Au-delà du piège : Don’t panikBis repetita. Charlie Hebdo fait preuve d’une intelligence maléfique : il sait au moins comment se faire de l’oseille. Quant à certains musulmans, c’est fou comment on peut leur faire jouer la même histoire. Un nouveau piège et les voilà encore embarqués dans une monumentale escroquerie. L’amour du Prophète (Saw) ne se mesure pas à la véhémence des protestations mais à la propension à suivre son message. Avec sagesse et lucidité.

Tout a donc commencé avec un film bidon. Au lieu de le mépriser pour le reléguer dans les poubelles du cinéma amateur, les manifestations de violence ici et là lui ont conféré une audience planétaire. Dans cet engrenage, les musulmans ont leur grande part de responsabilité. Alors que la vidéo méritait d’être zappée, les bouffées de violence n’ont fait que rajouter de l’huile sur le feu d’une mécanique bien rodée. La manipulation des masses, alimentée par des médias friands de sensationnalisme, se reproduit et se joue des émotions collectives. Objets des autres plutôt que sujets de leur histoire, de nombreux musulmans subissent un agenda qu’on leur dicte sans prendre la peine de déjouer les funestes distractions stratégiques. Au bout du compte, la violence répond à la bêtise pour le plus grand profit des semeurs de haine.

C’est donc ce moment précis qu’ont choisi les charlots pour sortir leurs minables dessins. Alors oui c’est vrai, en démocratie, la critique, même virulente, des religions fait partie intégrante de la liberté d’expression. Il faut l’affirmer sans détours mais en profiter pour repousser les grossières instrumentalisations en distinguant la caricature de bon goût de l’insulte indigne. Et puis, permettez-nous d’être dubitatifs quant à l’usage de cette sacro-sainte liberté d’expression qu’on convoque quand ça nous arrange : les caricatures sortent quasiment au moment même où un tribunal interdit à Closer de publier des photos de la famille royale britannique et pire, où la police perquisitionne les locaux du magazine. Deux poids deux mesures ? « Selon que vous serez puissant ou misérable,
les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » nous avait prédit La Fontaine…

Le résultat de toutes ces histoires est au final affligeant. La France est désormais montrée du doigt dans le monde entier du fait de la bêtise d’un journal satirique soit disant situé à l’extrême-gauche mais désormais soutenu par l’extrême droite. Les représentations diplomatiques, les écoles, les centres culturels français à l’étranger sont fermés pour plusieurs jours. Après de nombreux morts et des centaines de blessés, on craint de nouvelles escalades et rien ne serait plus bête que d’encourager ce cercle vicieux qui ne fait que le jeu des populistes. Il est grand temps de tourner la page de ce fâcheux épisode et de ne plus se faire le relais d’imposteurs en mal de notoriété. A défaut d’être jugé par un tribunal public Charlie Hebdo comme les promoteurs du film seront jugés par le tribunal de l’intelligence. Cette condamnation nous suffit.

Enfin, un dernier enseignement de cette histoire. On ne peut que lourdement s’interroger sur le choix des intervenants pour commenter toute cette chaude actualité. Hassan Chalgoumi, dont la crédibilité auprès de la communauté musulmane est inversement proportionnelle à son exposition médiatique, est l’invité régulier des émissions de grande écoute. Naturellement on préférera un « Imam » au fort accent étranger, désavoué par la base et qui dit ce qu’on aime entendre aux nombreux jeunes (et femmes) responsables associatifs et qui sont d’authentiques reflets des dynamiques prometteuses de l’islam du terrain. L’auteur de ces lignes a même pu goûter à une croustillante déconvenue. Convié au plateau de la Nouvelle édition de Canal Plus le mercredi 19 septembre, l’invitation est annulée 15 minutes plus tard sans fournir d’explications. A 13h30 le « représentant » de la communauté musulmane qui passe sur le plateau est Abderahmane Dahmane. Ancien conseiller de Sarko, l’homme affirme soutenir Charlie Hebdo. Ma’lich la famille…

Bref, pour finir rien de mieux pour qualifier l’attitude de Charlie Hebdo que ce passage d’un billet de Pascal Boniface paru l’an dernier qui n’a pas pris une ride : « Ce sont tout simplement des faux-culs opportunistes, qui ont voulu faire un coup et doper leurs ventes en jouant sur la peur (vas-y coco la menace islamiste c’est vendeur), au moment où le journal était en difficulté, sans tenir compte du coût social de leur coup médiatique. » Quant à nous, avec ou sans médias, continuons dans nos associations, nos quartiers, au travail et auprès de nos concitoyens à construire sereinement la France de demain. Celle de la rue, du Don’t panik, de Victor Hugo et de Lamartine. Pas celle de Charlie hebdo ni de Julie Lescaut.

Nabil Ennasri, président du Collectif des Musulmans de France (CMF)

Article paru le 19 septembre 2012 sur le site internet Ajib.fr

3 Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Votre Nom

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.