu, le Tout Miséricordieux.

Ces êtres ont fait désespérer Iblis de pouvoir trouver un moyen pour atteindre leurs cœurs ; un moyen pour les fasciner ou les dominer « Il dit : « Par Ta Puissance, Je les séduirai assurément tous, sauf tes serviteurs élus parmi eux » » (Sad : 82 – 83) Dieu dit à Iblis : « Sur Mes serviteurs, tu n’auras aucune autorité » (al-Hijr : 42).

Ces êtres, Dieu les appelés « Les serviteurs du Tout Miséricordieux ». Dieu s’est ainsi attribué ces serviteurs, or, le fait qu’un être soit attribué à Dieu constitue le plus haut des honneurs.

De tous Ses Noms, Dieu a choisi « le Miséricordieux ». Il n’a pas choisi « le Puissant » ou « le Dominant », mais plutôt « le Miséricordieux » pour signifier qu’il s’agit d’êtres dignes de Sa miséricorde et que la miséricorde les cerne de tous les côtés.

Dans cette même sourate, Dieu dit auparavant au sujet des idolâtres : « Et quand on leur dit : « Prosternez-vous devant le Tout Miséricordieux », ils disent : « Et qu’est ce donc que le Tout Miséricordieux ? Allons-nous nous prosterner devant ce que tu nous commandes ? » Et cela accroît leur répulsion » (le discernement : 60) C’est-à-dire ; lorsque le Prophète (saws) les appela à se prosterner devant le Tout Miséricordieux, ils répondirent que le seul « Rahman » (miséricordieux) qu’ils connaissent est un homme habitant à al-Yamama. Dieu répondit alors que si, eux, ne connaissent pas le Tout Miséricordieux, il y a des êtres qui le connaissent et l’estime à sa juste valeur. Aussi, les serviteurs du Tout Miséricordieux désignent en premier lieu les compagnons du Prophète (saws), puis tous les croyants qui s’imprègnent de leurs qualités.

Veux-tu faire partie des serviteurs du Tout Miséricordieux ? Veux-tu qu’on t’attribue à Dieu ? Alors prends connaissance de leurs qualités et de leurs traits distinctifs, et emploie-toi à devenir l’un d’eux, car faire partie de cette élite de croyants n’est pas une question de parole ou de prétention. En effet, la prétention est une chose aisée et fréquente, mais la concrétisation du sens est beaucoup plus difficile et rare.

Nombreux ceux qui disent : « Je suis du nombre des serviteurs du Tout Miséricordieux ». Mais leurs actions indiquent expressément qu’il sont plutôt du nombre des serviteurs de Satan et du nombre des esclaves des passions.

Dieu énonce les qualités des serviteurs du Tout Miséricordieux dans les versets suivants:

« Les serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur terre, qui, lorsque les ignorants s’adressent à eux, disent : « Paix ».

Qui passent les nuits prosternés et debout devant leur Seigneur ;

Qui disent : « Seigneur, écarte de nous le châtiment de l’Enfer » car son Enfer est permanent.

Quel mauvais gîte et lieu de séjour.

Qui, lorsqu’ils dépensent, ne sont ni gaspilleurs ni avares mais se maintiennent au juste milieu.

Qui n’invoquent pas d’autre dieu avec Dieu et ne tuent pas la vie que Dieu a rendu sacrée, sauf à bon droit ; qui ne commettent pas de fornication, car quiconque fait cela encourra une punition.

Et le châtiment lui sera doublé, au Jour de la Résurrection, et il y demeurera éternellement couvert d’ignominie ;

Sauf celui qui se repent et accomplit une bonne œuvre c’est vers Dieu qu’aboutira son retour.

Ceux qui ne donnent pas de faux témoignages ; et qui, lorsqu’ils passent auprès d’une frivolité, s’en écartent noblement ;

Qui lorsque les versets de leur Seigneur leur sont rappelés, ne deviennent ni sourds ni aveugles ;

Et disent : « Seigneur, donne-nous, en nos épouses et nos descendants, la joie des yeux, et fait de nous des guide pour les pieux.

