Le Prophète (saws) faisait preuve d’une extrême indulgence et aimait voir ce caractère chez les autres. Il dit un jour à un homme du nom de Ashaj ‘Abd al-Qays : « Il y a en toi deux qualités que Dieu aime : « L’indulgence et la patience » »[1].

Zeyd ibn Sa`na, un rabin juif,  nous raconte l’histoire de sa conversion à l’islam. Il dit :

« J’avais reconnu en Mohammad (saws) tous les signes de la prophétie sauf deux : sa mansuétude devance sa colère, et l’extrême insolence à son encontre ne fait qu’augmenter sa mansuétude. Je voulus alors le connaître de plus près afin de savoir ce qu’il en était.»

Zeyd alla voir le Prophète (saws) et lui dit : « Ô Mohammad ! Veux-tu me vendre telle quantité de dattes du jardin d’untel à tel terme ? Il répondit : « Non ! Mais je te vendrai telle quantité de dattes à tel terme, sans stipuler qu’il s’agira des dattes du jardin d’untel ». Zeyd accepta et donna au Prophète (saws) quatre-vingts pièces.

Deux ou trois jours avant l’échéance prévue, Zeyd vint au Prophète (saws), alors qu’il était avec ses compagnons dans un convoi funèbre. Il saisit le pan de sa tunique, le regarda d’un air sévère, puis lui dit : « Ô Mohammad, veux-tu me donner mon droit ? Par Dieu, je vous connais, vous les Banou ‘Abd al-Mouttalib, vous n’avez pas l’habitude de respecter les délais de paiement ! »

Zeyd dit : « Je regardai `Omar. Ses yeux se mirent à tourner dans leurs orbites. Il me fixa du regard et me dit : « Ennemi de Dieu ! Dis-tu au Messager de Dieu ce que j’entends, et lui fais-tu ce que je vois ? Par Celui qui l’a envoyé apporter la vérité, si je ne craignais de commettre ce qu’il me reprocherait, je te frapperais le cou de mon épée que voici ! » Le Prophète (saws), quant à lui, regardait ‘Omar calmement et lui dit tranquillement: «  ‘Omar ! Lui et moi avions besoin d’autre chose venant de toi: que tu m’enjoignes de bien m’acquitter de ma dette et que tu lui enjoignes de réclamer son dû de la meilleure manière. Va avec lui `Omar et donne-lui son dû. Tu lui ajouteras vingt mesures de dattes pour compenser la frayeur que tu lui as causée. »

Zeyd poursuit : `Omar m’emmena et me donna mon dû, avec vingt mesures de dattes en plus. Je lui demandai pourquoi il m’en donnait plus, et il répondit : « Le Prophète (saws) m’a ordonné de t’en donner plus pour compenser la frayeur que je t’ai causée. »

Je lui demandai : « Sais-tu qui je suis, ‘Omar ? »

Il répondit : « Non, qui es-tu ? »

Je répondis : « Zeyd ibn Sa`na. »

Il demanda : « Le rabbin ? » Je répondis que « oui. »

Il me demanda alors : « Qu’est-ce qui t’a poussé à parler au Prophète (saws) comme tu l’as fait et à faire ce que tu as fait ? »

Je répondis : « ‘Omar, j’ai reconnu chez le Prophète (saws) tous les signes de la prophétie sauf deux : sa mansuétude devance sa colère, et l’extrême insolence à son encontre ne fait qu’augmenter sa mansuétude, et je les ai vérifiés. Je te prends à témoin, `Omar, que j’agrée Dieu comme Seigneur et Mohammad (saws) comme Prophète. Je te prends également à témoin que je donne la moitié de mes biens (et je suis très riche) en aumône à la communauté de Mohammad (saws). »

‘Omar et Zeyd allèrent alors trouver le Prophète (saws) et Zeyd déclara : « J’atteste qu’il n’est de dieu que Dieu, et j’atteste que Mohammad est Son serviteur et Son messager. »[2]

Anas, que Dieu l’agrée, dit : « Je marchais aux côtés du Messager de Dieu (saws) alors qu’il portait un manteau de Najran, aux bords rugueux. Tout à coup un bédouin s’approcha de lui et le tira violemment par son manteau. Je regardai le cou du Prophète (saws) et y vis la trace du bord du manteau, tellement il l’avait tiré brutalement. Puis il dit : « Ô Mohammad ! Ordonne qu’on me donne de ce que tu détiens des biens de Dieu ! » Il se tourna vers lui en riant et ordonna qu’on lui donne quelque chose »[3]

Il n’a jamais porté la main sur qui que ce soit, ni sur une femme, ni sur un domestique, ni même sur un animal. Jamais il ne s’est vengé d’un tort qu’on lui avait fait personnellement[4].

