L’indulgence en Islam

Lors du dernier sermon, nous avons évoqué la première qualité des serviteurs du Tout Miséricordieux, à savoir, la modestie. Dieu dit : « Les serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur terre » (25 :63).

Puis, Dieu nous évoque leur deuxième qualité qui traduit leur relation avec les gens, plus particulièrement avec les ignorants et les insolents parmi eux. Dieu dit : « qui, lorsque les ignorants s’adressent à eux, disent : « Paix » » (25 :63). C’est-à-dire, ils disent des paroles qui les mettent à l’abri du péché, à l’abri de tout reproche ; à l’abri des mauvaises conséquences. Ils ne répondent pas au mal par le mal, même si cela est leur droit ; même s’ils en sont capables ; même s’ils sont capables de rendre coup pour coup, ou même deux coups pour un seul ! Ils ne perdent pas leur temps à répondre aux ignorants et aux insolents.

Lorsque les ignorants s’adressent à eux, ils disent « Paix ». Ils disent des paroles justes, dignes d’eux, dignes de leur rapport à Dieu, dignes de leur rapport avec l’au-delà, dignes de la mission à laquelle ils se sont consacrés : être au service de Dieu.

Ils disent : « Paix sur vous » à l’instar de ce groupe de croyants que Dieu nous a décrit dans la sourate « le récit » : « Et quand ils entendent des futilités, ils s’en détournent et disent : « A nous nos actions, et à vous les vôtres. Paix sur vous. Nous recherchons pas les ignorants » (28 :55). C’est-à-dire ; nous avons notre voie et vous avez la votre et nous ne souhaitons pas dévier de notre voie pour suivre la votre.

C’est ainsi que sont les serviteurs du Tout Miséricordieux « lorsque les ignorants s’adressent à eux, ils disent : « Paix » ». L’ignorance dont il s’agit ici n’est pas le contraire de la science. Il s’agit plutôt de l’ignorance dans le comportement, l’ignorance qui est le contraire de l’indulgence. En effet, l’insolent peut avoir fait de hautes études, décrochés les diplômes les plus distingués, occupé les plus hautes fonctions mais en dépit de toute cela il porte en lui une extrême ignorance en adoptant un mauvais comportement et en portant atteinte à la dignité des autres par des paroles outrageantes et blessantes.

Les ignorants sont nombreux sur terre, si l’homme passait son temps à leur répondre il se fatiguera et ne pourra ni vivre en paix ni accomplir son devoir. Son âme ne pourrait s’apaiser et son cœur ne pourrait connaître la quiétude. Aussi, ils se gardent de répondre aux insolents, même s’ils ont le droit de répondre au mal par un mal équivalent. Mais, eux, pardonnent, font preuve d’indulgence et ne disent que la vérité, et comme on dit : Chaque récipient ne verse que ce qu’il contient.

Un jour le Messie, que la Paix de Dieu soit sur lui, passa par un groupe d’israélites. Ces israélites dirent du mal de lui. Les entendant, il dit du bien d’eux. Ces apôtres lui dirent alors : Ils disent du mal de toi, et toi, tu dis du bien d’eux ?! Il dit : « Chacun dépense de ce qu’il a en sa possession ! » En effet, quiconque a de la bonté en sa possession dépensera de la bonté, et quiconque n’a dans sa gourde que du mal et de la mauvaiseté n’aura à offrir que la mal et la mauvaiseté.

Ainsi, lorsque les insolents s’adressent aux serviteurs du tout miséricordieux, ces derniers disent : « Paix sur vous », ils espèrent ainsi faire partie des « gens du mérite » mentionnés dans le hadith rapporté par al-Bayhaqi : « Lorsque Dieu réunira toutes les créatures, un appel sera lancé : « Où sont les gens du mérite ? » Des gens, peu nombreux, se lèveront alors et se précipiteront vers le Paradis. En les accueillant, les anges diront : « Nous voyons que vous vous précipitez rapidement vers le Paradis, qui êtes-vous ? Ils diront : « Nous étions des gens qui, lorsque nous subissions une injustice nous patientons, lorsqu’on nous faisait du mal nous pardonnions et lorsqu’on agissait avec ignorance à notre encontre nous faisions preuve d’indulgence » On leur dira alors : « Entrez donc. Que la récompense de ceux qui font le bien est excellente ! »

L’islam a établi le niveau de la justice : affliger au transgresseur une sentence équivalente à son agression sans rien lui ajouter. Mais, il incite à aspirer au niveau supérieur : le niveau du pardon et de l’indulgence. Dieu dit : « La sanction d’une mauvaise action est une peine identique. Mais quiconque pardonne et réforme, son salaire incombe à Dieu » (la consultation : 40), « Et si vous punissez, infligez à l’agresseur une punition égale au tort qu’il vous a fait. Et si vous endurez, cela est certes meilleur pour les endurants » (les abeilles : 126)

Zeyd ibn Sa’na (rad) était un rabbin juif, lorsqu’il voulut se convertir à  l’islam, il déclara : « Il ne restait aucun signe de la prophétie que je n’ai pu constater sur le visage de Mohammad (saws) à l’exception de deux : son indulgence devance sa colère, et l’extrême insolence à son égard ne fait qu’augmenter son indulgence. »

