Les prières nocturnes en Islam

Nous continuons à vivre, à travers ces sermons, en compagnie des serviteurs du Tout Miséricordieux ; ces êtres nobles que Dieu a cité à la fin de la sourate « le discernement » (al-fourqan) « Les serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur terre, qui, lorsque les ignorants s’adressent à eux, disent : « Paix » » (25 :63).

Dieu nous a décrit leur relation avec eux-mêmes. Cette relation se manifeste à travers la modestie « ceux qui marchent humblement sur terre ».

Puis, Dieu nous a décrit leur relation avec les autres qui correspond à l’état de celui qui ne se préoccupe pas des insolents, et qui ne répond aux ignorants qu’en leur disant « Paix sur vous » : « lorsque les ignorants s’adressent à eux, disent : « Paix » ».

Ensuite, Dieu nous décrit leur relation à leur Seigneur. Cette relation se manifeste pendant la nuit, lorsque la plupart des gens sont dans leurs lits, ces gens ont tout un autre rapport à Dieu. Ils sont ceux « qui passent les nuits prosternés et debout pour leur Seigneur ».

Ils passent la nuit en se prosternant et en se tenant debout, récitant le Livre de Dieu, implorant la miséricorde de Dieu et Sa protection contre l’Enfer.

Ils font tout ceci non pas pour plaire aux gens, ni pour convoiter la louange ou une quelconque réputation, ils ne le font que pour Dieu : Ils passent les nuits prosternés et debout pour leur Seigneur.

Ils passent la nuit en adoration dans le but d’obtenir la satisfaction de Dieu, d’espérer sa miséricorde et de se mettre à l’abri de son châtiment. Dieu dit en décrivant des gens semblables à ceux-là : « Est-ce que Celui qui aux heures de la nuit reste en dévotion, prosterné et débout, prenant garde à l’au-delà et espérant la miséricorde de son Seigneur… Dis : « Sont-ils égaux, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas » (39 : 9)

Un homme travaillait chez l’un des pieux prédécesseurs « salaf ». Il avait l’habitude de  veiller une grande partie de la nuit en adoration. Son employeur lui dit un jour : Ton adoration nocturne a un impact sur ton travail de la journée. L’employé répondit alors: « Et que faire ? Lorsque je me rappelle du Paradis, mon désire ardent m’impatiente, et lorsque je me rappelle de l’Enfer, ma crainte devient incessante. Comment puis-je dormir entre une crainte qui me tracasse et un désir ardent qui me perturbe ?! »

Ces gens, « Ils s’arrachent de leur lits pour invoquer leur Seigneur par crainte et espoir ; et ils font largesse de ce que Nous leur attribuons » (32 : 16). Malgré le confort du lit et la douceur des draps et des couvertures, ils délaissent tout cela par amour pour Dieu.

L’imam Ahmed rapporte d’après Ibn Mas’oud (rad) que le Prophète (saws) a dit : « Notre Seigneur, Exalté, s’étonne[1] de deux hommes : un homme qui s’arrache de son lit, de ses couvertures et de sa femme pour la prière. Dieu dit à Ses Anges : « Regardez mon serviteur, il s’est arraché de son lit, de ses couvertures et de sa femme pour sa prière par désir de ce que J’ai et par crainte de ce que J’ai ». Et un homme qui a combattu dans la voie de Dieu[2], voyant ses compagnons vaincus, il sait ce qu’il gagne en battant en retrait et ce qu’il risque en revenant au combat, malgré cela, il revient au combat jusqu’à perdre la vie. Dieu dit alors : « Regardez mon serviteur, il est revenu en espérant ce que J’ai et en redoutant ce que J’ai jusqu’à perdre sa vie »

En décrivant les pieux, Dieu dit : « Les pieux seront dans des jardins et parmi des sources, recevant de leur Seigneur ce qu’Il leur aura donné. Car ils ont été auparavant des bienfaisants. Ils dormaient peu la nuit, et aux dernières heures de la nuit, ils imploraient le Pardon de Dieu » (51 : 15 – 18)

Ils dorment peu la nuit et implorent le pardon de Dieu aux dernières heures de la nuit, car en dépit de cette dévotion nocturne, ils se sentent coupables de manquements à l’égard de Dieu, à l’égard de leur devoir vis-à-vis de Dieu, ils implorent donc le pardon de Dieu pour ce manquement.

