Nulle personne possédant les outils de la pensée et du savoir ainsi que les moyens de la perception et du discernement, ne pourrait nier que cheikh Mohamed al-Ghazali est l’un des savants réformateurs de notre époque. Il a, en effet, réussi à former une école de pensée dont sont issus un grand nombre de savants contemporains : Dr. Youssef al Qaradawi, Dr. Mohamed ‘Amara, Dr. Ahmed al-‘Assal, Dr. ‘Abd al-Halim al-‘Awis, Dr. ‘Imad ad-Dine Khalil et bien d’autres. Havre de Savoir est honoré de s’inscrire dans la lignée de cette école de pensée.

Qui est Cheikh Mohammed al-Ghazali ?

cheikh Mohamed al-Ghazali

Cheikh Mohammed al-Ghazali a consacré toute sa vie au service de la prédication islamique et à déployer ses efforts pour la restauration de l’identité musulmane de nombreux peuples du monde, notamment en Egypte et en Algérie. Il passa un peu plus de la première partie de sa vie à lutter contre la dictature politique, à dévoiler les ruses des colonisateurs, à faire face aux controverses suscitées par les orientalistes et leurs courtiers au sujet du Coran et de la Sunna, à clarifier les enseignements de l’islam et à poser les principes de la prédication et de l’appel à Dieu. Il consacra la deuxième partie de sa vie à lutter contre les compréhensions erronées de l’islam et à réprouver les esprits défaillants et la pensée superficielle.

Quelle est l’oeuvre de Cheikh Mohammed al-Ghazali ?

Cheikh Mohammed Al-Ghazali est doté d’une culture encyclopédique qui nous a produit des ouvrages dans les différents domaines de la pensée et de la connaissance. Nous lui trouvons un patrimoine englobant la foi (‘aqida), l’exégèse, la morale, l’éducation spirituelle, la prédication, la réforme … etc. La Sira (vie et œuvres du prophète) est l’un des domaines dans lequel il s’est illustré et à travers lequel il a exprimé sa créativité et son sens d’analyse. En effet, il y a consacré de nombreuses études et a commenté de nombreux événements et batailles. Tout lecteur pourra y constater une pensé novatrice et une compréhension unique qui suscitent admiration et émerveillement.

Parmi les sujets importants relatifs à la Sira, évoqués par cheikh Mohamed al-Ghazali à plusieurs endroits de ses livres, figure l’événement de l’immigration du Prophète (BDSL), l’Hégire, dont nous célébrons la mémoire ces jours-ci.

L’Hégire dans la pensée de cheikh Mohamed al-Ghazali est centrée sur les points suivants :

Premièrement : L’Hégire est une idée et non pas un simple voyage

Dans la pensée de cheikh Mohamed al-Ghazali, l’Hégire n’est pas un simple voyage ni une forme de loisir. L’Hégire n’a pas été honoré parce qu’il s’agissait d’un voyage. Nombreux sont ceux qui ont jadis voyagé et voyagent encore aujourd’hui entre la Mecque et Médine.

Une seule action peut être une action épuisante ou un jeu reposant et divertissant. La forme ne change pas, mais ce qui change sont les motivations, la quintessence et les circonstances. En effet, la pêche peut être un loisir pour certaines personnes qui vivent dans l’aisance, alors que pour d’autres, la pêche représente un métier, une source de subsistance accompagnée de peine et de souffrance. Voyager d’un pays à un autre peut être motivé par le loisir et la distraction. Il peut également s’agir de parcourir la terre pour acquérir le savoir, gagner sa subsistance ou fuir un mal.

Cette Hégire fut des pas qui firent animer le cœur du croyant dans cette vie, animant ainsi l’extrême confiance et le noble sacrifice. C’est le sentier des vaillants dans lequel affluent les résistants porteurs de croyances, qui ont quitté leurs pays dans lequel on a opprimé leur religion, pour rechercher dans leur exode un lieu sûr pour leur foi qui permet à leur religion de respirer.

Dans cette même Hégire, un homme était parti à Médine pour une femme qu’il aimait. Quelle différence entre ceux qui ont émigré pour leur foi et leur religion, et ceux qui suivent les pas de la passion, qui font évoluer la personne sans qu’il n’y ait de différence entre ces pas et les pas de la bête qui la porte. Certains parmi ceux qui sont restés à la Mecque sont plus honorables que ce vil migrant.