On lui demanda un jour de maudire les idolâtres, il répondit : « On ne m’a pas envoyé pour maudire. On ne m’a envoyé qu’en tant que miséricorde. »[5]

Anas, que Dieu l’agrée, dit : « Je n’ai jamais touché un brocart ni une étoffe de soie plus lisse que la paume de la main du Messager de Dieu (saws). Je n’ai jamais senti de meilleur parfum que l’odeur du Messager de Dieu (saws). J’ai servi le Messager de Dieu (saws) durant dix ans. Jamais il ne m’a dit « ouf » (signe d’agacement). Jamais il ne m’a dit pour quelque chose que j’avais fait « pourquoi l’as-tu faite? », ni pour quelque chose que je n’avais pas fait « pourquoi ne l’as-tu pas fait ? »[6]

Une femme connue pour sa grossièreté passa un jour près du Prophète (saws) alors qu’il mangeait du pain trempé dans une soupe sur quelque chose de surélevé. Elle dit alors : « Regardez-le ! Il s’assoit comme s’assoit le serviteur et mange comme mange un serviteur !»

Le Prophète (saws) dit : « Et qui serait plus serviteur que moi ? » (au sens de serviteur de Dieu)

Elle dit : « En plus il mange et ne me nourrit pas ! »

Il dit : « Mange donc ! »

Elle dit : « Donne-moi de tes mains ». Il lui donna de ses mains.

Elle dit : « Donne-moi de ce que tu as dans ta bouche ! »

Il le lui donna et elle mangea. Saisie de honte, elle ne fit plus preuve de grossièreté à l’encontre de quiconque jusqu’à sa mort »[7]

Le Prophète (saws) affranchit ceux qui sont venus l’assassiner

Le jour d’al-Houdaybiya, et après avoir conclu le pacte de paix avec les notables de la Mecque, quatre-vingt mecquois armés descendirent à l’aube, du mont at-Tan’im, pour prendre le Prophète (saws) et les musulmans par surprise et les assassiner. Mais ils furent tous capturés. Lorsqu’on les amena ligotés devant le Prophète (saws), il leur fit grâce et dit : « Laissez-les partir ! »[8] C’est à ce sujet que Dieu révéla ces verstes rappelant aux musulmans le bienfait de Dieu puisqu’Il leur a épargné le combat : « C’est Lui qui, dans la vallée de la Mecque, a écarté leurs mains de vous, de même qu’Il a écarté vos mains d’eux, après avoir fait triompher sur eux. Et Dieu voit parfaitement ce que vous ouvrez » (48 : 24)

Les tribus de Hawazine et de Thaqif formèrent un front pour attaquer les musulmans. Après une tumultueuse bataille, la victoire pencha finalement du côté des musulmans. Thaqif se réfugia dans ses forts et s’apprêta à un siège de longue durée. Après quinze jours de siège, le Prophète (saws) décida de renoncer à la prise de at-Taïf. Sur le chemin du retour, des gens dirent au Prophète (saws) : « Ô Messager de Dieu ! Les gens de Thaqif nous ont fait beaucoup de mal par leurs flèches, implore Dieu contre eux ! » Mais le Prophète (saws) dit : « Seigneur Dieu ! Guide-les ! »[9]

Quelques mois plus tard, la tribu de Thaqif envoya une délégation à Médine pour déclarer au Prophète (saws) sa conversion à l’islam. Saladin disait très justement : « Pardonner fait convertir les cœurs. »

Les exemples d’indulgence du Prophète (saws) sont innombrables, et sans cette indulgence et cette magnanimité il n’aurait jamais pu diriger un peuple comme les Arabes qui refusaient de se plier à toute autorité. Dieu dit à juste titre : « C’est par quelque miséricorde de la part de Dieu que tu as été si doux envers eux ! Mais si tu étais rude, au cœur dur, ils se seraient enfuis de ton entourage. Pardonne-leur donc, et implore pour eux le Pardon, et consulte-les » (3 :159)

Moncef Zenati

 

[1] – Rapporté par Mouslim
[2] – Rapporté par at-Tabarani, Ibn Hibban, al-Hakim et al-Bayhaqi. Rapporté par Abou Nou’aïm dans dala-il an-noubouwwa
[3] – Rapporté par al-Boukhari et Mouslim
[4] – Rapporté par Mouslim
[5] – Rapporté par Mouslim
[6] – Rapporté par al-Boukhari et Mouslim
[7] – Rapporté par at-Tabarani
[8] – Rapporté par Mouslim, at-Tirmidhi et Abou Daoud
[9] – Rapporté par at-Tirmidhi

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