L’un des pieux prédécesseurs veillait la nuit en prières et aux dernières heures de la nuit, il disait : « Seigneur, un homme comme moi aurait honte de te demander le Paradis. Aussi, Je te demande, par ta miséricorde, de m’écarter de l’Enfer ! »

‘Aïsha, que Dieu l’agrée dit : « La Prophète (saws) veillait tellement longtemps en priant dans la nuit au point que la peau de ses pieds se fendillait. Je lui dis alors : « Pourquoi fais-tu cela, ô Messager de Dieu, alors que Dieu t’a absous de tous tes péchés passés et à venir ? » Il dit : « Ne m’appartient-il pas alors de me comporter en homme reconnaissant ?! » (rapporté par al-Boukhari et Mouslim).

Un jour ‘Oubeyd ibn ‘Oumeyr et ‘Ata ibn Abi Rabah se rendirent auprès de ‘Aïsha, que Dieu l’agrée, et lui demandèrent de leur raconter ce qu’elle a vu de plus étonnant chez le Prophète (saws) : « Elle se tût un instant et dit : « Une nuit, il me dit : « Ô ‘Aïsha ! Laisse-moi adorer mon Seigneur cette nuit ! » Je dis : « Par Dieu ! J’aime ta proximité et j’aime ce qui te réjouit » Il se leva alors, se purifia et pria. Il ne cessa de pleurer jusqu’à mouiller sa poitrine. Il était assis lorsqu’il pleura jusqu’à mouiller sa barbe. Puis, il pleura jusqu’à mouiller le sol. C’est alors que Bilal vint lui demander l’autorisation d’appeler à la Prière (iqama). Le voyant entrain de pleurer, Bilal lui dit : « Ô Messager de Dieu ! Pleures-tu alors que Dieu t’a absous de tous tes péchés passés et à venir ?! » Il dit : « Ne m’appartient-il pas alors de me comporter en homme reconnaissant ! Un verset m’a été révélé cette nuit, malheur à quiconque le lit sans le méditer : « En vérité, dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a certes des signes pour les doués d’intelligence … » (3 : 190 et les versets suivants)(rapporté par Ibn Hibban)

A défaut de prier pendant une partie de la nuit, il faut s’employer à accomplir les Prières du Icha et du Sobh en groupe car le Prophète (saws) dit : « Quiconque accomplit la Prière du ‘Icha en commun, c’est comme s’il avait veillé la moitié de la nuit en prière. Et quiconque accomplit la Prière du sobh en commun, c’est comme s’il avait prié toute la nuit » (rapporté par Mouslim). Abou Daoud rapporte ce hadith en ces termes : « Quiconque accomplit la Prière du ‘Icha dans un groupe, ceci est équivalent à une veillée de la moitié de la nuit. Et quiconque accomplit les Prières du ‘Icha et du fajr dans un groupe, c’est comme s’il avait prié toute la nuit ».

En concordant les deux hadiths, les commentateurs concluent que quiconque accomplit les deux Prières du ‘Icha et du sobh en commun, c’est comme s’il avait prié toute la nuit. Et quiconque accomplit l’une d’elles en commun, c’est comme s’il avait prié la moitié de la nuit[3].

Moncef Zenati – Sermon du vendredi

Série sur : Les qualités des serviteurs du Tout Miséricordieux


[1] – Il faut comprendre ce terme ici au sens de la satisfaction et de l’éloge.

[2] – Dans le cadre d’une guerre légitime défensive.

[3] – voir « ‘awn al-ma’boud » (commentaire du recueil d’Abou Daoud) et « touhfat al-Ahwadhi » (commentaire du recueil d’at-Tirmidhi)

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