Réactions au sujet du film polémique : entre raison et émotion

Le monde musulman s’est embrasé : des morts, des blessés, des violences, des affrontements, des ambassades incendiées… Qu’est ce qui a déclenché cet embrasement ? Un film ! Et Qui plus est, un film débile, écœurant, répugnant, bas et vil ! Mais c’est un film qui offense notre bien-aimé, le Prophète (saws), dirait-on ? Certes, c’est un film insupportable, insultant, islamophobe et raciste. Ce film n’a rien à voir avec la liberté d’expression. On ne peut faire des insultes un critère de la liberté d’expression. Mais de là à s’embraser pour ça ! A croire que  n’importe qui, à tout moment, par un film, une chanson, une pièce de théâtre, une parole peut créer l’instabilité et le désordre dans les pays musulmans !!! Sommes-nous manipulables à ce point ?!

Nous avons déjà vécu l’épisode des caricatures, les réactions ont été les mêmes : l’embrasement du monde musulman. Une réaction émotionnelle qui s’est estompée avec le temps. En effet, la caractéristique principale de la réaction émotionnelle est qu’elle ne s’inscrit pas dans la durée et n’est pas productive. Les musulmans ont manifesté leur colère avec violence, et après ? Qu’avons-nous fait depuis ? Rien !

Au contraire de telles réactions violentes n’ont fait que donner de la considération à cette mascarade qu’on ne peut qualifier d’œuvre artistique.

Répondre aux auteurs de cette œuvre ignoble, c’est leur accorder crédit et les élever au niveau d’être des adversaires du Prophète (saws). Sous prétexte de défendre le Prophète (saws), on finit par lui faire du tort.

Voltaire était auparavant très hostile au Prophète (saws) et à l’islam. Cela se manifeste dans sa pièce théâtrale « Mahomet, ou le fanatisme ». L’Empereur Napoléon, bien que fasciné par les œuvres de Voltaire a vivement critiqué cette pièce : « Je n’aime pas cette pièce, c’est une caricature » dit-il[1]. L’Empereur dit : « Mahomet a été l’objet de sa plus vive critique dans le caractère et dans les moyens. Voltaire, disait l’Empereur, avait ici manqué à l’histoire et au cœur humain. Il prostituait le grand caractère de Mahomet par les intrigues les plus bas. Il faisait agir un grand homme qui avait changé la face du monde, comme le plus vil scélérat, digne au plus du gibet. Il ne travestissait pas moins inconvenablement le grand caractère d’Omar … Voltaire péchait ici surtout sur la base, en attribuant à l’intrigue ce qui n’appartient qu’à l’opinion. »[2]

Ainsi, Voltaire était un grand homme littéraire, mais en s’attaquant à plus grand que lui, il est devenu minable le temps de cette œuvre.

Mais au fur et à mesure, Voltaire va se détacher des sources du Moyen âge et des vieux ouvrages sur les musulmans que propageaient l’Eglise et sa perception va changer radicalement. Il va finir par admettre que « ce fut certainement un grand homme, et qui forma de grands hommes »[3]

Ce changement radical d’attitude se serait-il produit, si le monde musulman s’était embrasé à l’époque; si Voltaire se serait trouvé sous le coup d’un avis d’exécution ? Cela n’aurait fait que confirmer, à ses yeux, ses allégations.

Il est temps que les musulmans changent d’attitude. Il est temps de délaisser les réactions émotionnelles pour adopter des réactions rationnelles. Il est temps d’arrêter de sombrer dans la victimisation : on nous aime pas, on ne nous respecte pas …Cette attitude n’est pas productive. Dieu dit à son Prophète (saws) : « Expose clairement ce qu’on t’a commandé et détourne-toi des associateurs. Nous t’avons effectivement défendu vis-à-vis des railleurs » (15 : 94). Nous venons de sortir de révolutions. Il est primordial de concrétiser leurs objectifs et ne pas se laisser distraire. Ce film s’inscrit dans les nombreuses tentatives et manipulations qui visent à créer l’instabilité dans les pays traversés par le printemps arabe pour empêcher de concrétiser les objectifs des révolutions. Il est vrai qu’un peuple émotif est facilement manipulable.