Deuxièmement : Une foi en l’avenir et une confiance dans « l’invisible » (ghayb)

C’est ainsi que cheikh Mohammed al-Ghazali l’a exprimé « Une foi en l’avenir et une confiance dans l’invisible ». On aurait pu s’attendre à « Une foi dans l’invisible et une confiance dans l’avenir », mais en liant la foi à l’avenir, il voulait élever la confiance dans l’avenir au niveau de la foi et de la croyance à l’invisible. La quintessence de la religion ne peut se réaliser complètement dans le cœur sauf si la foi dans l’invisible est au niveau de la croyance au monde perceptible. La religiosité ne peut être valide que si l’être humain est fortement attaché à ce qui se trouve auprès de Dieu comme il s’attacherait à ce qu’il voit et entend dans ce bas-monde.

Par exemple, le résistant se bat pour sa conviction ou le martyre. Mais la victoire est pour lui de l’ordre de l’inconnaissable « ghayb », en particulier, lorsque les moyens sont faibles, que le soutien est minime et que les obstacles s’enchaînent. Cependant, cette victoire émane de sa foi en Dieu. Il continue son chemin amer en ayant confiance dans le résultat final si les autres l’excluent ou en doutent. Quant à lui, sa conviction dans la succession de la nuit et du jour le rapproche de ce résultat, même si le temps parait long, car Dieu a promis de soutenir les monothéistes et d’accorder la victoire aux croyants. Pourquoi donc avoir peur de la difficulté du chemin et de la férocité des ennemis ? Pourquoi douter de la promesse de Dieu, proche ou lointaine ?

Lorsqu’un voyageur achète un billet pour se rendre à un endroit, il n’a aucun doute de l’existence de cet endroit, ni du fait que le train va s’y rendre. La confiance des émigrés dans l’invisible était au même niveau que la foi des autres dans le monde perceptible. Et lorsque la foi dans l’invisible s’élève à ce niveau, les croyants dotés de cette foi seront certainement les vainqueurs et franchiront les obstacles que les imposteurs ont posé devant eux. Et la victoire attendue est proche ou lointaine : la victoire proche est dans ce bas-monde, sur le champ de bataille. Quant à la victoire lointaine, elle est auprès de Dieu lorsque chaque âme sera rétribuée pour ce qu’elle a acquis.

Les premiers émigrants n’ont pas manqué de confiance dans l’avenir ni de foi dans l’invisible. Ils ont accompli leur devoir vis-à-vis de la religion qu’ils ont adopté et persisté sur son chemin droit malgré la multiplicité des obstacles et l’abondance des épreuves. Ils ont émigré lorsqu’il fallait émigrer et sacrifié leur vie et leurs biens pour leur foi.Et bien que Dieu ait promis aux croyants que leur message s’établira, que leur étendard dominera et que l’incroyance en Arabie disparaîtra certainement, il a accroché leurs cœurs à l’avenir lointain, à savoir, l’au-delà. Dieu dit : « Soit que Nous t’enlevons (te ferons mourir) et alors Nous Nous vengerons d’eux ; ou bien que Nous te ferons voir ce que Nous leur avons promis (le châtiment) ; car Nous avons sur eux un pouvoir certain. Tiens fermement à ce qui t’a été révélé car tu es sur le droit chemin. C’est certainement un rappel pour toi et ton peuple. Et vous en serez interrogés » (43 : 41 – 44). Par conséquent l’âme ne peut connaitre la lassitude et le corps ne peut se fatiguer car ses aspirations s’étendent à l’avenir lointain et ses espoirs s’envolent pour atterrir dans les joies de l’au-delà, auprès du Seigneur des mondes.

Il n’est pas nécessaire que l’être voit les fruits de ses efforts et la victoire de sa religion de son vivant. La mort l’emportera probablement sans connaître l’issue du combat entre la guidance et l’égarement, et cela arrive souvent, mais la promesse de Dieu ne peut défaillir « Soit que Nous t’enlevons (te ferons mourir) et alors Nous Nous vengerons d’eux ». Cet être devient alors une passerelle sur laquelle traverse les idées et les principes vers une génération qui verra leur victoire et leur établissement.