Zeyd voulu alors mettre l’indulgence du Prophète (saws) à l’épreuve. Il acheta du Prophète (saws) des dattes. Il paya le Prophète (saws), en contre partie, il devrait être livré à une date déterminée. Lorsque le terme arriva à échéance, Zeyd se rendit auprès du Prophète (saws), le saisit violemment par son vêtement et dit en lui jetant un regard furieux : « Ô Mohammad ! Ne me donnes-tu pas mon dû ! Par Pieu,  Je sais que les Banou ‘Abd al-Mouttalib sont des gens qui ne respectent pas les échéances des dettes ! » ‘Omar (rad) lança à Zeyd un regard furieux et lui dit : « Ennemi de Dieu ! Tu dis au Messager de Dieu ce que j’entends et tu lui fais ce que je vois ! Si je ne craignais pas les reproches du Prophète (saws), je t’aurais tranché la tête avec mon épée. » Le Prophète (saws) se tourna alors vers ‘Omar et lui dit calmement: « Lui et moi attendions de ta part autre chose que ceci : Tu devrais m’ordonner de bien m’acquitter de ma dette, et lui ordonner de réclamer son dû d’une meilleure manière ! Omar ! Va et donne-lui son dû et rajoute-lui vingt « sa’ »[1] de dattes pour l’avoir effrayé ! » ‘Omar emmena alors zeyd, lui donna son dû et vingt « sa’ » supplémentaire et lui dit : « Qu’est ce qui t’a poussé à faire ce que tu as fait et à dire ce que tu as dit ? » Zeyd répondit : « Ô ‘Omar, Il ne restait aucun signe de la prophétie que je n’ai pu constater sur le visage de Mohammad (saws) à l’exception de deux : son indulgence devance sa colère, et l’extrême insolence à son égard ne fait qu’augmenter son indulgence, et je viens de les constater. Je te prends à témoin, ô ‘Omar, que j’accepte Allah comme seigneur, l’islam comme religion et Mohammad comme Prophète (saws). Et je te prends à témoin que le moitié de mes biens est une aumône pour la communauté de Mohammad (saws) » (rapporté par at-Tabarani, Ibn Hibban, al-Hakim et al-Bayhaqi).

Un homme vint à Ibn ‘Abbas (rad), l’exégète du Coran par excellence et l’érudit de la communauté. Il l’insulta et l’agressa verbalement. Ibn ‘Abbas (rad) se tourna vers ‘Ikrima (rad) et lui dit : « Ô ‘Ikrima ! Regarde si cet homme a besoin de quelque chose, auquel cas donne-la lui ! » L’homme, épris de honte, baissa la tête et partit.

Un homme agressa verbalement ‘Ali Zeïn al‘Abidin, fils d’al-Housseïn fils de ‘Ali ibn Abi Talib. Ce dernier lui donna l’habit qu’il portait et ordonna qu’on lui donne 1000 dirhams.

C’est ainsi que les grands hommes répondaient à la mauvaise action par une bonne action. On interrogea Anas ibn Malik (rad) au sujet du verset : « Repousse le mal par ce qui est meilleur ; et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux » (41 :34), que signifie-t-il ? Il dit : « C’est un homme qui lorsque son frère l’insulte dit : « Si tu dis vrai, que Dieu me pardonne, et si tu mens, que Dieu te pardonne ».

Le Prophète (saws) dit : « Voulez-vous que je vous indique comment Dieu honore les demeures (au Paradis) et élève les degrés. Les gens dirent : « Oui, ô Messager de Dieu ! Il dit : « C’est être magnanime avec celui qui t’agresse par stupidité, de pardonner à celui qui a été injuste à ton égard, de donner à celui qui t’a privé, de reprendre les rapports avec celui qui a rompu avec toi » (rapporté par at-Tabarani)

Mistah, l’un des proches d’Abou Bakr (rad), fut un homme qui participa à la calomnie lancée contre ‘Aïsha, que Dieu l’agrée, alors même qu’il vivait de la bienfaisance d’Abou Bakr (rad). Lorsque Dieu révéla l’innocence de ‘Aïsha dans la sourate « la lumière », Abou Bakr (rad) jura de rompre avec ce proche et de le priver de ses dons pour avoir porté atteinte à l’honneur de sa fille. Dieu révéla alors : « Et que les détenteurs de richesse et d’aisance parmi vous, ne jurent pas de ne plus faire des dons aux proches, aux pauvres et à ceux qui émigrent dans le sentier de Dieu. Qu’ils pardonnent et absolvent. N’aimez-vous pas que Dieu vous pardonne ? et Dieu est Pardonneur et Miséricordieux » (24 :22). En entendant ces versets, Abou Bakr revint sur sa décision et dit : « J’aime que Dieu me pardonne »

Ainsi, si tu veux que Dieu te pardonne, alors pardonne aux gens et Dieu te pardonnera.

Sermon du vendredi – Moncef Zenati


[1] – un « sa’ » correspond au contenu des creux des deux mains.

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