L’Europe est traversée actuellement par des contradictions énormes. D’un côté, il est le Centre de la globalisation, du libre-échange parfois sauvage, de l’autonomie des individus. D’un autre côté, ce Centre qui traverse peut-être ses dernières décennies de suprématie, est le théâtre d’une montée croissante des xénophobies, des populismes, de l’extrême droite  avec des populations qui se recroquevillent de plus en plus sur elles-mêmes cultivant la méfiance, la suspicion envers l’Autre, par excellence l’étranger. On assiste au même spectacle en Finlande, en Suède, au Danemark, en Norvège, en Suisse, en Autriche, en Bulgarie, en Grèce, en France, etc. Ainsi, les risques de dislocation de l’Europe, de l’euro ne relèvent désormais plus de l’utopie.

La souffrance des peuples du Vieux Continent, concurrencés sans pitié par les pays dits émergents, souvent des anciens pays colonisés, se traduit par un sentiment de menace dans leurs modes de vie, dans leur supériorité supposée sur les autres peuples qui ont pris leur place sans complexe dans ce monde ouvert.

Face à ces réalités, il appartient aux femmes et aux hommes de bonne volonté, de surcroît ceux qui sont porteurs de foi, de sortir de leur silence et de participer activement à la reconstruction d’une société plus apaisée, plus juste et plus fraternelle.

Les voies et moyens passent par l’engagement social, la production économique, intellectuelle, culturelle, artistique…politique.

Arrêtons-nous sur ce dernier volet, la participation politique.

Le taux d’abstention dans certains « quartiers populaires » en France lors des élections est plus qu’inquiétant. Il est fréquent d’entendre dans les discussions et/ou de lire dans les forums que « la politique ne sert à sert rien », que « les hommes politiques sont tous pourris », qu’« ils ne pensent qu’à eux »…

Au-delà du manque de nuance et de l’ignorance suscités par ces propos, il est important de souligner que dans tout groupe, dans toute profession, dans toute communauté, même chez les individus se définissant comme des croyants, on trouve toujours des gens fidèles aux principes affichés et d’autres qui le sont moins. Rien de nouveau depuis la nuit des temps et l’histoire en est témoin !

N’est-il pas temps de cesser de se lamenter éternellement devant nos murs de lamentation, de se morfondre dans la victimisation perpétuelle, de rompre avec la vision conspirationniste de l’actualité, de prendre notre destin en main et de s’engager plus activement dans notre société pour dire non au racisme, à la xénophobie, et promouvoir la diversité.
Notre société est traversée de plus en plus par des discours clivants, de rupture, parfois même de conflits. Nous devons totalement prendre notre place dans les dynamiques sociales et politiques : syndicats, associations, conseils de quartiers, etc. afin de partager nos points de vue et se faire comprendre davantage.

Cessons de vivre dans une vision parfois fantasmée de notre histoire, de notre patrimoine et ayons le courage de faire face aux défis de notre Temps comme l’ont fait tous les grands hommes qui nous ont précédés. Où est notre part de responsabilité individuelle dans les événements qui se déroulent quotidiennement autour de nous ? Voilà une question que chacun d’entre nous doit se poser assez régulièrement.

Le logement, la politique énergétique, l’emploi, l’éducation, la santé, la culture, l’enseignement supérieur, les manières de vivre (religion, euthanasie, drogues), l’égalité des chances, l’Europe, la laïcité, la jeunesse, l’environnement, l’immigration, la protection sociale, l’État et des services publics…sont des sujets centraux et traités quotidiennement par nos élus. Comment peut-on ne pas se sentir concerné au moins par un de ces thèmes qui sont cruciaux dans le devenir d’une société.

Certes notre monde est devenu plus complexe et sa compréhension, préalable à tout engagement, nécessite beaucoup plus d’efforts. Mais cet état de fait ne doit pas nous dissuader de nos objectifs et nous dévier de notre chemin.

L’abstention, l’isolement, l’enfermement sont des issues sans impasses et n’apportent aucune solution aux maux des personnes concernées, au contraire cela ne favorise que les extrémistes  et ceux qui veulent exclure et maintenir une partie de la communauté nationale dans la ghettoïsation. Ne tombons pas dans ce piège !

Ceux qui décident de laisser les autres agir à leur place et gérer leur destin et celui de leurs enfants et se confortent dans la posture de spectateurs, est-ce légitime qu’ils se plaignent des mauvaises décisions que prendront les dépositaires du pouvoir ? Ne soyons pas des complices involontaires des injustices de notre Temps !

El Hadji Babou BITEYE

Professeur d’histoire – géographie

Ancien président de EMF (Étudiants Musulmans de France)

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Votre Nom

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.