Par Moncef ZENATI

 

Nous poursuivons nos discours sur la purification de l’âme de tous les défauts dont elle est imprégnée habituellement. Cette purification spirituelle sans laquelle l’islamité de l’individu est réduite à de simples rites sans âme. Peut-être même que la pratique des rites externes de l’islam devient le prétexte de nourrir et de servir ses passions, à l’instar de celui qui exerce son arrogance, sa jalousie, son mépris, sa haine, son amour du prestige sur les autres à travers ce qu’il accomplit comme activités religieuse.

L’islamité d’une personne sans purification spirituelle n’est autre que des épluchures aux couleurs de l’islam qui cachent les pires des défauts, maladies du cœur et  passions perverses que l’islam est venu éradiquer.

Nous avons parlé la semaine derrière de l’une des maladies de l’âme qui est l’insouciance ; vivre dans l’oubli de Dieu, dans l’oubli de Son évocation, dans l’oubli de Ses signes et versets, dans l’oubli de Sa rencontre et de Son jugement « Ils connaissent un aspect de la vie présente, tandis qu’ils ne se soucient pas de l’au-delà » (Coran 30 : 7). Dieu a mis en garde son Messager (BDSL) contre cette insouciance en lui disant : « Et invoque ton Seigneur en toi-même, en humilité et crainte, à mi-voix, le matin et le soir, et ne sois pas du nombre des insouciants » (Coran 7 : 205).

Il y a cependant une autre maladie tout aussi grave, à savoir, l’amour des passions et l’amour excessif de ce bas-monde.

Le danger réside ici dans l’attachement à ce bas-monde et non pas dans la possession des biens de ce bas-monde. Tu peux en effet posséder ce bas-monde sans que celui-ci ne te possède. Tu peux mettre ce bas-monde à ton service, mais ne sois pas le serviteur de ce bas-monde. Mets ce bas-monde entre tes mains, mais ne le fait pas habiter ton cœur. Ce bas-monde doit être pour toi un moyen pour accomplir les bonnes œuvres. Ne fais pas de ce bas-monde un objectif pour lequel tu vis, pour lequel tu serais prêt à faire tout et n’importe quoi, justifiant les moyens que tu utilises pour cette fin. C’est là où réside le danger. C’est dans ce sens que l’homme pieux Malik ibn Dinar dit : « L’amour excessif de ce bas-monde est la mère des vices ».

L’insouciance et l’attachement à ce bas-monde sont deux maladies parmi les maladies les plus néfastes pour l’âme humaine. Prends garde de ces deux maladies. Efforce-toi à sortir de l’emprisonnement de l’insouciance vers la liberté et la largesses de l’éveil du cœur. Efforce-toi à sortir de l’amour de ce bas-monde vers l’amour de l’au-delà, vers l’amour de Dieu. Au lieu de faire de ce bas-monde ton objectif, au lieu de préférer ce bas-monde, préfère ce que Dieu te réserve, préfère la vie dans l’au- delà à la vie présente, préfère ce qui est éternel à ce qui est éphémère « Mais vous préférez plutôt la vie présente, alors que l’au-delà est meilleur et plus durable » (Coran 87 : 16-17), « Mais vous aimez plutôt la vie éphémère, et vous délaissez l’au-delà » (Coran 75 : 20-21).

Le problème dont souffre les gens est qu’ils aiment la vie immédiate, l’instant présent, et l’âme est éprise de l’instant présent.

L’intelligent, le doué de raison est celui qui préfère l’éternel à l’éphémère. L’un des ascètes disait : « Si le bas-monde était de l’or éphémère et si l’au-delà était une argile éternelle, le doué de raison préfèrerait certainement une argile éternelle à  l’or éphémère, alors qu’en est-il sachant que le bas-monde vaut moins que l’argile, et que l’au-delà est plus cher que l’or ?! »

L’attachement à ce bas-monde a mené les gens la perdition. C’est l’attachement à ce bas-monde qui a poussé les hommes à s’entretuer, qui a fait de l’enfant l’ennemi de son père, du frère l’ennemi de son propre frère, qui a fait des individus unis par les liens de parenté des adversaires acharnés les uns des autres, et tout cela pour une parcelle de ce bas-monde.