La meilleure démarche est d’accomplir son devoir sans hâter les résultats des batailles entre la vérité et le mensonge, car Dieu s’en est chargé Lui-Même dans Sa grandeur.

Dans le cadre de cette foi profonde, les musulmans ont répondu à l’appel de l’Hégire lorsqu’on leur a demandé d’y répondre, répondant ainsi à l’appel de Dieu et de Son Messager sans crainte ni inquiétude.

Moncef Zenati

6 Commentaires

  1. salam
    baraka Allah fikoum pour le texte et la mention de ce grand savant.
    Le choix de la thématique est pertinent.
    L’hégire du prophète et des musulmans nous rappelle notamment qu’il ne peut y avoir de vie et d’expérience spirituelle sans liberté.
    salam

  2. Salam alaykoum, D’accord avec Haby. Cheikh Ghazali évoque l’hégire sous sa forme purement spirituelle.
    Et d’accord avec Didon pour dire que l’on peut parfaitement vivre son islamité en France… Les écueils ne sont que quelques épreuves qui doivent précisément nous rappeler de nous en remettre à Dieu avec confiance ! C’est cela que Cheikh Ghazali souligne ! Tenir bon et tenir à notre foi malgré les obstacles..

  3. As salam alaykoum,

    J’ai trouvé l’exposé sur l’Hégire selon la pensée de M. Al Ghazali fort intéressant, rempli de spiritualité et de sagesse, macha Allah.
    Je vous prie de me pardonner par avance Didon, mais je ne saisi pas trop votre réponse sur ce sujet:je ne crois pas que l’objectif était de donner son avis sur la Hijra ou qu’en penser, mais plutôt sur l’intention réelle de celle-ci, le tawakul à partir sans savoir ou vouloir savoir le résultat qui en découle car tout est avec la permission du Tout Majestueux. Ce qui est recherché ici, c’est de L’adorer de la meilleure des façons, sans contrainte… Je me permets de répondre car je trouve votre commentaire inapproprié pour ce sujet qui est un rappel magnifique, qui dans le fond, nous interpelle sur notre relation d’avec Le Tout Miséricordieux, Très Miséricordieux…

  4. je ne vois pas pourquoi ,je devrais quitter mon pays la France ,pays où ma famille s’est établi depuis plusieurs générations pour émigrer vers un pays dont j’ignore tout.Je suis née ici et j’ai plus d’affinités avec une française de souche qu’avec quelqu’un de là bas.Quand je vais au pays ,je n’ai qu’une hate revenir en France.Je ne sens pas que ma foi a augmenté par rapport à quand je suis en France.Ce n’est pas entendre l’azan qui me donnera des ailes spirituel,mais une compréhension profonde de ma religion.Et ceci je le trouve en France et pas dans les pays à majorité musulmane.Les préoccupations et interets des gens d’ici diffèrent totalement de là-bas .Je ne partage pas grand chose avec eux et aller au pays est plus une corvée pour moi qu’une joie.En France pour quelqu’un qui est y est né et qui partage les memes codes sociaux que ce pays,l’évolution spirituelle va plus de soi que la-bas où le sport national des femmes est la médisance sous toutes ses formes.Les gens là as sont tout autant matérialistes et ont tout autant un mauvais comportement qu’ici et par leur attitude générale dans la vie ,ils ne sont pas du tout un rappel pour les musulmans.
    Quant à apprendre son din ou meme l’arabe,j’en connais que n’ont pas bougé d’ici et qui maintenant comprennent et lisent l’arabe litteraire.
    Sur un autre post ,quelqu’un a parlé de la fuite des cerveaux.Mais bon nombre de diplomés sont au chomages dans leur pays respectifs.Nos pays sont encore colonisés et ont à coeur de piller les richesse aux mieux.Developper l’emploi et améliorer leur cadre de vie est le cadet de leur souci.Ce que les cadres du pays voudraient construire d’un coté ,la junte militaire le détruit,l’empeche et le piétine de l’autre pour pouvoir garder le monopole de l’exploitation économique du pays

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