L’Hégire n’est pas une fuite de la persécution, c’est pour l’établissement d’une société paisible

Dans la pensée de cheikh Mohamed al-Ghazali, l’Hégire n’était pas une manière d’échapper à l’épreuve ou de fuir la persécution, sinon il n’y aurait pas eu de raison à rester pendant treize ans dans ce climat d’incroyance et d’oppression. Ce qui justifie ce temps passé à la Mecque, c’est que les croyants sous la direction du Prophète (BDSL) préparaient l’instauration d’une nouvelle société dans une ville paisible dans laquelle s’était rendu Mos’ab ibn ‘Oumayr pour accompagner les gens et les appeler à l’islam. En effet, l’établissement de la religion dans la société de la Mecque était devenu impossible à cause de l’entêtement et de la tyrannie qui la caractérisaient. La société mecquoise ne convenait pas à cette idée. La prédication était un nouveau-né fragile et les musulmans étaient peu nombreux et opprimés, il était donc nécessaire pour la religion d’aller vers un lieu paisible. A ce moment-là, les musulmans gagneraient en force et la prédication atteindrait sa maturité.

Cheikh Mohamed al-Ghazali dit : « La réussite de l’islam à se fonder une patrie au milieu d’un désert dominé par l’incroyance et l’ignorance était le plus important acquis depuis le début de la prédication. De partout, les musulmans s’appelaient mutuellement à se rendre à Yathrib. Ainsi, l’Hégire n’était pas seulement pour échapper à l’épreuve et à la stigmatisation, mais une entraide générale pour fonder une nouvelle société dans un pays sûr.

A patir de-là, l’émigration était un devoir pour chaque musulman capable de contribuer à l’édification de cette nouvelle patrie et de déployer ses efforts pour la renforcer et l’honorer. Désormais, quitter Médine – après y avoir émigré – était considéré comme une renonciation aux charges de la vérité et au soutien de Dieu et de Son Messager. Y vivre relevait de la religion, car l’établissement de la religion dépend de son renforcement. »

L’Hégire est une concrétisation de la loi de la causalité

Dans la pensée de cheikh Mohamed al-Ghazali, la prise en compte des causes fait partie de la religion. C’est un sens souvent évoqué par le cheikh lorsqu’il a l’occasion de parler de l’Hégire ou de la régression des musulmans et du progrès des autres. Le Prophète (BDSL) n’a jamais dit : Nous avons été opprimés et chassés de nos demeures, l’attention de Dieu doit donc nous accompagner et Sa protection doit nous entourer, aussi, il n’y pas de mal à être coupable de certains manquements car Dieu répare ce qui est brisé et comble les insuffisances … Le Prophète (BDSL) n’a jamais dit cela. Au contraire, il a tiré profit de tout moyen humain susceptible d’être utilisé. Il n’a donc laissé, dans sa planification, aucune place à l’improvisation. Aucun être humain ne pourrait être plus digne du soutien de Dieu que le Prophète (BDSL) qui a enduré tout ce qu’il a enduré pour Dieu. En dépit de cela, le mérite du soutien céleste ne signifie nullement la négligence du rassemblement de ses causes et de la mise à disposition des moyens.

A partir de-là, pour induire ses détracteurs en erreur, il se dirigea vers le Sud alors que Médine se trouvait au Nord, puis, il se réfugia dans la grotte. Il prépara deux chamelles fortes capables de supporter le long voyage et ses difficultés. Il loua les services d’un guide, non musulman, expert des chemins du désert. Il leur fit emprunter des chemins inhabituels à l’abri des regards. Il était tenu au courant des intentions des détracteurs et des directions de leurs recherches grâces aux informations que lui apportaient ‘Abdoullah, fils d’Abou Bakr. Les provisions leur parvenaient par Asma fille d’Abou Bakr. ‘Amir ibn Fahira, l’affranchi d’Abou Bakr, passait avec son troupeau pour effacer les traces de ‘Abdoullah et d’Asma. A-t-il négligé une seule cause ou un seul moyen ? Pas du tout !

L’islam incite au respect de la loi de causalité car Dieu ne soutient pas les négligents même s’ils sont croyants. Au contraire, Il se venge des négligents comme Il se venge des injustes et des oppresseurs. Si tu renonces à faire ton devoir alors que tu en es capable, comment espères-tu que Dieu t’aide alors que tu ne t’aides pas toi-même ? Comment attendre que Dieu te donne quelque chose, alors que tu ne lui donnes rien ?