Malheureusement, un grand nombre de jeunes enthousiastes sont manipulés. Des exhortateurs du pétrodollar enflamment les discours et suscitent les passions des plus fervents et les excitent pour créer l’instabilité dans le pays. Etrangement, c’est les mêmes qui avant les révolutions interdisaient les manifestations car elles étaient une forme de rébellion contre l’autorité ! La révolution, quant à elle, elle était purement et formellement interdite. Le concept du passager clandestin en sociologie, ça vous dit quelque chose ?! Il s’agit de celui qui obtient et profite d’un avantage sans y avoir investi d’effort. Or, ceux–là, non seulement ils n’ont investi aucun effort, mais y étaient complètement opposés.

Le problème est qu’un grand nombre de jeunes n’écoutent plus les grands savants, ils ne sont plus orientés pas la connaissance et la pensée. Les musulmans n’écoutent plus leurs savants. Les jeunes sont sous l’influence de ces orateurs, et exhortateurs, des poids légers en sciences islamiques qui ne connaissent de l’islam que la forme, ignorant totalement son esprit et ses finalités, qui diffusent une compréhension superficielle de la religion, qui renferment les jeunes dans des questions futiles : le statut de la barde, la longueur du pantalon, Dieu a-t-il une main, Où est-Il ?!!! en les écartant des sujets essentiels à la société et en diffusant un « fiqh » bédouin et une conception primitive et enfantine des dogmes et des prescriptions. Les gros calibres, les poids lourds parmi les savants n’ont plus de poids et les institutions religieuses de notoriété, les vraies références des musulmans telles que l’Azhar et la Zaïtouna ne sont plus écoutées, ce qui reflète la crise au niveau de la pensée que traverse le monde musulman.

Certes le patrimoine qu’a légué le Prophète (saws) honorent non seulement les musulmans, mais honorent toute l’humanité. Malheureusement, la réalité des musulmans ne les honorent plus. Le Prophète (saws) est une miséricorde pour l’humanité, les musulmans le sont-ils aujourd’hui ? Qu’avons-nous à offrir à l’humanité aujourd’hui ? Qu’est ce que nous produisons ? Quel est notre apport à la civilisation de nos jours ?

Ce film est certainement une mascarade, mais notre réaction a fait de nous une mascarade. Produisons un film, une grosse production, pour présenter le vrai visage du Prophète (saws) et de l’islam. Mais comment le ferions-nous alors qu’on se pose encore la question s’il est permis ou pas de représenter les grands compagnons, les quatre califes notamment. A moins de faire un film sans personnages !!!

Répondons aux critiques lorsque celles-ci sont dignes : argument contre argument, d’une manière sereine et rationnelle.

Quant aux insultes et aux moqueries, le dicton arabe dit : « Si je passais mon temps à jeter une pierre à chaque chien qui aboie sur moi, les pierres deviendront précieuses ».

Abdallah I.


[1] – Jean Prieur, Muhammad, Prophète d’Orient et d’Occident, Editions du Rocher, paris 2003 p 215
[2] – Journal de Sainte Hélène
[3]– Remarque pour servir de supplément à l’Essai sur les Mœurs (1763), des œuvres complètes de Voltaire
Vous voulez nous envoyer vos articles, billets d’humeur ?
Réactions au sujet du film polémique : entre raison et émotion
Vous pouvez nous soumettre vos articles par courrier électronique à l’adresse suivante : contact@havredesavoir.fr

1 commentaire

  1. salam,
    barakAllahoufik pour ce texte très bien écrit faisant preuve aussi de rappel.
    certes nous devons montrer notre mécontentement de manière intelligente et non pas faire en sorte d’ajouter de l’huile sur le feu. n’oublions pas que Dieu est Le préservateur de l’Islam, et heureusement d’ailleurs!

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Votre Nom

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.