Il convient tout d’abord de souligner la différence qu’existe entre la circoncision et l’excision.

L’excision est l’ablation complète du clitoris (clitoridectomie). Cette pratique est formellement rejetée par l’islam en raison de la nuisance qu’elle cause à la femme.

Mais, il ne faut pas confondre l’excision avec la circoncision qui pour la femme, correspond à un prélèvement léger du clitoris.

Les jurisconsultes divergent au sujet du statut juridique  de la circoncision des femmes :

  • Pour les malikites, c’est recommandée.[1]
  • Pour les hanafites et les hanbalites (dans l’un des deux avis), c’est un acte symbolique ou honorifique, mais pas une sunna[2].
  • Pour les shafi’ites et les hanbalites (l’avis le plus réputé), c’est une obligation[3].

Analyse de la question :

Il n’existe aucun texte authentique et explicite qui prouve le caractère obligatoire, ni recommandé, ni même honorifique ou symbolique de la circoncision des femmes. En effet le hadith : « La circoncision est un acte sunna pour les hommes, et un acte honorifique (makrouma) pour les femmes » est jugé faible pas les spécialistes des sciences du hadith.

Quant au hadith : « Lorsque le membre circoncis pénètre le membre circoncis, les grandes ablutions deviennent obligatoires » (rapporté par at-Tirmidhi et Ibn Majah), il signifie simplement que la circoncision des femmes était une pratique connue des arabes avant l’avènement de l’islam et a continué d’exister par la suite, mais ne signifie nullement que le Prophète, que Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, l’ait recommandée.

Quant au hadith dans lequel Oummou ‘Atiyya relate que le Prophète, que Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, aurait dit à une femme qui pratiquait la circoncision des femmes à Médine : « Ne prélève pas excessivement, car ceci apporte le bonheur à la femme, et cela est meilleur pour l’homme » (rapporté par Abou Daoud), c’est un hadith jugé faible « da’if », bien qu’authentifié par al-Albani en vu de la multitude de ses voies de transmission (toutes jugées faibles, mais se renforçant les unes les autres).

Reste que cette authentification est assez surprenante et troublante. En effet, la question que nous traitons ici est censée concerner chaque foyer, ce qui implique que cette pratique est censée être transmise par un grand nombre de personnes, par conséquent, transmise d’une manière forte et authentique par elle-même. Pourquoi une telle pratique, censée être répandue, nous  a-t-elle été transmise uniquement d’une façon faible ?!

A supposer que ce hadith soit authentique, qu’implique l’ordre du Prophète, que Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui ? S’agit-il d’une obligation ; d’une recommandation ? Ou s’agit-il d’une simple orientation et conseil ?

Tout pousse à penser qu’il s’agirait plutôt d’une orientation ou conseil dénué de toute portée législative. Le Prophète, que Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, aurait donc parlé- en supposant qu’il l’ait vraiment dit – selon son expérience personnelle influencée par l’usage « ‘urf » de l’époque.

En conclusion, la circoncision des femmes n’est ni obligatoire ni recommandée ni honorifique ou symbolique, c’est une pratique qui existait avant l’avènement de l’islam et a continué après son avènement en raison de la norme sociale de l’époque. Mais à l’instar de toute chose licite, elle peut devenir illicite si un mal en résulte conformément au hadith « On ne se nuit pas et on ne cherche pas à nuire » (rapporté par Malik, Ahmed, Ibn Majah et ad-Daraqotni). La question doit être soumise à l’appréciation de la science et de la médecine.

Ce qui prouve que la circoncision des femmes n’est pas recommandé, encore moins obligatoire, c’est le fait que les juristes n’ont pas insisté sur cette question, et qu’elle est inexistante dans la plupart des pays musulmans.

Rappelons qu’il ne faut pas confondre la circoncision avec l’excision qui est une pratique ancestrale qui remonte à l’aire des pharaons[4], et qui est incontestablement condamnable car il s’agit d’une mutilation des femmes.

Extrait du livre : « Pureté rituelle » de Moncef Zenati


[1] – « Fiqh at-tahara » de al-Qaradawi p133

[2] – même référence même page

[3] – même référence même page

[4] – C’est pour cela que l’excision est pratiquée en Egypte, au Soudan et ses environs

1 commentaire

  1. Ce commentaire est clair et très intéressant
    pour un musulman et particulièrement pour un
    non musulman.
    Votre site devrait être plus connu
    par tous ceux qui ignorent
    ce qu’est la religion Islamique.

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