Je n’ai pu m’empêcher d’émettre un rire aussi narquois que triste lorsque j’ai vu une publicité d’un site internet, qui n’est que le pastiche des sites de rencontres qui pullulent dans le paysage publicitaire autour de nous.

En effet, que de sites web qui proposent des « rencontres sérieuses », sur dossier, s’il vous plait (c’est du sérieux !) pour les solitaires qui n’ont pas réussi à trouver l’âme sœur.

Nous sommes dans une société où nous tchatons, nous envoyons des mails, et les recevons presque instantanément, nous «communiquons » sans limites, mais il n’en demeure pas moins vrai que la solitude a encore de beaux jours devant elle. Les moyens de communication de plus en plus sophistiqués n’ont permis que de mieux se cacher. Nous mettons en forme sans mettre en commun. Et lorsque l’on n’est pas face à l’interlocuteur, les barrières sont moins épaisses et plus faciles à oublier.

Je ne peux compter les cas de jeunes et moins jeunes filles ou garçons tombés sous le charme d’un interlocuteur lointain mais tellement convaincant par voie cybernétique. Le jour de la rencontre, et parfois après avoir contracté un mariage, le réveil s’est révélé dur et la prise de conscience tardive…

Les marchands d’âmes sœurs ne s’y sont pas trompés. On travaille face à des écrans, on réalise des transactions face à des écrans, pourquoi ne pas se marier et construire un projet de vie commune par écran interposé ? D’aucuns me rétorqueront que face à la solitude, on tente le tout pour le tout, et je ne peux que comprendre la difficulté qu’il y a à trouver une personne avec qui on partage sa vie. C’est, à n’en point douter, vital.

Ce que j’accepte moins c’est que cela devienne l’affaire d’entrepreneurs qui exploitent les difficultés des gens, leur font miroiter un prince ou une princesse charmants, et les plongent souvent, si ce n’est toujours, dans la frustration et le désespoir.

Ce qui m’horripile encore plus, c’est que ces sites empruntent des terminologies religieuses pour une pseudo-halalisation éhontée !

Pour reprendre leurs termes, je dirais que ce qui est « maktoub » adviendra « in cha Allah » et que l’on se marie avec une femme ou un homme en chair et en os, et non avec un matricule magnifié par une démarche bassement mercantile.

L’argument religieux devient un argument publicitaire comme un autre pour gagner des parts de marchés.

Le « halal » souvent évoqué pour parler de la viande d’animal sacrifié « islamiquement », devient un fourre-tout, ou tout et tout le monde est admis. Et dans cette anarchie sans pareil, les pauvres halalovores sont perdus : Qu’est-ce donc le halal, quels en sont les critères ? Qui doit être habilité à le certifier ? Le flou demeure. Pourquoi ? Parce que des mosquées, des organismes autoproclamés, ont fixé des normes, souvent invérifiables et sans fondement pour ensuite imposer leur hégémonie et « convaincre » un client qui ne cherche pas souvent à se prendre la tête, et ne veut que se donner bonne conscience de « manger » halal. Mais aussi parce que les instances religieuses elles-mêmes tardent à éclairer  le consommateur sur  ce qu’est le « halal »

Quant à l’autre « halal », qualificatif légitimant les pseudo-mariages, sans contrat, sans contrainte et sans engagement réel, c’est une autre histoire… Il suffit d’un imam (fonction sans diplôme sérieux, ni réglementation claire), dans un petit salon, une lecture d’une sourate du coran, et le « tour » est joué !

Le couple nouvellement formé peut se mettre en ménage la conscience tranquille.

Cette tendance à la halalisation qui ne veut plus rien dire revêt un aspect tellement ridicule que, dans son enquête au (93) [1], Gilles KEPEL, s’est étonné que la notion du halal s’est étendue à d’autres domaines, conclusion qui lui a été suggéré, entre-autres, par la réponse d’une citoyenne musulmane qui a répondu que le halal c’est d’observer la morale musulmane dans tout ce qu’on fait.  Elle a raison la citoyenne interrogée…Quant à  Gilles KEPEL, n’aurait-il pas été induit en erreur par l’usage abusif fait par les musulmans eux-mêmes de la notion de « halal » ?  Si tel est le cas, il n’est certainement pas le seul.

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[1] je cite:

Les résultats à la question «respectez-vous le halal ? » mettent en lumière la complexité des différentes acceptions de ce mot, qui dans sa définition la plus restrictive ne recouvre que la dimension de l’interdit alimentaire, mais peut aussi s’étendre à un code de conduite, une expression des normes et valeurs dominantes, en séparant le « halal » du « haram », le licite de l’illicite, dans de nombreux domaines depuis le registre de l’intime jusqu’à la vie en société. Ainsi, pour Khadidja, mère de famille d’origine marocaine, « Le halal, c’est de ne pas faire entrer de choses volées chez soi. Le halal, c’est faire comprendre à ses enfants qu’ils doivent être honnêtes. Le halal, c’est pas mélanger de l’argent qui est gagné à la sueur de son front avec un euro qui est malsain. Ça c’est halal. Le halal, c’est être fidèle à son mari. Le halal, c’est être fidèle à ses enfants, à ses amis. C’est très vaste… ».  « Banlieue de la Réublique   (Résumé) » de Gilles KEPEL, en collaboration avec Leyla ARSLANE, Sarah ZOUHEIR

par Hassan Safoui

1 commentaire

  1. Salam aleykoum
    Comme les musulmans ont une attitude consommnatrice dans tout y compris en matière religieuse,on leur appose l’estampille halal pour leur faire miroiter des offres alléchantes qu’un consommateur avertit ne saurait rater,à savoir trouver la perle rare.

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