Prendre en compte les causes ne veut pas dire qu’il faut s’en s’en remettre uniquement aux causes. Selon la conception musulmane, le musulman se doit d’entreprendre les causes comme si la réussite en dépendait, puis s’en remettre à Dieu comme s’il n’avait fourni aucun effort, aucune cause, aucune planification …

C’est-là, la différence entre le croyant et l’incroyant. Le croyant prend en compte les causes mais ne s’en remet pas à ces causes et ne pense pas qu’elles ont le pouvoir de faire ou de ne pas faire. Au contraire, il croit profondément que toutes les choses sont entre les mains de Dieu, que les résultats se produisent par la puissance de Dieu et que rien ne peut se faire sans la volonté de Dieu. Alors que l’incroyant – en admettant qu’il ait une croyance – croit que ce sont les causes qui font les choses, il s’en remet donc à ces causes en pensant que celles-ci n’ont aucun lien avec le succès céleste.

Par conséquent, l’islam respecte la loi de causalité, mais les musulmans n’ont pas été à la hauteur de leur religion avec cette loi. Cheikh Mohamed al-Ghazali dit avec amertume: « Bien que l’islam ait insisté sur le respect de la loi de causalité et bien que le Prophète (BDSL) l’ait exécuté d’une manière minutieuse, je ne connais aucune nation qui a méprisé cette loi, qui s’en est écartée et s’est jouée de ses prémisses et de ses conclusions comme la nation musulmane. »

Le poids de la foi dans l’Hégire

Dans la pensée de cheikh Mohamed al-Ghazali, l’Hégire n’est pas la mutation d’un fonctionnaire d’un pays proche vers un pays lointain, ni une quête de subsistance d’une terre aride vers une terre fertile. Il s’agit de contraindre un homme qui vécut en sécurité parmi les siens, profondément enraciné dans son pays, à renoncer à ses intérêts, à sacrifier ses biens et à sauver sa vie, au risque de se faire spolier ou de périr, au début du chemin ou à sa fin. Il s’agit de partir vers un avenir inconnu sans savoir les difficultés et les souffrances qu’il peut réserver. S’il s’agissait de l’aventure d’un seul individu, on aurait peut-être dit : un aventurier insouciant ! Mais que dire d’un homme qui parcourt les déserts et traverse les pays emportant avec lui biens et famille, de plein gré, en ayant la conscience tranquille et resplendissant. Quel est le secret pour supporter tout cela? Il ne s’agit pas de supporter uniquement, mais de supporter avec joie et plaisir, avec patience et endurance accompagné de consentement et gaieté. C’est la foi qui a le poids d’une montagne. Seul un homme éduqué selon les enseignements de Mohammad (BDSL), qui a puisé de la lumière de la révélation, imprégné de la guidance de l’islam, peut supporter ces difficultés. Quant au peureux, faible et anxieux, il ne pourrait quitter sa famille et son pays, et encore moins, les quitter en toute sérénité, en ayant la conscience tranquille.

L’Hégire : un événement tellement grand qu’il n’est pas mentionné que dans une seule sourate

Il s’agit de l’une des particularités de la pensée de cheikh Mohamed al-Ghazali au sujet de l’Hégire. En effet, après chaque événement, le Coran était révélé pour apporter aux musulmans les orientations nécessaires. En cas de victoire, il rappelait ses causes et anéantissait le sentiment de vanité et d’autosatisfaction qui peut habiter les victorieux. En cas de défaite, il indiquait ses causes et réconfortait les perdants.

Ainsi, la sourate « al-anfal » (le butin) fut révélée suite à la bataille de Badr, la sourate « al-ahzab » (les coalisés) fut révélée juste après la bataille du fossé, le deuxième moitié de la sourate « aali ‘Imran » (la famille d’Imran) fut révélée suite à la bataille d’Ouhoud. Une sourate a-t-elle été révélée après l’Hégire, notamment après la réussite de ce voyage, comme cela s’est passé après les batailles ? L’imam al-Ghazali répond en disant : « Non, cela ne s’est pas produit. Mais, ce qui s’est produit est plus grave et plus important. C’est comme si Dieu a jugé que le récit de l’Hégire était un événement tellement grand qu’il ne pouvait pas mentionné que dans une seule sourate. Dieu a jugé que l’Hégire devait être un récit dont on tire les enseignements à vie, évoquée dans plusieurs sujets et à de nombreuses occasions » Par ailleurs, selon le cheikh, l’Hégire n’a pas été mentionnée dans une seule sourate comme les batailles car les batailles n’ont duré que quelques jours. Pour l’Hégire, des groupes successifs ont émigré sur une période de plusieurs années, et en parler nécessite plusieurs endroits. Ainsi, l’Hégire fut évoquée dans les sourates « al-baqara » (la vache :191), « aali ‘imaran » (la famille d’Imran : 195), « an-nisa » (les femmes : 100), « al-anfal » (le butin : 30), « at-tawba » (le repentir : 40), « an-nahl » (les abeilles : 41et 110), « al-hajj » (le Pèlerinage : 58), « al-moumtahana » (l’éprouvée :10). Dans chaque sourate, l’Hégire est évoquée pour mettre en évidence un enseignement visé.

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