Cela signifie que les lois de la « shari’a » s’accordent et se complètent. On ne peut donc isoler une loi de l’ensemble des lois de la législation et essayer de la comprendre d’un point de vue partiel isolément des lois en rapport à celle-ci éparpillées dans les différents chapitres du droit musulman. Il est donc nécessaire, pour bien saisir une question particulière, d’avoir une vue d’ensemble sur toutes les lois de la législation musulmane.

Par exemple, la législation musulmane élève le rang de la femme. Elle est attentive à son humanité et fait d’elle l’égale de l’homme. En effet, le Coran dit : « Vous êtes les uns des autres » (la famille d’Imran : 195) et la Sunna dit : « Les femmes sont les sœurs des hommes ».

Aussi, lorsque nous lisons dans le Coran en ce qui concerne les règles de l’héritage : « Voici ce que Dieu vous enjoint au sujet de vos enfants : au fils, une part équivalente à celle de deux filles » (les femmes : 11). Il ne faut pas voir en ceci un rabaissement de la femme ou une discrimination à son égard, car la justice consiste à donner à chacun en fonction des ses responsabilités financières. La justice n’est pas forcément l’équité. Aristote ne dit-il pas que l’équité est la justice adaptée aux cas particuliers.

On ne peut saisir ce sens qu’en méditant le reste des enseignements et des lois de l’islam pour s’apercevoir qu’ils sont tous en accord et parfaitement complémentaire.

En effet, l’islam attribue la responsabilité financière à l’homme. Il est donc de  son devoir de subvenir aux besoins de la femme quelque soit la fortune et la richesse de celle-ci. L’islam n’impose à la femme aucune dépense financière pour le foyer.

En plus, lorsque l’homme se marie, il doit payer une dot à la femme, quelque soit le montant qu’elle exige. Elle devient propriétaire de cette dot. Il est donc tenu de payer, alors qu’elle ne fait que recevoir.

Supposons qu’un homme décède en laissant un garçon et une fille. Il leur laisse en héritage, par exemple, douze mille Euros. Le garçon prendra huit mille, et la fille quatre mille. Mais, que devient le montant de chacun ?

Lorsque l’homme voudra se marier, il sera amené à payer une dot, qu’on estimera à deux mille Euros, par exemple. Il devra aussi équiper la maison, ce qui lui coutera deux mille Euro, par exemple. Que lui reste-t-il ? Quatre mille, l’équivalent de la part de la fille !

Quant à la fille, sa part reste intouchable et lorsqu’elle va se marier on lui offrira une dot de deux mille Euro, elle dépassera ainsi son frère !

Il y a donc une harmonie parfaite entre les règles de l’héritage, les lois des dépenses et la règle de la dot. Chaque règle est au service du principe de la justice.

Autre exemple : Le code pénal en islam est lié au droit de la famille. En effet, la législation musulmane n’a pas imposé le prix du sang « diya » pour homicide involontaire uniquement au coupable de cet homicide mais a associé sa famille, en particulier les hommes, partagés en fonction de l’aisance de chacun, sur une période de trois ans. Par ceci, la « shari’a » vise à réaliser trois objectifs :

1- Alléger les charges du coupable pour ne pas épuiser ses biens pour un homicide qu’il n’avait pas l’intention d’accomplir, au du moins, ne souhaitait pas le résultat final.

2- Rendre la famille responsable des agissements des membres pour exercer un contrôle sur ces derniers et prendre en charge leur éducation.

3- S’assurer que le prix du sang parvienne à la famille de la victime car le coupable peut ne pas être en mesure de le payer seul. Le droit des victimes ne sera pas garanti.

Mais la question qui se pose ici est la suivante : Quelle faute a commis la famille ou les proches pour avoir à supporter cette charge financière ?!

La réponse est que ceci ne peut être compris qu’après un raisonnement inductif à partir des autres lois. En effet, ces proches qui doivent parfois supporter l’acquittement du prix du sang, ont parfois le droit à l’héritage. De même qu’ils ont le droit à l’aide financière en cas d’incapacité ou difficulté.

Il y a donc une correspondance entre les droits et les devoirs. A chaque devoir correspond un droit, et à chaque charge correspond un gain.

Ainsi, l’erreur consiste à avoir un regard partiel sur une loi en l’isolant de l’ensemble des lois qui forment un tout indivisible, puis accuser la « shari’a » d’imparfaite à cause de l’insuffisance de l’analyse, d’un manque de compréhension ou d’un jugement hâtif.

Moncef Zenati
d’après « madkhal lidirasat ash-shari’a al-islamiyya » de Dr. Youssef al-Qaradawi

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