Ceux-là auront pour récompense un lieu élevé au paradis grâce à leur endurance, et ils y seront accueillis avec le salut et la paix. » (le discernement : 63 – 76).

Il serait donc bon de réserver une série de sermons afin de vivre à la lumière de ces versets ; afin d’exposer en détails tous ces traits de caractères. Nous pourrons alors nous comparer à ces qualités et savoir si nous sommes véritablement du nombre des serviteurs du Tout Miséricordieux.

Quand je dis qu’il y a des serviteurs de Satan, des esclaves de l’argent à l’instar du hadith du Prophète (saws) : « Malheureux et l’esclave du dinar, l’esclave du dirham et l’esclave des vêtements luxueux » (rapporté par al-Boukhari), il ne faut pas comprendre qu’il faut renoncer à ce bas-monde et à ce qu’il contient ou que la possession de richesses est réprouvée en islam. Etre esclave de ce bas-monde consiste à ce que l’homme s’y attache excessivement au point d’y être totalement asservi, au point d’en faire l’unique objet de sa convoitise ; la seule chose pour laquelle il vit, pour laquelle il sacrifierait toute chose y compris sa foi et son honneur. Ibn ‘Ata dit dans ses célèbres « sagesses » : « Tu es l’esclave de ce que tu convois ; libre de ce dont tu désespères ».

Ce qui est condamnable, c’est de convoiter ce bas-monde et de le préférer à l’au-delà. Dieu dit : « Quant à celui qui aura dépassé les limites et aura préféré la vie présente, alors l’Enfer sera son refuge » (an-nazi’ate : 37 – 39), « Mais vous préférez plutôt la vie présente » (le très Haut : 16), « Mais vous aimez plutôt la vie éphémère, et vous délaissez l’au-delà » (la résurrection : 20 – 21).

Quant au fait de posséder des biens matériels, ceci ne contredit en rien les préceptes de la religion et ne contredit guère la notion d’ascétisme « zouhd », car l’ascétisme en islam est un rapport ésotérique avec la matière. Il s’agit de posséder les biens matériels sans en faire un objet de convoitise, en faisant de l’au-delà l’objectif suprême. Les biens de ce bas-monde doivent être entre tes mains et ne doivent pas habiter ton cœur. L’ascète est celui qui possède les biens matériels mais ne se laisse pas posséder par ses biens. C’est lui qui maîtrise sa richesse mais ce n’est pas la richesse qui le maîtrise.

Le Prophète (saws) dit : « Quelle belle richesse est la richesse qui se trouve entre les mains d’un vertueux » (rapporté par Ahmed), « Aucun bien ne m’a été plus utile que les biens d’Abou Bakr » (rapporté par Ahmed, Ibn Hibban et Ibn Majah). D’ailleurs, il y avait parmi les prophètes des rois immensément riches tels que Daoud (David) et Soulaïman (Salomon). La plupart des dix compagnons promus au Paradis étaient riches… et « le croyant fort est meilleur et plus aimé de Dieu que le croyant faible » (rapporté par Mouslim) et cela vaut pour la force économique, dans la mesure où le croyant riche et vertueux mettra sa richesse au service de sa religion, de sa communauté et de l’intérêt général. C’est dans ce sens qu’Abou Bakr dit en répondant aux propos du Prophète (saws) : « Aucun bien ne m’a été plus utile que les biens d’Abou Bakr », « Moi et mes biens appartiennent au Messager de Dieu ».

Aussi, amasse autant de richesses que tu souhaites, mais n’en sois pas l’esclave ; ne sois pas l’esclave de ce bas-monde, sois exclusivement le serviteur de Dieu, et aspire à faire partie des serviteurs du Tout Miséricordieux.

Sermon du vendredi – Moncef Zenati

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Votre Nom

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.