L’amour excessif de ce bas-monde a éloigné les gens de leur Seigneur. Attacher sa volonté à ce bas-monde a altéré les gens, et non pas  la possession des biens de ce bas-monde. Il y avait, en effet, parmi les compagnons des très riches, il y avait parmi les prophètes des rois comme Youssef (Joseph), Daoud (David) et Soulayman (Salomon), mais les biens de ce bas-monde ne les ont pas détournés de l’au-delà.

C’est donc une question de volonté, de désir. Dieu a fait des gens deux catégories, ceux qui veulent et désirent la bas-monde et ceux qui veulent et désirent l’au-delà. Dieu dit : « Quiconque désire la vie immédiate, Nous nous hâtons de donner ce que Nous voulons, à qui Nous voulons » (Coran 17 : 18). C’est-à-dire : Quiconque désire la vie d’ici-bas recevra ce que Dieu veut lui donner, et Dieu donnera à qui Il veut. Ainsi, toute personne désireuse d’une part de ce bas-monde ne recevra quelque chose que si Dieu veut le lui accorder, et ne recevra que ce Dieu a décidé de lui octroyer. Dieu ne donne pas à toute personne qui désire une part de ce bas-monde. Puis Dieu dit : « Puis, Nous lui assignons l’Enfer où il brûlera méprisé et repoussé » (Coran 17 : 18). Il s’agit là de celui qui désire exclusivement les biens de ce bas-monde.

De l’autre côté, Dieu dit : « Et ceux qui recherchent l’au-delà et fournissent les efforts qui y mènent, tout en étant croyant … alors l’effort de ceux-là sera reconnu » (Coran 17 : 19). Rechercher l’au-delà signifie en faire son objectif, sa raison de vivre.

Le danger réside donc dans l’amour excessif de ce bas-monde, dans l’attachement à cette vie présente, ne vouloir et ne désirer que les jouissances de la vie d’ici-bas. Alors qu’en réalité ce bas-monde ne mérite pas tout cet attachement. Quel que soit les richesses que tu puisses posséder, qu’est ce qui est en réalité à toi ? Que pourrais-tu prendre avec toi après la mort ? Ton trésor serait-il d’un quelconque intérêt pour toi dans la tombe ? Prendras-tu ton chéquier ? Aurais-tu besoin de ton argent dans la tombe ? Sache que le linceul n’a pas de poche ? Sache que tu ne pourras acheter l’Ange de la mort pour t’ajourner. Sache que tu ne pourras pas acheter les deux Anges « Mounkar » et « Nakir » lorsqu’ils viendront t’interroger dans ta tombe pour t’insuffler les réponses.

Et qu’est-ce que cette vie ? C’est un âge fixé, des jours comptés, des respirations limités. Vis soixante-dix, quatre-vingt, cent, cent-vingt ans, tu finiras par quitter ce bas-monde. Toutes ces années vont se réduire, ainsi que les jours et les heures jusqu’à être semblable à une seule heure. Tu souhaiteras alors, à l’agonie, revenir au bas-monde en disant « Mon Seigneur ! Fais-moi revenir sur terre, afin que je fasse du bien dans ce que j’ai délaissé » (Coran 23 : 99-100). A l’agonie, l’être humain souhaitera que Dieu lui prolonge la vie afin qu’il puisse accomplir des bonnes œuvres pour augmenter son registre (des hasanats).

Ibn as-Sammak, un avant spiritualiste, spécialiste de l’exhortation rendit visite l’homme, à l’époque, le plus puissant de la planète, le calife Haroun ar-Rashid. En entrant le calife, le calife leva un verre d’eau pour le boire. Ibn as-Sammak lui dit : « Ô commandeur des croyants, je vous conjure d’attendre quelques instants avant de le boire ! ». Lorsque le calife posa le verre, il lui dit : « Je vous adjure ! Si vous vous trouvé un jour privé de ce verre d’eau, combien donneriez-vous pour l’acheter ? » Le calife dit : « J’en donnerai la moitié de ma royauté » Il dit : « Bois, que Dieu t’accorde le bonheur ». Lorsque le calife but, Ibn as-Sammak lui dit : « Je vous en conjure, si maintenant vous vous trouvé dans l’impossibilité de l’évacuer, combien donneriez-vous pour une seule urée ? » « Je donnerai toute ma royauté (c’est-à-dire la deuxième moitié)» dit le calife. Ibn as-Sammak dit alors : « Une royauté qui ne vaut pas un verre d’eau et surpassée par une urée n’est pas digne de rivalité ». Le calife Haroun ar-Rashid se mit à pleurer au point d’en mouiller sa barbe.

 

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