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Elle cherchait à mettre son foulard qu’elle voulait assortir à ses chaussures pour aller à son bureau. En fouillant dans son tiroir, elle eut un choc. Il était vide ! Les deux autres casiers de sa commode contenaient bien ses affaires mais aucun châle, aucun tissu, suffisamment long pour se couvrir la tête.

Elle mit les étagères de son mari sens dessus-dessous …Rien, il n’y avait plus un seul fichu. Elle commençait à réfléchir pour faire comme les femmes des ansars lorsque le verset prescrivant le khimar[1] a été révélé : Elles s’étaient exécutées en déchirant des pans de tissus les perçant pour y passer leurs têtes. Les premiers musulmans avaient cette aptitude à suivre les enseignements Divins sans les discuter {Ils ont affirmé « Nous avons entendu et nous avons obéi »} (S 2/V 285).

Mais, où était passé son époux ? Elle avait passé du temps à chercher dans tous les coins et recoins de la maison et n’avait pas vu le temps passé. Elle se mit à l’appeler. Toujours rien !

Serait-il sorti sans le lui dire, sans lui souhaiter une bonne journée, sans les traditionnels douas  mutuels qu’ils avaient l’habitude de s’échanger avant de se séparer pour aller chacun à son travail?

Elle entendait du bruit dans la cave, son mari avait dû descendre. Elle ouvrit la porte et se trouva nez à nez avec un inconnu.

«  Qui êtes-vous ? Comment êtes vous entré? » Lança t elle en essayant de dissimuler sa peur panique.

Un homme portant les habits de son mari, une lame de rasoir à la main se tenait dans l’encadrement de la porte. Il la regardait… Mais, ce regard c’était …son mari !

Elle ne l’avait pas reconnu. Ce visage lui était devenu en quelques coups de rasoir totalement étranger sans cette pilosité faciale qui lui était si familière.

« Qu’est ce qui t’as pris ? Tu m’a fais peur ! »

«  Je dois sortir. J’ai passé des coups de fil. Je compte voir un ami qui va intercéder auprès du Grand Imam Oriental afin que je puisse avoir un permis de port de barbe » Lui dit-il en évitant de  la  regarder.

 « Tu as oublié ? La loi a été votée l’été dernier et son décret d’application est pour aujourd’hui. Les ports de barbe et de foulard sont interdits» poursuivit-il d’un air triste.

Oui, elle avait oublié. Elle n’avait pas vu cette loi se préparer puis avancer doucement mais surement. Ni elle, ni ses coreligionnaires n’y avaient cru. Ils n’oseront pas ! Nous sommes en démocratie dans le pays des libertés pas dans un pays du tiers monde !

 Le coup de grâce avait été donné par le Grand Imam Oriental qui avait été imposé seule instance musulmane légalement reconnue. Il avait décrété la fatwa étatique qu’il n’y aurait plus aucun foulard ni aucune barbe hormis ceux des siens et ceux qu’il autoriserait lui-même car ce grand homme était investi d’une mission mystique, celle de gommer la présence des musulmans à coup de blancs.

« Et moi ? Où sont passé  mes foulards ? »

« Je m’en suis débarrassé, la loi stipule une interdiction totale y compris chez soi à moins d’avoir un permis » lui dit-il d’un air penaud. Il se sentait impuissant, incapable de défendre la liberté de sa femme à se vêtir comme elle le voulait.

« Tu ne peux pas m’avoir un permis à moi aussi ? »

« Je vais prétexter une pseudo-folliculite[2] avec un certificat médical. Je suis désolé, mais pour le foulard c’est quasi impossible ».

Elle le regardait s’éloigner et s’affala sur le sofa. C’était un cauchemar, elle allait se réveiller, elle devait se réveiller !

Elle préféra s’allonger, et se mit à rêver: Un jour peut-être… Les femmes auront la liberté de sortir fièrement dans la rue habillées comme elles le désirent. Il n’y aura plus de loi restrictive, on n’aura plus peur d’elle avec son fichu.  Elle, qui état incapable de tuer une mouche. Elle pourra enfin évoluer en paix dans son pays sans qu’on la renvoi à un bout de tissus. Ces concitoyens, toutes croyances confondues, seront également apaisés et leurs yeux n’exprimeront plus l’angoisse à sa vue…

« Chérie je l’ai ! J’ai eu mon permis de port de barbe. Et j’ai une bonne surprise pour toi. Le Grand Imam m’a donné une fatwa pour toi, tu peux porter une perruque ! » Son mari venait de rentrer. Il brandissait un sachet duquel sortait une touffe de cheveux.

Elle le regarda l’air hagard ; comme elle aurait aimé poursuivre son rêve…

Que la Paix soit sur tous ceux qui la recherchent et l’appellent de leurs vœux.

Nawal ZINE


[1]On parle de hijab mais le véritable terme dans le verset est khimar en français « ce qui couvre la tête ».

[2] Chez certains hommes les poils de barbe ont du mal à se frayer un chemin jusqu’à la surface et forment des boutons. Les rasages trop fréquents sont  dans ces cas extrêmement désagréables.

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